Archives pour la catégorie Espèces

CLIC-CLAC/BLOG/??/CLIQUE/OK

 

Prendre une photo (CLIC-CLAC). La mettre en ligne (BLOG). Quelle est l’espèce? (??). Déjà vue, un lien (CLIQUE). C’est bien ça (OK). Alors, prête, prêt à jouer! Cinq espèces à la une à déterminer. La 1, la 2, la 3, la 4 et la 5, rencontrées en Gironde les 15 et 17 mai, espèces déjà décrites dans notre blog « A la poursuite des champignons ».

Nous vous convions à les reconnaître. Les initiales de l’espèce sont une première piste et, dans le texte les accompagnant, nous donnons au moins un lien sur lequel cliquer pour corréler l’identification. Tenté (ée) ? . Fastoche? Alors, si vous le voulez, jouez!

Amanita-fulva-1MP.jpg

Numéro 1. Qui est A.f.? Ce chapeau dont les bords sont striés n’oriente-t-il pas vers le groupe d’un genre particulier?

Amanita-fulva-2MP.jpg

Cette silhouette élancée, l’absence d’anneau, les lames et, au bas du stipe, cette volve … Vous trouverez son nom ici sans sa photo ou alors nom et photo ici ou encore ici et sa fiche détaillée ici

Russula-vesca-MP1.jpg

Numéro 2. Qui est R. v. ? La chair non fibreuse, le marquage au « fer »…

Russula-vesca-MP2.jpg

… la couleur « jambon polyphosphaté » du chapeau, les lames, l’absence d’anneau et cet aspect d’un jeune exemplaire lui aussi marqué au « fer ». Ce 15 mai, cette espèce était bien représentée. Son nom? C’était un 10 mai d’une autre année: ici et en juin avec une autre espèce également comestible appartenant au même genre: ici. Sa fiche détaillée ici

Megacollybia-platyphylla-MP.jpg

Numéro 3. Qui est M. p. ?  Une des premières espèces printanières sans doute. Très saprophyte, aimant les tapis de feuilles en décomposition. Un chapeau gris fibrillé …

Megacollybia-platyphylla-2M.jpg

… et puis ce détail qui aide à l’identification, une fois le stipe dégagé du sol: les longs et épais cordons mycéliens. Le fil à la patte ici . Sa fiche détaillée ici

Calocybe-gambosa-MP.jpg

Numéro 4. Qui est C. g. ? Vu très récemment si vous suivez cette chronique. D’ailleurs, ces exemplaires ont été trouvés sur la même station que quelques jours auparavant, dans le parc de l’Ermitage à Gradignan (33). L’aspect trapu, la marge enroulée, les lames serrées … les vrais ici et ici . Sa fiche détaillée ici

Cyclocybe-cylindracea-MP.jpg

Numéro 5, le dernier. Qui est C. c. ? Comestible comme C. g. le précédent mais plutôt sapide à l’état jeune quand ses lames sont moins foncées et qu’il n’a pas encore cette odeur de « vieux tonneau ». Ici il commence à vieillir, le chapeau se craquelle, les lames brunissent. Nous l’avions trouvé plus en nombre et en bouquet les jours précédents au pied de Salix caprea (Saule marsault) ici . Une espèce intéressante parmi les lignicoles ici . Sa fiche détaillée ici

En souhaitant que vous nous aurez suivi cinq sur cinq, à bientôt pour de nouvelles aventures.

                                                                              Michel Pujol

 

Cyclocybe, Agrocybe, Pholiota etc. bref Souchette de chez nous

 

Beaucoup de champignons changent de nom au fil des ans. La nomenclature n’est pas confinée-figée et s’il est une espèce qui en témoigne c’est bien celle-là. En lisant sa fiche sur l’excellent site MycoDB on voit que la Pholiote du peuplier = Pivoulade s’appelait Agaricus pudicus Bulliard en 1793 et trente sept appellations plus tard, en 2014 son nom définitif (?) est Cyclocybe cylindracea (de Candolle) Vizzini & Angelini. Nous l’avions connu -et consommé- sous le nom d’Agrocybe aegerita (V. Briganti) Fayod. Ainsi était-il appelé chez Marchand (édition 1974) en précisant comme auteurs (Brig.) Sing. et Pholiota cylindracea (de Candolle ex Fr.) en synonyme. Egalement A. aegerita chez Bon (édition 2004); A. cylindracea (DC ex Fr.) Maire chez Phillips (reprise édition 1981); idem chez Courtecuisse & Duhem (édition 2011) avec A. aegerita et Pholiota aegerita en synonymes. Enfin notons qu’Eyssartier & Roux (édition 2011) le nomment Agrocybe Cylindrica puis actualisent en Cyclocybe cylindracea (édition 2017). Toutes proportions gardées, la mise à jour relève presque de l’actualité sur les chaînes dites en continu …

C’est sans doute le lot des espèces courantes maintes fois étudiées, réétudiées génétiquement, comparées, recomparées, mises à jour. Donc ce mercredi 13 mai, à quelques pas du domicile, le long d’une clôture avec sans doute quelque racine d’ancien saule ou peuplier ou autre s’incrustant sous le trottoir herbu nous avons rencontré un beau bouquet de ce que nous pensions être des Pholiotes dites du peuplier. La sporée déposée ce jeudi matin et la microscopie (ci-dessous)

Cyclocybe-cylindracea- MP-micro.jpg

levait le doute si doute existait. Dimension des spores, formes basides et cystides conformes à la littérature pour cette espèce. Macroscopiquement aussi (ci-dessous)

Cyclocybe-cylindracea- MP-macro.jpg

couleur de la chair, revêtement du chapeau, anneau, couleur, forme et insertion des lames tout correspondait. Nous avions consacré une chronique aux espèces « cueillies sur l’arbre » dont Cyclocybe cylindracea , chronique publiée précédemment dans le Cercle des idées du journal Sud Ouest . Nous y précisions sans doute que ce que nous appelons Souchette dans notre région est gustativement intéressante une fois bien déterminée. Le pied est généralement trop dur donc nous n’avons préparé et fait sauter que les chapeaux (en en gardant la moitié d’un pour la sporée et la micro) et, hier soir, apprécié la mise en bouche … avec modération.

Michel Pujol 

Cyclocybe-cylindracea-MP-pied.jpg

 

Et rond et ronds jolis Mousserons

 

Si nous avons un peu triché sur cette photo recomposée de carpophores (réels) disposés en rond très rapproché dans notre jardin fraîchement tondu c’est pour évoquer -foi de sorcier- la pousse circulaire de cette espèce. Les Mousserons surgissent en bordure du mycélium qui progresse comme le flux de l’eau actionné par le jet d’un caillou en bord d’un étang calme. Certes le cercle ne sera jamais parfait car, sous terre, quelques obstacles retracent le dessin du rond de sorcière.

Calocybe gambosa, Mousseron, Tricholome de la Saint-Georges

Au parc de l’Hermitage à Gradignan 33170, lieu de la récolte, l’herbe était bien haute, loin du chemin, cachant un peu à la vue des rares promeneurs quelques carpophores beiges au pied épais et court, à la marge enroulée et aux lames serrées. Leur odeur était bien celle dite « de farine ». Une forte suspicion donc de rencontrer le Tricholome de la Saint-Georges = le « vrai » Mousseron = Calocybe gambosa.

Nous n’étions pas le 23 avril évoqué dans une précédente chronique . La Saint Georges avait été quelque peu occultée par l’actualité virale. Sans doute la pousse avait-elle commencée avant le 7 mai, jour de découverte et le lendemain, veille de notre mise en ligne, nous fêtions les Désiré. Un signe? Force est de constater, vu les nombreuses consultations en ce moment sur notre blog de  l’article cité plus haut, que le champignon à la belle tête (étymologie grecque de Calocybe) est grandement … désiré par les cueilleurs printaniers!

Avions nous affaire au vrai Mousseron?

Les champignons prélevés nous paraissaient plus trapus qu’habituellement mais l’espèce « peut varier considérablement de formes et de couleurs », d’après Breitenbach et il y avait bien cette odeur que nous avions en mémoire.

Calocybe gambosa, Mousseron, Tricholome de la Saint-Georges

La microscopie allait nous conforter dans la détermination. La sporée était bien blanchâtre. Les spores elliptiques, lisses et hyalines dans l’eau (ci-dessus dans le rouge congo). Leur dimension (en moyenne 5,5 X 3,5 µm) conforme à la littérature (5-7 X 3-4 µm par exemple chez Eyssartier&Roux). Les basides étroitement clavées (comme précisé chez Breitenbach).

calocybe gambosa,mousseron,tricholome de la saint-georges

Macrocospiquement ou, dit plus simplement, à l’œil nu, nous observions une chair d’un blanc immuable, un chapeau charnu aux bords enroulés et au revêtement beige légèrement taché de roux, des lames serrées, « arrondies au pied ou émarginées-uncinées » (cf. Marchand). Bref, autant de caractères conduisant à une identification fiable.

Et, dire qu’après-demain 11 mai on pourra se mettre au vert, mais en Gironde on y est déjà sur la carte, et aller en forêt, peut-être masqués, démasquer les espèces.

Michel Pujol

calocybe gambosa,mousseron,tricholome de la saint-georges

Bibliographie: Breitenbach&Kränzlin vol. 3 n° 144; Eyssartier&Roux (Belin 2017) p.552; Marchand t.1 p.108 n°45; Courtecuisse&Duhem (2011) n°482; Bon (2004) p.166

Internet: MycoDB Alapoursuitedeschampignons mycocharentes

 

 

Enquête: Exidie glanduleuse et… méfions nous de toutes les propagules parasites!

 

Dans une précédente chronique nous hésitions, en fin d’article, à déterminer une espèce, découverte sur tronc de chêne à terre, se présentant sous la forme d’une masse noire plutôt gélatineuse, une fois réhydratée ou par temps humide. La microscopie n’était pas facile à effectuer avec un échantillon que nous avions du mal à aplatir et qui « fuitait » entre la lame et le couvre-lame. Surtout, ce qui apparaissait sous l’objectif, spores supposées, hyphes etc. ne correspondait pas à ce que nous lisions dans la littérature correspondant à la microscopie d’une espèce macroscopiquement ressemblante. Une conversation, très récente, avec Jacques Guinberteau, suivie d’échanges avec notre ami mycologue, allait nous guider vers la solution. Merci Jacques.

Retour sur images

Nous découvrions donc le 7 avril 2020, dans notre rayon de 1 km de confinement, sur tronc de chêne à terre, sortant de son écorce, cette masse noire gélatineuse-sèche faisant vaguement penser à Exidia glandulosa.

gélatineux-1-MP.jpg

Une fois « décortiquée », la base paraissait marron foncée un peu transparente.

Inconnu-3-MP.jpg

Réhydratée, la masse était bien gélatineuse, cérébriforme en surface, et gagnait en transparence.

réhidraté.jpg

La microscopie (ci-dessous) effectuée début avril nous faisait (écrivions-nous alors) « apparemment exclure l’hypothèse du basidio Exidia glandulosa. »

Asco-inconnu.jpg

« Elle nous orienterait » (poursuivions-nous dans notre ancien article) « vers les ascos, peut-être vers Cheirospora Botryospora mais vraiment sans certitude aucune. C’est là pour nous l’intérêt de la mycologie. Mener l’enquête, échanger, et apprendre encore. Humilité. » concluions-nous.

Images suivantes

C’était avant notre discussion avec Jacques Guinberteau mais, encore avant, nous étions revenu prélever quelques autres échantillons à l’aspect bien plus gélatineux car le temps avait tourné à l’humide.

Exidia-Glan-MP1.jpg

La microscopie effectuée sur cette récolte du 22 avril laissait apparaître, après quelques balayages, de rares spores en forme de « saucisse » dites allantoïdes et des hyphes bouclées.

exidia-micro-MP2.jpg

Nous avions vu et lu dans le tome 2 de Breitenbach numéro 21 la micro de Exidia glandulosa (extrait d’image dans montage ci-dessous) mais la recherche de basides semblait infructueuse avec notre récolte. Tout au plus quelques formes rondes-ovales esquissaient peut-être des basides.

exidia-micro-MP3.jpg

Et puis à l’occasion d’un coup de fil pour prendre des nouvelles réciproques en ces temps de confinement nous évoquons, le 27 avril, avec Jacques Guinberteau, notre enquête et lui envoyons, à sa demande amicale les quelques éléments à ce stade de nos recherches. C’est alors que Jacques G. nous orientera vers Exidia glandulosa sp. Nous échangerons encore et, dans un de ses mails Jacques G. écrira: « Faut se méfier de toutes les propagules parasites (spores, etc.) que ces champignons collants ou gélatineux peuvent emprisonner! ».

Propagules

Vous savez bien sûr, chère lectrice et cher lecteur, fans de biologie, de botanique et de mycologie, ce que le terme propagules recouvre. Nous, avons appris sur Wiki que  » Une propagule (du latin propagulum) est une structure de dissémination (propagation) et de reproduction. Cette définition, au sens large inclut aussi bien des structures végétatives que sexuées. Il existe de nombreuses définitions plus restrictives …
…Des propagules peuvent être émises par de nombreux êtres vivants (animaux, végétaux, bactéries, champignons, sous de nombreuses formes comme les spores, kystes … ) et être transportées passivement par le vent, l’eau ou activement par d’autres animaux, éventuellement sur de longues distances avec par exemple les oiseaux migrateurs… »

En bref, notre première micro nous avait fait voir des bouquets de spores qui n’appartenaient pas à notre champignon et des apparences d’asques ce qui est un comble, n’est-ce pas, pour un basidio. On dira que ça collait pas ou plutôt que ça collait trop! et, après avoir évoqué les propagules, Jacques G. écrivait: « Oui Michel, là ça colle nettement mieux! avec ce type de spores allantoïdes. »

Très peu de temps après nous nous remettions à l’ouvrage pour écraser entre deux lames un fragment d’hyménophore et feinter avec le couvre-lame pour rattraper l’infime morceau qui s’échappait dans son bain de Melzer et , là, les spores allantoïdes apparaissaient en masse. Leur dimension (voir ci-dessous) s’approchait de celle donnée par Breitenbach pour l’espèce (12-14×4,5-5µm) et Phillips (10-16X4,5µm). Chez les nombreux auteurs consultés au cours de nos recherches (voir bibliographie plus bas) nous avons retrouvé le terme cérébriforme pour décrire l’aspect macroscopique de l’hyménophore de cette espèce.

Spores-Exidia-glandulosa.jpg

En outre nous avons pensé apercevoir une baside, pas très distinctement certes, mais rappelant le croquis (avant-dernière image) de la description chez Breitenbach.

Baside-Exidia-glandulosa-MP.jpg

De même, la spore de gauche (microscopie ci-dessous) rappelle une partie du croquis de la littérature Suisse.

Spores-Exidia-MP.jpg

Donc au terme de notre enquête, avec l’aide de Jacques Guinberteau pour indiquer la bonne piste en se méfiant des propagules, nous sommes donc bien en présence de l’Exidie glanduleuse et ça colle!

Michel Pujol

exidie glanduleuse,exidia glanulata

Bibliographie: Breitenbach&Kränzlin Tome 2 n°21; Courtecuisse&Duhem n°52 (édition 2011); Eyssartier&Roux page 1040 (édition 2011), page1072 (édition 2017); Borgarino&Hurtado page 64 (édition 2006); Bon page 324 (édition 2004); Phillips page 262 (France loisirs).

Notamment sur Internet: MycoDB , A.M.B. ; Myco Charentes

 

Ce 7 avril et… dans le rétro de mai 2015

 

Serait-on, réchauffement climatique aidant, passé de mai en avril en cinq ans? La sagesse populaire dirait « les années passent et ne se ressemblent pas ». Aussi prenons garde aux conclusions hâtives. Toutefois, quelques espèces rencontrées ce 7 avril 2020, dans le bois d’à côté, en courte balade n’excédant pas une heure, dans un rayon d’un kilomètre, justificatif en poche en ce temps de confinement, nous interroge. Parmi les espèces, la première Russula vesca, première de l’année pour nous, un polypore, quelques fleurettes et un « truc » noir.

Petit regard en arrière. C’était le 6 mai 2015 sur le même site. Certes les espèces y étaient plus nombreuses:

amanite.jpg

Une Amanite au pied rougissant.

bolets-des-charmes.jpg

De vieux Bolets des charmes.

Boletus-aestivalis-7.2015.jpg

Un premier Cèpe d’été (B. aestivalis) dont le stipe fourmillait de vers.

Inocybe-cookei-MP7.2015.jpg

Un Inocybe se révélant être, après micro, Inocybe cookei.

Inocybe-cookei-planche-MP7..jpg

Mais aussi

C’est là ou ce coup de rétro interroge. Le 6 mai 2015, tout comme le 7 avril 2020, nous rencontrions des Russula vesca contrôlées au « Fer ».

Russula-vesca-7.2015.jpg

Russula-MP.jpg

Ci-dessus notre R. Vesca solitaire et quasi flétrie du 7 avril 2020, elle aussi confirmée au « Fer » au retour de la balade.

Autre rencontre du même type le 6 mai 2015, un petit Polypore (Polyporus tuberaster ou P. forquignonii)

Polyporus-forquignonii-7.20.jpg

Polyporus-tuberaster-MP.jpg

Et la même espèce, ce 7 avril 2020, dans les mêmes parages, sur du bois à terre, à portée de limace.

Certes, ce même jour point de Boletus aestivalis ni d’Inocybe cookei ni même de L. carpini. En revanche nous avons rencontré, sur tronc de chêne à terre, sortant de son écorce, cette masse noire gélatineuse-sèche faisant vaguement penser à Exidia glandulosa.

gélatineux-1-MP.jpg

Une fois « décortiqué », la base paraissait marron foncée un peu transparente.

Inconnu-3-MP.jpg

Réhydratée, la masse est bien gélatineuse et gagne en transparence.

réhidraté.jpg

La microscopie nous fait apparemment exclure l’hypothèse du basidio Exidia glandulosa.

Asco-inconnu.jpg

Elle nous orienterait vers les ascos, peut-être vers Cheirospora Botryospora mais vraiment sans certitude aucune. C’est là pour nous l’intérêt de la mycologie. Mener l’enquête, échanger, et apprendre encore. Humilité.

                                                                             Michel Pujol

N.D.L.R. on trouvera la solution dans l’article suivant 

 

Mémoire de Truffes:4_ T. comme Trufficulteurs

 

Le premier volet de cette série évoquait notre rencontre avec T. melanosporum chez Guy Joui début 2008 à Monflanquin. Le second s’attachait aux « cousines » Truffe d’été (T. aestivum) et Truffe de Bourgogne (T. uncinatum) en faisant un crochet par Chatin. Le troisième avait trait, avec des amis mycologues, aux goûts des Tuber. Aujourd’hui nous faisons part d’expériences, de ressentis de la part de trufficulteurs rencontrés ces dernières années qui, sur les marchés, qui, sur le terrain. Ils content leurs découvertes hypogées, leurs stations de cultures de ces champignons qui enchantent les papilles et, parfois, suscitent les convoitises.

Mycorhizes-truffes-MP.jpg

Comment piocher les « secrets » de ces champignons souterrains (hypogés)? En fréquentant, par exemple, les marchés-expositions. C’était en janvier 2015, à Mably, au cœur de Bordeaux. Le stand d’Agri-Truffe y présentait (ci-dessus) des mycorhizes (voir -dans la colonne de droite de notre site- deux vidéos 2DB et 4DB avec Damien Berlureau d’Agri-Truffe). Des trufficulteurs notamment Périgourdins, Lot-et-Garonnais et Girondins y proposaient leurs récoltes.

Fine, la mouche

    Nous nous posions des tas de questions. Bien sûr, Tuber melanosporum ne nous était pas inconnue côtés macro-microscopie-arômes mais allez savoir, sous terre, que nous cachait-elle qui n’échappait pas à ses plus proches observateurs de surcroît intéressés au sain et bon déroulement de sa croissance: les trufficulteurs.

Prenez, par exemple la mouche ou plutôt les mouches du genre Suillia, « mouches rabassières », qui compte plusieurs espèces dont S. gigantea dont le vol lourd se repère avant qu’elle n’aille pondre afin que ses larves se développent au sein du champignon hypogé. Nous nous demandions, peut-être trop naïvement, si l’insecte creusait un peu ou beaucoup la terre pour arriver tous près de la melano nourricière. En fait, nous expliquaient alors ces spécialistes, Suilla sp.se pose au sol, à la perpendiculaire de la tubérale qu’elle sait mature (d’où son rôle déterminant pour le cavage). Elle pond alors ses œufs pic au-dessus. Les larves, minuscules, qui éclosent, vont jouer les spéléologues pour atteindre la truffe s’en nourrir et y grossir. Fine cette mouche rabassière.

Les sortes d’arbres? les terrains? Selon les témoignages recueillis, le chêne vert était en progression dans les essences plantées. Il pousse plus vite que le traditionnel chêne pubescent mais demande davantage d’entretien. Il faut veiller en effet à ce que « la Truffe respire » soulignait un Lot-et-Garonnais de Pujols (ci-dessous au centre). Entendez par là que bien que sous terre elle n’aime pas qu’on lui fasse de l’ombre alors on retaille les houppiers des chênes verts assurait Sébastien Chinouilh (photo plus bas) de Clermont de Beauregard en Dordogne. C’est davantage de travail et ce n’était pas un hasard de rencontrer beaucoup de viticulteurs-trufficulteurs car le suivi des deux récoltes raisin-truffe demande autant de soins et de temps.

Pujols-Perrier-MP.jpg

Notre ami de Pujols qui avait devant lui une photo de garçon exhibant une Tuber melanosporum de plus de 800 g s’accordait avec Lucien Perrier (à droite photo ci-dessus), dont nous connaissions la longue pratique et la grande expérience, pour relever qu’en début de production, donc « issus » d’arbres jeunes, les ascophores sont plus gros mais qu’ensuite, les arbres vieillissant, les truffes sont certes plus petites mais plus parfumées.
Et le ph? Le Fronsacais Patrick Dorneau (photos plus loin) estimait que sans mésestimer cet aspect beaucoup d’autres facteurs entraient en jeu. D’ailleurs, disait-il, sa voisine sur le stand qui était à La Brède y produisait des truffes bien que son terrain ne soit pas idéal du seul point de vue du ph.

S.-Chinouilh-MP.jpg

Nous avions entendu aussi que le froid rigoureux à la veille du cavage, c’est à dire de l’extraction, n’était pas très souhaitable mais ce qu’allait nous dire Sébastien Chinouilh, de Clermont de Beauregard, qui extrayait de son tas une melano pour le démontrer (photo ci-dessus avec gros plan sur sa Truffe du Périgord) nous interpellait. En effet, Sébastien avait remarqué que le péridium est plus « fin » quand une de ses truffes est venue dans un sol « blanc travaillé » aux particules plus légères alors que l’enveloppe externe est plus épaisse quand les diamants noirs sont issus de l’argile épaisse à gros morceaux. Une certaine humanité de la Truffe en quelque sorte qui a la peau dure quand il faut résister et qui se la joue en douceur dans un cocon agréable.

En Fronsadais

    Rien de tel que le terrain pour poursuivre notre quête aux infos hypogées. Nous allions retrouver le mois d’après, sur ses terres propices en Fronsadais, le Girondin Patrick Dorneau accompagné d’Alain Roux, président d’alors des trufficulteurs girondins, et d’Eros,un adorable jack russell.

Truffière.jpg

Nous sommes alors en février 2015. Tout près des vignes,  Les arbres mycorhizés sont plantés, depuis un peu moins de dix ans; en majorité des chênes verts et quelques chênes pédonculés et noisetiers. Des plants certifiés qui proviennent pour la plupart de pépinières de la région et font l’objet de l’attention vigilante de l’Union régionale des trufficulteurs. Patrick Dorneau, le maître des lieux, avec passion communicative, en a façonné tous les endroits, planté, buté, taillé les arbres et prévu jusqu’aux fourmis… « Aucune règle de production est établie » fait-il remarquer mais le viticulteur fronsacais a pioché lors de ses déplacements et de ses rencontres avec les plus éminents spécialistes du Diamant noir quelques recettes facilitatrices. Ainsi en-est-il, entre autres, des fourmis qui aèrent le sol et de la lavande qui les attirent. Il en a planté quelques bouquets au cœur de sa truffière. Un véritable travail de fourmi? Tout à fait tant ce soin et ce temps apporté à la truffière s’apparente au travail de la vigne et à l’élevage du vin avec une différence olfactive essentielle. Lors du cavage l’intensité du parfum de la Truffe récoltée a l’odeur sublime de la récompense de tous les efforts du trufficulteur. Il faudra attendre plus longtemps, presser le raisin, le vinifier, l’élever avant que le viticulteur ne découvre le vin abouti. Quoiqu’il en soit, du vin ou de la truffe on a bien sa petite idée de ses grands espoirs avant.

Arbres-MP.jpg

Il y a par exemple le brûlé au pied des arbres, la marque que le mycélium se développe, se nourrit en absorbant des nutriments du sol qui s’éclaircit alors (ci-dessus). Quand le doute s’installe pour un arbre qui ne « brûle » pas, il faut alors en planter un autre à côté.
La taille des plants pour apporter de la lumière mais en tenant compte de l’orientation, de la pousse végétale supposée etc. est complexe et instinctive d’expérience. Il faut tenir compte aussi de sa taille (hauteur) personnelle pour continuer à rabattre en se tenant debout nous explique Patrick Dorneau (ci-dessus à droite).
Selon le Président Roux (ci-dessus à gauche avec Eros) on comptait alors une soixantaine de trufficulteurs en Gironde notamment en Entre-deux-Mers, Fronsadais et Sud Gironde. Certains étaient à la recherche de terrains où exercer leur passion. Il était bien difficile d’évaluer le poids des truffes produites dans le département sinon que 2013 n’avait pas été une bonne année et sur le marché de Saint Emilion 13 kilos avaient été écoulés à fin janvier 2015.

Coupe-truffière-MP.jpg

Les strates du « nid », de la truffière, qui apparaissent en contrebas de la plantation de 70 ares de Patrick Dorneau parlent d’évidence: une couche de terre meuble sous laquelle affleure une roche calcaire drainante. Le PH est de 8,5. Tout autour, les vignes s’y plaisent depuis longtemps. Ce montage photo des lieux illustre les facteurs facilitant les pousses mais n’allez pas croire pour autant que c’est comme … une lettre à la poste. Les fructifications des mycorhizes sont des courriers au long cours qu’il faut aller chercher, quand elles existent, en poste restante.

Bien difficile de trouver sur le Net des détails sur la production actualisée des truffes en France. Le marché aux truffes de Lalbenque est réputé le plus important du Sud Ouest voici (en cliquant sur le lien) le détail des apports pour la saison 2019/2020 . Du 3/12/2019 au 10/3/2020 les apports auront, d’après ce tableau, totalisé 685 kg sur ce marché au gros et au détail du Lot. De quoi « toucher le gros lot » entre 600€ et 1000€ les mille grammes.

                                                                             Michel Pujol 

Rétro 2014: Bordeaux ascos rive gauche/rive droite

Par respect de confinement nous n’y retournons pas mais… à la même période, fin mars 2014, nous faisions un petit tour printanier dans l’agglomération bordelaise pour y retrouver de vieilles connaissances.

Nous plongions vendredi 28 mars 2014, à Bordeaux-Lac, dans la pinède.

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Les Pézizes couronnées, quelque peu écrasées par endroit, offraient leur coupes d’un bleu profond bien enterrées entre mousses et aiguilles. La pousse semblait dater de quelques jours pour les plus anciennes tachetées de gris. Bien identifiées par notre ami Yves Mortureux qui retrouvait cette espèce dans une station habituelle qui recelait une vingtaine d’exemplaires en ce début de millésime 2014. Les promeneurs que nous rencontrons alors sont intrigués. Des champignons en ce moment? ça se mange? Nous avions beau leur dire que ceux-ci étaient toxiques, ils regardaient dubitatifs le fond du panier où quelques-unes avaient été gardées pour étude.

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Outre les Sarcosphaera coronaria (= S.crassa) nous reverrons au bord du Lac de Bordeaux quelques Tricholomes proches de terreum et des Helvelles blanc et noir (leucomelaena) en remarquant que leur présence s’était déportée par rapport à l’année précédente. Il court, il court le mycélium…

De l’autre côté de la Garonne, en face à Lormont « nos helvelles » nous avaient paru bien paresseuses en cette année 2014 quand nous étions allés, peu avant, regarder au pied de la carrière à l’ombre des peupliers noirs. Ni Helvella fusca ni Helvella monachella. Il manquait alors peut-être un zeste de chaleur et un filet d’eau.

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Le dimanche 30 mars 2014 elles avaient timidement réélu domicile entre carrière et ligne de chemin de fer, sous les Populus nigra pour les fusca. Seulement deux exemplaires (ci-dessus) présents ce 30 mars là.

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Davantage de « Religieuses », les cinq ci-dessus, près des deux autres mais plus éloignées des peupliers, sur la terre nue.

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Helvella monachella (= H. spadicea) est coiffée de noir alors que H. fusca, comme son nom l’indique l’est de brun mais outre leur différence de taille (en moyenne) le stipe (pied) de la première est lisse alors que celui de la seconde est lacuneux. Aucun intérêt gastronomique, toxiques à l’état cru comme beaucoup d’ascos, comestibilité incertaine voire « risquée » une fois cuites et en tout cas, surtout pour la seconde, à préserver car assez rare.

                                                                            Michel Pujol