Archives pour la catégorie microscopie

Megacollybia platyphylla, des fils aux pattes et de larges lames

C’est au pied du pied notamment que l’on reconnait cette Collybie à larges feuillets. Ses longs rhizomorphes épais s’ancrent dans le substrat de feuilles et déchets de bois. Blancs comme les lames et le stipe alors que le chapeau, fibrillo-vergeté, mamelonné est gris à brun. Espèce courante dès le printemps (notre récolte -photo ci-dessus et en fin d’article- est du 9 mai 2018) Megacollybia platyphylla   annonce souvent les prochaines pousses d’autres espèces « précoces ».

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Sur cette étude macro-micro lors d’une récolte d’une année passée (un 19 mai), nous avons étalé les rhizomorphes sur un bout de bois (notre planche) pour qu’ils se détachent visiblement sur notre photo.

Au microscope (préparation dans le rouge congo), les stérigmates des basides, majoritairement tétrasporiques, sont assez longs. Les cheilocystides apparaissent clavées pour la plupart et quelquefois lagéniformes. Les spores (dimensions sur la planche) en formes font penser à un ballon de foire pour les enfants, gonflé à l’hélium. Trop petites bien sûr pour s’envoler? Les nuages n’en transportent-ils pas …

 M.P.

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Du bleu dans le bois avec la Pézize turquoise

« Le nom de couleur turquoise désigne des nuances de bleu tirant sur le vert, par analogie avec la plus recherchée  des variétés de turquoise, une pierre ornementale. On dit aussi bleu turquoise ou vert turquoise, selon la nuance. Wikipédia « 

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Dirait-on qu’à droite de cette branche décortiquée de feuillu (récolte un 11 novembre) on voit un bleu qui tire sur le vert ou un vert qui tire sur le bleu? C’est en tous cas la marque de la présence du mycélium d’une Pézize minuscule dont le diamètre du disque dépasse rarement le centimètre. Grâce à cette couleur particulière on sait qu’elle est là même si on ne voit pas les carpophores. Il est courant de lire que les bois colorés par la xylindine  , pigment secrété par Chlorociboria aeruginascens , ont été utilisés en marqueterie dès le quinzième siècle. Sans doute travaillait-on ces bois quand ils étaient encore durs donc avant que plusieurs pousses d’ascophores ne ramollissent cette matière première propice à l’ébénisterie.

Chlorociboria aeruginosa  , plus rare, est proche de la Pézize turquoise. Elle s’en différencie notamment par la dimension des spores plus importante (9-14 x 2-4 µm).

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L’étude ci-dessus de notre récolte du 11 novembre 2017 en Gironde montre bien qu’il s’agit de la Pézize turquoise. Nous avons pu vérifier (hors cette planche) que le sommet des asques octosporées étaient amyloïdes et que les mesures sporales (notre planche) concordaient avec les descriptions de la littérature (1). 

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Macroscopiquement, c’est cette couleur turquoise qui incite à aller regarder de plus près ces morceaux de bois colonisés par ce champignon (ascomycète de la classe des Leotiomycètes) et de découvrir ou pas ces petits disques concolores finement pédicellés. Les nôtres étaient assez secs mais présents en nombre à différents stades de développement.

M.P.

 (1) Bon p. 332; Courtecuisse n° 10; Eyssartier&Roux p. 1062; Breitenbach&Kränzlin t.1 n° 199 

Les premières en mai

Nous guettions leur venue depuis quelques jours. Chaque année en mai-juin elles apparaissent au pied d’un bouquet de charmes, près de chênes. Ce 19 mai, un peu de jaune au sol nous fit écarter les feuilles pour capter leur image (ci-dessus à l’objectif macro). Nous aimerions parodier Patrice de Mac-Mahon qui, le 26 juin 1875, s’écria à Toulouse en voyant la crue de la Garonne « Que d’eau, que d’eau! » mais, bien qu’ici très près de la Garonne, l’eau tombée du ciel se fait rare ces jours-ci et les pousses itou.

Aussi, ces petites  Cantharellus pallens   , nos premières girolles de l’année, nous ont ravi. Elles n’étaient pas encore aussi matures ni aussi nombreuses

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que celles (photo ci-dessus) récoltées sur la même station le 11 juin 2012. L’espèce est reconnaissable à l’aspect clair et pruineux du chapeau (synonyme C. subpruinosus).

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Côté micro, cette planche ci-dessus, faite lors d’une très belle récolte (un très grand panier) lot-et-garonnaise en mai 2014.

Et notre « trouvaille » de ce jour? Nous l’avons laissé sur place en promettant de revenir plus tard et en pensant à ce cher Président Mac-Mahon. N’a t’il pas dit aussi:  « J’y suis j’y reste ». C’était le 7 septembre 1855 et il n’était que général quand il prit la redoute de   Malakoff

M.P.

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Il plie et ne rompt pas: le pied!

Une chronique qui part en vrille? Peut-être pas. S’agissant de Marasmius oreades   , le Marasme des oréades, appelé « bouton de guêtre » dans la région, question de taille, prendre le pied ajoute au plaisir de l’identification.

Petit donc, aux lames écartées et fourchues en bord de chapeau. Poussant en rond d’où oreades  , un clin d’œil voire un  écho  à ces nymphes des montagnes et des grottes se livrant à des danses en « rond de sorcières » comme si elles s’étaient tenues en périphérie du mycélium. Une extrapolation de la mythologie grecque? Certes. Mais les champignons ne sont-ils pas nés bien avant l’Homme donc avant les dieux de ce dernier… 

On tourne en rond. Pas tout à fait. Signalons l’odeur cyanique, un peu amande amère, due pour cette espèce à la présence d’acide cyanhydrique très volatil et toxique (risque d’intoxication consommé cru d’où comestible seulement bien cuit). Revenons au pied.

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Très coriace, le stipe n’ira pas dans l’omelette avec le chapeau. En revanche, il participera de l’identification de l’espèce en complément. En effet, il ne rompt pas quand on le tord en le vrillant, le tenant à ses deux extrémités sans bien sûr trop exagérer la pression. Ce n’est pas la seule espèce avec un pied aussi coriace mais c’est un critère déterminant pour les espèces de même taille et de proche apparence que l’on pourrait confondre avec le faux mousseron. Ce terme de faux mousseron qu’on lui attribue, à rapprocher du « vrai » mousseron   Calocybe gambosa viendrait du fait qu’il fréquente les prés tout comme le Tricholome de la Saint Georges. De plus la période de pousse du « faux » s’étend du printemps à l’automne alors que le « vrai » n’est que printanier.

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Côté micro, ci-dessus une planche élaborée lors d’une récolte précédente. Nous avons effectué une mesure de spores sur les exemplaires trouvés dernièrement, le 29 avril à Gradignan (les autres photos que la planche). Voici ces mesures (Piximètre):

7,1 [7,6 ; 7,8] 8,4 x 4,7 [5,1 ; 5,2] 5,7 µm

Q = 1,3 [1,5] 1,7 ; N = 35 ; C = 95%

Me = 7,7 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

M.P.

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Du rouge sur le B.R.F.

Le bois raméal fragmenté (B.R.F.) est une véritable mine à champignons saprotrophes, un terrain d’éclosion quand ailleurs, en forêt, hors lignicoles « exsiccatés » aucune pousse n’apparaît. Ces derniers jours en plaine, sur nos biotopes girondins de prédilection, les conditions climatiques n’ont pas permis aux habituelles russules et autres de pointer un bout de chapeau de mai. Mais dans des endroits urbanisés où les jardiniers des espaces verts ajoutent moult B.R.F. pour garder l’humidité des arrosages et nourrir les plantes plantées, là donc on entrevoit par exemple des taches rouges et des œufs blancs.

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Le Clathrus ruber  (Clathre rouge, Clathre en cage, Cœur de sorcière) , aime plonger ses épais rhizomorphes dans le B.R.F. pour y puiser sa force qui éclatera en une espèce de brûle parfum marocain aux mailles épaisses.

Le parfum justement ne rappelle pas celui, complexe, de l’entrée d’un magasin de produits de beauté. Pas vraiment N°5 mais affriolant  pour les mouches qui se posent sur la gleba noirâtre puis vont en disséminer les spores. Comme le Satyre puant et l’Anthurus d’Archer, autres phallales, le Clathre rouge vampe les mouches avec sa forte odeur plutôt désagréable pour le nez humain.

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Côté microscopie (ci-dessus une étude à partir d’une précédente récolte) les spores cylindriques sont très nombreuses et de dimensions peu variables (ici moyenne de 4,8 µm x 1,8µm, la structure du réceptacle, portant sur la face interne la gleba, est en « nid d’abeille » (en haut de la planche). Ainsi que le remarquent Breitenbach & Kränzlin, les hyphes de l’exopéridie sont cloisonnées non bouclées alors que celles de l’endopéridie sont cloisonnées et partiellement bouclées (en bas à gauche sur notre planche).

 Quant aux appellations, que diable! le rouge sied aux flammes de l’enfer que l’on vouait aux sorcières et Courtecuisse indique que « Le nom [Cœur de sorcière] est adapté des noms vernaculaires espagnol et serbe ».

M.P.

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Petite bibliographie:

 Breitenbach & Kränzlin Champignons de Suisse tome 2 n° 524

Courtecuisse & Duhem Guide des champignons de France et d’Europe n°1750

Marchand Champignons du Nprd et du Midi tome 4 n° 379

Eyssartier & Roux Le guide des champignons France et Europe page 1054

Mycodb

Sur la piste de morilles « contrariantes »

Nous avions à la même période en 2012 tenté d’y voir un peu plus clair dans le genre Morchella. « Omnes Morchellae inter se nimis affines »  remarquait Fries (si voisines entre elles que puissent se révéler toutes les morilles) cité par André Marchand dans son premier tome des champignons du nord et du midi (n°85 Morchella conica). L’article  que nous avions écrit et illustré en 2012 s’était enrichi ensuite de remarques de Philippe Clowez avant que ce spécialiste ne publie dans le Bulletin de la Société Mycologique de France (SMF Tome 126 fascicules 3-4 2010 p.199-376) « Les morilles, une nouvelle approche mondiale du genre Morchella » .

Quand donc , le 8 avril 2018, nous avons rencontré près de bordures adossées à de la castine, sur un terrain par conséquent plutôt calcicole et  ombré par des chênes et quelques charmes

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ces morilles (ici alignées sur le sol après examen macroscopique in situ), 

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nous avons parcouru, au retour avec notre récolte, la littérature en ne perdant pas de vue que la nomenclature du genre évolue grandement. Il n’était pas inutile de relire le tome 1 de Marchand (85 M. conica, 86 M. conica var. costata, 87 M. conica var. deliciosa,88 M. conica var. intermedia, 89 M. elata, 90 M. esculenta, 91 M. esculenta var. crassipes, 92 M. esculenta var. rotunda) qui décrit là huit espèces. Bon (2004 p. 326) en cite 5 (rotunda,esculenta, vulgaris, costata, conica) et même 6 si on inclut Mitrophora semilibera puisque le morillon est aujourd’hui une morille à part entière. Courtecuisse&Duhem (2011) en dépeignent trois n°12, 13 et 14) et signalent plusieurs formes et variétés. Eyssartier&Roux (2011) examinent deux espèces et en citent d’autres dans les remarques. Ces ouvrages s’attachent à décrire des espèces européennes.

Il nous semblait, dans notre récolte girondine, avoir affaire à deux espèces différentes une petite très brune sans vallécule marquée proche de M. conica et une autre plus claire, plus éponge ovale à alvéoles profonds et à vallécule marquée.

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La relecture attentive des près de deux cents pages de Philippe Clowez « Les morilles, une nouvelle approche mondiale du genre Morchella » nous plongeait dans la complexité et la perplexité. Après échanges amicaux avec l’auteur que nous remercions bien vivement pour son aide « nos » morilles (qui en fait avaient été repérées par un jogger qui nous avait amené aimablement sur les lieux de sa découverte), « nos », « ses » morilles « ressemblaient fortement à Morchella importuna » aux yeux de l’ami Philippe. A ce dernier nous avions envoyé (sans y nommer l’espèce comme ci-dessous) ces fiches macro-micro. 

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Nous faisions part à Philippe Clowez des dimensions sporales différentes pour ce que nous pensions être des espèces distinctes. D’après ce grand spécialiste  » en vérité la sporulation des morilles est très compliquée pour certaines espèces comme par exemple Morchella vulgaris qui sporule juste avant de pourrir. La présence de spores de différentes tailles n’est pas rare ». Et il ajoutait: « Je l’ai constaté au micro avec cette même morille. »

Sur le site Mycocharentes on lira avec intérêt la fiche réalisée en mars 2018 par Patrice Tanchaud.  Morchella importuna M. Kuo, O’Donnell & T.J. Volk y est synonymisée avec  M. costataM. elata ss. auct. On peut lire la même remarque sur Mycodb . 

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Michael Kuo qui a créé cette espèce la décrit sur  mushroomexpert.com « une morille fascinante qui semble être limitée aux sites d’aménagement paysager, aux jardins … En Amérique du Nord elle est assez commune dans le nord-ouest où elle apparaît en milieu urbain à la fin de l’hiver et au début du printemps… » Il met en exergue son caractère saprophyte « … un bon candidat pour la culture comme M. rufobrunnea …  » envisage-t-il notamment. 

Le biotope, très urbain, de notre lieu de récolte va dans le sens des remarques à propos de cette espèce dont la dénomination latine mérite, selon nous, quelque attention. Importunus, a, um (adj.) renvoie notamment à brutal (cruel) qui tient de la brute; contrariant, de nature à contrarier; fâcheux, qui amène des désagréments; incommode, qui cause de la gêne; intraitable, inflexible; malencontreux, qui survient mal à propos ; impraticable; inabordable. Etonnant non!

M.P.

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L’asco semi hypogé du Lac

 

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L’ami Yves Mortureux nous l’avait fait connaître in situ en 2010. Plusieurs stations sous les pins au bord du Lac de Bordeaux. Tous les ans, fin mars début avril, nous guettons la pousse de cette belle espèce aux reflets bleus. Le 8 avril nous avons bien vu quelques amanites jonquille et bolets de bouviers mais les pézizes couronnées n’avaient pas encore soulevé le tapis d’aiguilles. En revanche,

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   le 19 avril nous les avons retrouvées avec les amis Yves et Jean-Claude. La pousse avait dû se produire peu de temps après notre premier passage parce que les champignons étaient déjà, pour la plupart,  plutôt desséchés (photo ci-dessus).

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Cette pézize est décrite par beaucoup d’auteurs (biblio en fin de texte). Elle  est nommée « étoilée », « couronnée » ou « en couronne » ainsi que s’ouvre la sphère enterrée pour livrer son hyménium vite violet. Au fil des publications Sarcosphaera coronaria est devenue totalement infréquentable dans l’assiette. André Marchand en 1976 remarquait: « On s’abstiendra de manger ce champignon à l’état cru…. Par contre après cuisson et rejet de l’eau de végétation… » Dans Le guide des champignons France et Europe (édition 2011) Eyssartier&Roux soulignent en rouge que cette pézize « peut être mortelle à l’état cru, et est toujours très toxique une fois cuite ». Cette toxicité est affirmée par tous les auteurs aujourd’hui. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en matière d’intoxication par les champignons il est risqué de suivre les indications de comestibilité de livres anciens pour des espèces qui se sont révélées très toxiques ensuite.

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Microscopie

Spores: hyalines colorées ici au lugol (haut droite et bas gauche) et congo ammoniacal (centre gauche), elliptiques arrondies aux extrémités. Mesures observées pour cette récolte:

Spores (11,3) 13,8 – 17,1 (17,6) × (6,2) 6,4 – 8,1 (8,5) µm

Me = 15,4 × 7,3 µm ; Qe = 2,1

Paraphyses: mises en évidence ici dans le bleu lactique (en bas à droite), cylindriques granuleuses en forme de massue au long manche;

Asques: octosporées à sommet amyloïde (en bas à gauche).

                                                                                                                                                             M.P.

petite bibliographie:

Myco Db Sarcosphaera coronaria

Marchand 199

Eyssartier&Roux p. 1064

Bon p. 331

Courtecuisse n°25

Breitenbach t.1 n°34

Borgarino&Hurtado p.50