Archives pour la catégorie microscopie

Des toxiques à la peau dure

Il n’est pas rare que les Centres antipoison aient à connaître des cas de consommation de Sclérodermes, un genre dont le nom indique que « leur peau est dure ». L’exoperidium, tel un sac de cuir, en protège la gleba où murissent les spores qui s’envoleront dès l’ouverture naturelle ou fortuite de ces gastéromycètes.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

En effet, un jeu de gamin pas du tout vilain et même propagateur de l’espèce consiste à écraser fortement du talon ces boules bien mûres et créer l’envol du nuage de spores bien sombre. Les enfants connaissent ainsi souvent leur premier contact avec un champignon.

Jouer n’est pas manger car ces Sclérodermes sont toxiques. Nous avons lu et entendu dire qu’ils auraient servi, il y a sans doute longtemps, de substitut aux truffes pour orner indûment des pâtés.  

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Appelé souvent improprement « vesse de loup » (réservé plutôt aux genres Lycoperdon et Vascellum) Scleroderma citrinum ,le plus répandu, borde les chemins et ne déteste pas les endroits secs à proximité de feuillus et conifères.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Cette espèce de scléroderme se reconnaît facilement à sa couleur citrin.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Microscopiquement, la gleba déborde de spores globuleuses épineuses d’une dizaine de microns de diamètre. Leur densité se prête à l’envol des nuages enfantins. 

 Orné d’aréoles

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Autre Scléroderme, bien plus petit que le précédent et tout aussi toxique, S. areolatum, le Scléroderme aréolé. Nous l’avions rencontré (photo ci-dessus) sous couvert de feuillus tout près d’un chemin dans la ripisylve de l’Eau Bourde à Canéjan (33) ces sclérodermes étaient une des rares espèces présentes en ce jour de sécheresse récurrente.

Macroscopiquement ils se différencient notamment par leur taille (1 à 3 cm de diamètre pour notre récolte) du Scléroderme vulgaire (S. citrinum) plus massif et au péridium plus épais et craquelé une fois mature. 

Chez Scleroderma areolatum les rhizomorphes abondent. Sur notre photo, des grains de sable y sont attachés. Le caractère sans doute le plus discriminant de cette espèce est la ponctuation aréolée du revêtement Certains auteurs parlent de « peau de léopard ». D’autres évoquent une odeur faible de caoutchouc que nous avons ressentie sur notre récolte surtout dans la phase de primo-dessication.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Microscopiquement (montage ci-dessus) les spores (11,4 X 11µm en moyenne dans notre étude) sont globuleuses et nettement épineuses.

M.P.

Bibliographie: Eyssartier&Roux p. 1048; Courtecuisse&Duhem n° 1727; Bon p.302

Sur le Net (par exemple)Myco DB mycocharentes mushroomexpert fauneflore-massifcentral.fr

Publicités

La planche à bolets

C’est moins dispendieux que la planche à billets mais il faut se rappeler que la comestibilité de certains bolets ne doit pas être prise pour argent comptant. L’overdose, le manque de fraîcheur, les lieux de récolte pollués et la fausse monnaie (confusions) invitent à ne pas jouer à pile ou face avec ces champignons à tubes. Voici quelques espèces récoltées un même jour dans les bois d’une commune de « Bordeaux Métropole ». Point de Cèpe de Bordeaux (plus automnal) en ce 19 août 2014. De ces quatre espèces Boletus aestivalis est le plus fréquentable dans l’assiette. Les autres, très amer (Bradicans ) ou présentant des risques de confusion (B. castaneus ou B. luridus) sont à écarter.

boletus aestivalis,boletus radicans,boletus luridus,gyroporus castaneus,yves mortureux,michel pujol,cema,blanquefort

boletus aestivalis,boletus radicans,boletus luridus,gyroporus castaneus,yves mortureux,michel pujol,cema,blanquefort

boletus aestivalis,boletus radicans,boletus luridus,gyroporus castaneus,yves mortureux,michel pujol,cema,blanquefort

Suillellus luridus est le nom actuel de l’ex Boletus luridus millésime 2014. De même le Bolet de Satan, ex Boletus satanas est aujourd’hui appelé Suillellus satanas . Pour être complet, dans la liste des espèces citées dans cette planche à bolets, ajoutons que l’appellation Caloboletus radicans a remplacé Boletus radicans .

M.P.

En étoile: Astrée hygrométrique d’un samedi l’autre

Autant est-il hasardeux, pour une récolte éventuelle, de laisser en place, dans un lieu public et fréquenté, quelques cèpes pour les regarder grandir jour après jour. Autant peut-on se livrer à cet exercice, par exemple au printemps, avec des espèces qui risquent au plus le coup de pied à défaut de coup de cœur.

Un tantinet en arrière, en avril 2012… Ils étaient en bord de chemin, posés sur les feuilles de charme et de chêne à peine humides, détachés du sol après avoir atteint leur maturité qui les fait s’ouvrir en étoile. Si ce n’était une station autrefois découverte, donc incitant à la vigilance, ils seraient sans doute passés inaperçus.

Espèce assez thermophile, l’Astrée hygrométrique est un gastéromycète dont les « pieds » se replient, en séchant, sur l’endoperidium pour ne faire qu’une boule. Un samedi après-midi, ils s’ouvraient grâce à deux jours de pluies intermittentes pour un spectacle de danseurs étoiles. 

astraeus hygrometricus,cema,gastéromycètes,étoile,pâques,danseurs étoiles

La microscopie de la gleba montre un capilitium banal où s’accrochent des spores globuleuses à verrues épineuses apparaissant quelquefois tronquées. Celles que nous avons mesurées allaient de 7,5 à 10 µm de diamètre.

Dans le détail, une série de spores d’une gléba vraisemblablement plus mature donnait les calculs suivants (méthode Piximètre):

8 [8,8 ; 9,2] 10 x 7,8 [8,4 ; 8,8] 9,5 µm

Q = [1 ; 1,06] 1,1 ; N = 18 ; C = 95%

Me = 9 x 8,6 µm ; Qe = 1

astraeus hygrometricus,cema,gastéromycètes,étoile,pâques,danseurs étoiles

Du samedi 7 avril…

astraeus hygrometricus,cema,gastéromycètes,étoile,pâques,danseurs étoiles

… au lundi 9 avril…

astraeus hygrometricus,cema,gastéromycètes,étoile,pâques,danseurs étoiles

…se refermant, en ayant séché, le samedi 14 avril

M.P.

Megacollybia platyphylla, des fils aux pattes et de larges lames

C’est au pied du pied notamment que l’on reconnait cette Collybie à larges feuillets. Ses longs rhizomorphes épais s’ancrent dans le substrat de feuilles et déchets de bois. Blancs comme les lames et le stipe alors que le chapeau, fibrillo-vergeté, mamelonné est gris à brun. Espèce courante dès le printemps (notre récolte -photo ci-dessus et en fin d’article- est du 9 mai 2018) Megacollybia platyphylla   annonce souvent les prochaines pousses d’autres espèces « précoces ».

megacollybia-platyphylla-mi.jpg

Sur cette étude macro-micro lors d’une récolte d’une année passée (un 19 mai), nous avons étalé les rhizomorphes sur un bout de bois (notre planche) pour qu’ils se détachent visiblement sur notre photo.

Au microscope (préparation dans le rouge congo), les stérigmates des basides, majoritairement tétrasporiques, sont assez longs. Les cheilocystides apparaissent clavées pour la plupart et quelquefois lagéniformes. Les spores (dimensions sur la planche) en formes font penser à un ballon de foire pour les enfants, gonflé à l’hélium. Trop petites bien sûr pour s’envoler? Les nuages n’en transportent-ils pas …

 M.P.

Megacollybia-MP2.jpg

Du bleu dans le bois avec la Pézize turquoise

« Le nom de couleur turquoise désigne des nuances de bleu tirant sur le vert, par analogie avec la plus recherchée  des variétés de turquoise, une pierre ornementale. On dit aussi bleu turquoise ou vert turquoise, selon la nuance. Wikipédia « 

Chlorociboria-turquoise.jpg

Dirait-on qu’à droite de cette branche décortiquée de feuillu (récolte un 11 novembre) on voit un bleu qui tire sur le vert ou un vert qui tire sur le bleu? C’est en tous cas la marque de la présence du mycélium d’une Pézize minuscule dont le diamètre du disque dépasse rarement le centimètre. Grâce à cette couleur particulière on sait qu’elle est là même si on ne voit pas les carpophores. Il est courant de lire que les bois colorés par la xylindine  , pigment secrété par Chlorociboria aeruginascens , ont été utilisés en marqueterie dès le quinzième siècle. Sans doute travaillait-on ces bois quand ils étaient encore durs donc avant que plusieurs pousses d’ascophores ne ramollissent cette matière première propice à l’ébénisterie.

Chlorociboria aeruginosa  , plus rare, est proche de la Pézize turquoise. Elle s’en différencie notamment par la dimension des spores plus importante (9-14 x 2-4 µm).

Chlorociboria-aeruginascens.jpg

L’étude ci-dessus de notre récolte du 11 novembre 2017 en Gironde montre bien qu’il s’agit de la Pézize turquoise. Nous avons pu vérifier (hors cette planche) que le sommet des asques octosporées étaient amyloïdes et que les mesures sporales (notre planche) concordaient avec les descriptions de la littérature (1). 

C.-aeruginascens-bois.jpg

Macroscopiquement, c’est cette couleur turquoise qui incite à aller regarder de plus près ces morceaux de bois colonisés par ce champignon (ascomycète de la classe des Leotiomycètes) et de découvrir ou pas ces petits disques concolores finement pédicellés. Les nôtres étaient assez secs mais présents en nombre à différents stades de développement.

M.P.

 (1) Bon p. 332; Courtecuisse n° 10; Eyssartier&Roux p. 1062; Breitenbach&Kränzlin t.1 n° 199 

Les premières en mai

Nous guettions leur venue depuis quelques jours. Chaque année en mai-juin elles apparaissent au pied d’un bouquet de charmes, près de chênes. Ce 19 mai, un peu de jaune au sol nous fit écarter les feuilles pour capter leur image (ci-dessus à l’objectif macro). Nous aimerions parodier Patrice de Mac-Mahon qui, le 26 juin 1875, s’écria à Toulouse en voyant la crue de la Garonne « Que d’eau, que d’eau! » mais, bien qu’ici très près de la Garonne, l’eau tombée du ciel se fait rare ces jours-ci et les pousses itou.

Aussi, ces petites  Cantharellus pallens   , nos premières girolles de l’année, nous ont ravi. Elles n’étaient pas encore aussi matures ni aussi nombreuses

Cantharellus-pallens-MP3.jpg

que celles (photo ci-dessus) récoltées sur la même station le 11 juin 2012. L’espèce est reconnaissable à l’aspect clair et pruineux du chapeau (synonyme C. subpruinosus).

cantharellus-pallens-micro.jpg

Côté micro, cette planche ci-dessus, faite lors d’une très belle récolte (un très grand panier) lot-et-garonnaise en mai 2014.

Et notre « trouvaille » de ce jour? Nous l’avons laissé sur place en promettant de revenir plus tard et en pensant à ce cher Président Mac-Mahon. N’a t’il pas dit aussi:  « J’y suis j’y reste ». C’était le 7 septembre 1855 et il n’était que général quand il prit la redoute de   Malakoff

M.P.

Cantharellus-pallens-MP2.jpg

Il plie et ne rompt pas: le pied!

Une chronique qui part en vrille? Peut-être pas. S’agissant de Marasmius oreades   , le Marasme des oréades, appelé « bouton de guêtre » dans la région, question de taille, prendre le pied ajoute au plaisir de l’identification.

Petit donc, aux lames écartées et fourchues en bord de chapeau. Poussant en rond d’où oreades  , un clin d’œil voire un  écho  à ces nymphes des montagnes et des grottes se livrant à des danses en « rond de sorcières » comme si elles s’étaient tenues en périphérie du mycélium. Une extrapolation de la mythologie grecque? Certes. Mais les champignons ne sont-ils pas nés bien avant l’Homme donc avant les dieux de ce dernier… 

On tourne en rond. Pas tout à fait. Signalons l’odeur cyanique, un peu amande amère, due pour cette espèce à la présence d’acide cyanhydrique très volatil et toxique (risque d’intoxication consommé cru d’où comestible seulement bien cuit). Revenons au pied.

Marasmius-oreades-MP2.jpg

Très coriace, le stipe n’ira pas dans l’omelette avec le chapeau. En revanche, il participera de l’identification de l’espèce en complément. En effet, il ne rompt pas quand on le tord en le vrillant, le tenant à ses deux extrémités sans bien sûr trop exagérer la pression. Ce n’est pas la seule espèce avec un pied aussi coriace mais c’est un critère déterminant pour les espèces de même taille et de proche apparence que l’on pourrait confondre avec le faux mousseron. Ce terme de faux mousseron qu’on lui attribue, à rapprocher du « vrai » mousseron   Calocybe gambosa viendrait du fait qu’il fréquente les prés tout comme le Tricholome de la Saint Georges. De plus la période de pousse du « faux » s’étend du printemps à l’automne alors que le « vrai » n’est que printanier.

Marasmius-oreades-micro.jpg

Côté micro, ci-dessus une planche élaborée lors d’une récolte précédente. Nous avons effectué une mesure de spores sur les exemplaires trouvés dernièrement, le 29 avril à Gradignan (les autres photos que la planche). Voici ces mesures (Piximètre):

7,1 [7,6 ; 7,8] 8,4 x 4,7 [5,1 ; 5,2] 5,7 µm

Q = 1,3 [1,5] 1,7 ; N = 35 ; C = 95%

Me = 7,7 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

M.P.

Marasmius-oreades-MP3.jpg