Archives pour la catégorie microscopie

Jaune au grattage: un agaric à rejeter

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Un jeune Agaric tronconique, trapézoïdal (grosso modo pyramide tronquée), un vieux bien étalé, un anneau épais ample, un pied droit et bulbeux à la base et surtout, au grattage de l’extrémité du stipe, le jaune d’un numéro perdant et une odeur d’encre violette, de phénol justement contenu dans ce champignon familier notamment des endroits anthropisés. Si le jaune au grattage avait senti l’anis il en serait allé autrement avec Agaricus sylvicola lui comestible au contraire d’Agaricus xanthodermus (notre étude).

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L’Agaric jaunissant est responsable de bon nombre d’intoxications certes pas très sévères mais assez désagréables. Par exemple, en 2014, croyant avoir affaire à des rosés des prés, trois personnes en avaient consommés crus en salade. Une heure après deux d’entre elles étaient prises de vomissements; d’autres qui les ont préparés en omelette ont connu trois heures après toujours des vomissements, diarrhées et douleurs articulaires. Et pourtant quand on les cuit l’odeur dégagée ne met pas en appétit!

Notons enfin qu’il existe plusieurs variétés de cette espèce qui « ne sont plus reconnues aujourd’hui » * var. griseus au chapeau plus gris que le type ou var. meleagroides au chapeau recouvert de petites mèches grises ou gris brunâtre.

Dans l’édition 2004 du Bon ** il est question de Agaricus xanthoderma et de la variété griseus.

Dans l’édition 20011 du Courtecuisse l’Agaricus Xanthoderma est répertorié avec trois variétés: griseus, meleagroides et lepiotoides. 

*Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier & Pierre Roux page 274

** Champignons de France et d’Europe occidentale Marcel Bon page 278

*** Guide des champignons de France et d’Europe Régis Courtecuisse & Bernard Duhem n°754

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Amadouvier: les feux de l’Amour

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« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort 
Nous nous vîmes trois mille en arrivant aux… pores »

La lectrice et le lecteur rectifieront d’eux-mêmes en arrivant à bons ports

En 1636, quand il publia Le Cid, Pierre Corneille ne pouvait ignorer l’existence de l’Amadouvier. Ce champignon de feu était utilisé depuis des siècles. On le retrouva en effet -rappelez-vous- dans le sac du chasseur  Ötzi découvert naturellement momifié dans le sud du Tyrol.

Vraisemblablement le chasseur préhistorique, qui avait ce tour dans son sac, ne s’en servait que pour allumer le feu. Connaissait-t-il les autres vertus prêtées à Boletus fomentarius (ainsi nommé par Linné son premier auteur en 1753)?

Selon Wikipedia « son nom renvoie à l’amadou, mot d’origine provençale qui signifie [amoureux], en allusion à sa capacité à prendre feu. Le nom binominal scientifique Fomes fomentarius se traduit, lui, littéralement par [combustible à pansements]. » Des vertus cicatrisantes et hémostatiques lui sont reconnues depuis longtemps. Plus récemment, une étude incite à trouver à Pyropolyporus fomentarius (L. ex Fr.) Teng (sa dernière appellation) un caractère antitumoral potentiel. Laissons le soin aux professionnels de la médecine de faire le tri scientifique dans l’univers des nombreux champignons dits médecinaux mais notre Amadouvier qui fait feu de tous bois et panse les petits bobos ne peut apparaître que très utile. A la question rituelle ça se mange? C’est déjà très dur de le dégager de son support qu’on a plus la force de le croquer et on ne sait pas encore s’il calme le mal aux dents. 

Il nous incite à revenir à Pierre Corneille du début de notre chronique qui, en versifiant de la prose de Molière dans son FESTIN DE PIERRE, prête à Sganarelle s’adressant à son maître Don Juan ces quelques vers:

 » Avec mon petit sens, mon petit jugement,

Je vois, je comprends mieux ce que je crois comprendre,

Que vos livres jamais ne pourroient me l’apprendre.

Ce monde où je me trouve, et ce soleil qui luit,

Sont-ce des champignons venus en une nuit?

Se sont-ils faits tout seuls?

C’était peu avant la naissance de la mycologie.

M.P.

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Bibliographie

Courtecuisse&Duhem n° 89; Bon p.320; Eyssartier&Roux p.1022; Borgarino&Hurtado p.69; Marchand T.3 pl.286

Sur le Net Champ Yves ONF Mycorance MycoDB mycocharentes

video  allumer le feu YouTube 

En mai, cool, de col en col

D’une vallée l’autre, le col est le passeur. Selon la saison largement ouvert ou boutonné très serré par la neige. Ce début mai 2017 aucune difficulté à franchir Aspin, Azet et Hourquette d’Ancizan en croisant motos, cyclistes et, au détour de chemins adjacents, peu de champignons.

Avant de monter l’Aspin depuis la vallée de Campan, petit détour au Combas en passant par le sarrat de Gaye peu avant Payolle. En haut du chemin qui descend à La Séoube court l’eau qui rigole en toute clarté et, au bord, quelquefois des mycètes. Pas cette fois mais une floraison abondante d’orchidées bleu-violet, vraisemblablement l’Orchis mâle (Orchis mascula) plutôt que Anacamptis pyramidalis (Orchis pyramidal).

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Arrêt paisible au Col d’Aspin pour porter le regard à 360° et descendre vers Arreau.

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D’Arreau à Loudenvielle, le plaisir du beau temps en montagne et celui des yeux à atteindre des sommets. Y aurait-il des morilles autour du lac? L’hôtesse de l’Office de tourisme de Loudenvielle en récolte. « Vous pourriez aller, à pied, en face! C’est pas dans mes coins mais… » Effectivement dans le bois de hêtres mêlé de noisetiers, elle est là, la tête penchée. Comme fatiguée d’avoir cru sur son pied creux. Pas d’autre congénère autour ni plus loin.

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Il convenait de redresser l’image de notre récolte.

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Couchée (à gauche) redressée (au centre) et le batonnet arc-boutant constitué sur place (en bas à droite) n’était qu’un « Pise-allez! ». Vue du haut de la tour du porte objectif ce n’était que palliatif pour multiplier un seul exemplaire avant de passer, au retour, à la micro.

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Asques non amyloïdes (J-) octosporées, spores lisses, paraphyses septées et ramifiées

Bibliographie Morchella esculenta:  Marchand t.1 n° 90,  Bon p.326, Courtecuisse n° 13, Eyssartier&Roux p.1070, Myco Db , Breitenbach t.1 3/4/5/6

 Dans le même bois de hêtres-noisetiers on retrouvait, comme à Combas, l’Orchis mâle et, lignicoles obligent en période de faible pluviométrie, quelques Polypores ciliés (Polyporus ciliatus) identifiés sans loupe grâce à leur stipe moucheté et leurs pores très fins.

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La (maigre) liste du lieu serait incomplète sans cette espèce, la Collybie aqueuse, fréquente dans les Pyrénées. 

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En fin d’après-midi, examen sous les sapins. Sol très sec tout comme ces exsiccata de Geastres. Bien difficile, dans cet état, de compter le nombre de couches de l’exoperidium pour éventuellement nous … aiguiller.

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Le lendemain il s’agissait d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs. De cheminer depuis Genos vers le col d’Azet en faisant plusieurs stations au fil des chemins près de possibles stationnements automobiles. Toujours sec sous hêtres, sapins, bouleaux et point de stations … de champignons. Restait à vraiment profiter du paysage en surplombant notamment le lac de Genos-Loudenvielle. 

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Presque plus d’arbres alors. La verte prairie. Quelques taches agaricales? hygrocybiennes? Un peu de jaune à l’horizon! Un groupe de Bolbities sur bouse dans ce momentané désert sporophorique. Pas de quoi tituber mais un joli jaune d’œuf qui illumine la journée. 

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Du col d’Azet descente vers Saint Lary puis grimpette vers le col de la Hourquette d’Ancizan pour regagner Payolle et la vallée de Campan avec un détour par Combas pour inspecter un autre lieu où nous avions trouvé l’année passée quelques espèces intéressantes dont quelques unes comestibles. Cette fois rien là. Dix sept rimerait-il avec disette? Toutefois quelques marasme des oréades laissés sur place. De col en col c’était bien cool. Avec le beau temps alors que la météo semblait incertaine mais … que la montagne est belle!

M.P.  

 

 

La pézize « du Cèdre » sous Sequoia

210454857Beaucoup de parcs, dans les environs de Bordeaux, ont été arborés au XIXème siècle par des propriétaires qui y avaient une résidence secondaire de belle dimension et … de belle facture. Aux parcs s’ajoutaient parfois quelques rangs de vignes, territoire viticole oblige. Au fil des successions certaines de ces propriétés ont été acquises par les municipalités et le château requalifié en hôtel de ville. Ainsi en est-il de Laurenzanne à Gradignan avec un parc planté notamment de cèdres majestueux et de sequoias non moins imposants.
Nous étions habitué, depuis quelques années, à rencontrer, au pied des cèdres la pézize emblématique de ce biotope Sepultara sumneriana (Cooke) Massee = Geopora sumneriana (Cooke) M. Torre. Elle avait bien été signalée une fois tout près d’un sequioa mais d’autres observateurs avaient objecté que les cèdres n’étaient pas loin… Cette espèce serait-elle exclusive du cèdre? Dans la littérature, la pézize dite du cèdre est mentionnée aussi « plus rarement sous les ifs ».2720081466

D’année en année, vers le printemps, nous constations que la présence de ce champignon sphérique très enterré se faisait de plus en plus rare sous les cèdres de Laurenzanne. En 2016 il y était inexistant. En mars 2017 (les 13 et 24 mars) il n’est apparu dans ce parc que sous un Sequoia giganteum.4158960761Macroscopiquement cette sphère brune (longs poil, bruns sur la face externe de l’apothécie) très enterrée et souvent très près de l’arbre hôte, s’ouvre en étoile et offre au regard son hyménium blanc à crème.3674926675Microscopiquement (observations ici dans le liquide de Lugol) les asques sont à sommets non amyloïde (J-), les paraphyses étroites et renflées à leur extrémités, les spores souvent uni ou bi-guttulées, les poils du trichoderme sont septés. Dimensions sporales de notre récolte du 24 mars: (26,4) 26,7 – 30,6 (32,2) × (12,7) 13,6 – 15,8 (16) µm Q = (1,7) 1,8 – 2,07 (2,1) ; N = 24 Me = 28,5 × 14,9 µm ; Qe = 1,922598840912944929208.jpg

M.P.

Un blafard macro micro

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Mi-juillet, dans une propriété privée de Canéjan en Gironde, à l’abri de chênes, poussaient trois bolets aux pieds rouge (très réticulé pour le plus mature). A la coupe nous nous attendions à voir entre chair et tubes du chapeau la ligne de Bataille (du nom du mycologue qui l’a décrite), ce liseré rouge au-dessus des tubes qui caractérise, entre autre, le Bolet blafard. Cette ligne n’était pas évidente. Avait-elle été estompée par le bleuissement très marqué à la coupe? La variabilité de B. luridus (l’espèce compte plusieurs variétés) invitait à vérifier d’autres caractères.En étalant, par exemple, un réactif iodé sur le stipe nous avions bien une réaction bleu noir et ce même stipe était réticulé en mailles très allongées écartant l’hypothèse B. queletti bien que la base du pied de notre récolte apparaisse, à l’intérieur, presque rouge betterave.

L’amyloïdie des hyphes de la base du pied, le réseau rouge vif et le chair qui virerait au violet incline à penser que nous avions peut-être là la variété Erithroteron (Bezdëk)  Pilát & Dermek en tous les cas un Boletus luridus au sens large (s.l.).

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Microscopiquement, basides, cystides, spores et dimensions sporales concordent avec nos recherches dans la littérature. Manque l’étude de l’epicutis que nous n’avons pas faite.

En ce qui concerne la comestibilité de cette espèce les avis divergent du comestible bien cuit au « à éviter » nous nous rangerons à ce dernier avis en raison notamment des risques de confusion chez les bolets à pores rouge.

D’autant que le propriétaire qui nous avait invité à découvrir ces bolets à pied rouge avait dans son jardin, toujours sous chênes, une autre espèce (ci-dessous) qui ne posait aucun problème de comestibilité!

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Contrairement aux apparences de ce montage, celui de gauche était plutôt gros et celui de droite bien plus petit et très ferme. A la chair blanche, comme un cèpe contrairement à notre Bolet blafard (ci-dessous);

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Bibliographie:

Myco Db

Pierre Roux Mille et un champignons p.69; Breitenbach T.3 n°12; Eyssartier&Roux p. 98; Eyssartier&Coustillas&Lacombe p.136; Borgarino&Hurtado p. 127; Courtecuisse n° 1685; Bon p. 38.

Comme des pelures d’orange

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Sur terre nue, dans un endroits où le sol a été « fraîchement retourné » (comme le remarquent notamment Eyssartier&Roux à propos de cette espèce*) notre regard a été attiré par des taches orange faisant penser à des pelures de l’agrume du même nom. Après tout, à Canéjan (33) près d’une piste dédiée aux promeneurs accompagnés souvent de leur chien -ou l’inverse- déguster quelques quartiers et rendre l’enveloppe bio-dégradable au sol nourricier n’a rien de surprenant sauf que derrière l’écorce présumée qui écorchait le regard se cachait … un champignon. Ainsi en fin d’après-midi presque entre chien et loup (le temps de pose était très long pour les photos) nous nous sommes attardés devant une troupe de Pézize orangée.

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Vue du dessus (à droite) la partie hyméniale est plutôt lisse et en coupes irrégulières rappelant, sans être fendue, les otidea. Très volutueuse au bord plus clair. Vue du dessous (à gauche) le pied est à peine prononcé, presque inexistant et la chair plus mate à quasi concolore de la partie supérieure.

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Microscopiquement, observations dans le Lugol (planche ci-dessus):

 J-, les spores sont ornementées par un réseau à larges mailles. Les asques sont octosporées à sommet non amyloïde et les paraphyses sont droites, septées et en massue somitalement.

Mesures sporales de notre récolte (Piximètre) 

(13,1) 13,4 – 15,1 (15,3) × (6,8) 7,1 – 8,4 (9) µm

Q = (1,5) 1,7 – 2 (2,2) ; N = 33

Me = 14,3 × 7,7 µm ; Qe = 1,9

M.P.

* Le guides des champignons France et Europe aux Editions Belin p.1060

Oreille de Judas macro micro

Puisqu’il convient de placer une légende sous une photo, rappelons que la Légende, justement indique que Judas, pris de remords après sa trahison, se serait pendu à un sureau, l’essence d’arbre où l’on trouve le plus souvent (ce n’est pas la seule) ce champignon dont la forme rappelle celle d’une oreille. Tirer l’oreille avec l’objectif macro trouve ici quelque transparence en jouant avec la lumière.

Notre récolte a été faite le 20 mai 2017 au Parc du Burck à Mérignac (33) sur vieux tronc décortiqué de sureau (Sambucus nigra) repéré par Martial Theviot  lors d’une balade naturaliste. Les photos publiée dans cette note ont été prises après récolte donc non in situ.

Oreille de Judas, Auricularia auricula-judae, Le Burck Mérignac,

Côté micro (ci-dessus) les spores sont notamment en « banane » (à droite) et les basides comportent des « cloisons transversales » comme remarqué par Eyssartier & Roux**. Les poils de la face externe sont assez longs (à gauche) .

Bibliographie: ** Eyssartier&Roux page 1038; Breitenbach&Kränzlin tome 2 n°7; Marchand tome 1 n°83; Courtecuisse&Duhem n° 47; Bon page 324;  Mycodb

Oreille de Judas, Auricularia auricula-judae, Le Burck Mérignac,

M.P.