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Lune? Quelques croyances et fausses vérités

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La lune et son influence sur la pousse des cèpes? Une simple croyance qui n’a jamais été prouvée scientifiquement 

 Leurs pousses dépendraient des phases lunaires, leur comestibilité serait avérée par les limaces ainsi que par leur couleur et leur odeur. Il faudrait les cueillir en leur coupant le pied pour qu’ils resurgissent mieux… Les champignons, depuis des lunes, génèrent convoitises et fausses vérités. Pas bien grave sauf que certaines espèces sont mortelles.

 Ecartons d’emblée l’idée, entendue dans mon enfance, qu’ils s’arrêtent de pousser quand on les regarde et tirons au clair l’incidence, hors marées, du plus proche satellite de notre Terre.

En septembre 2012 « le Mag » avait consacré un dossier au Cèpe au cours duquel notre ami Jacques Guinberteau, mycologue de renommée internationale, interrogé par Olivier Plagnol sur « l’influence de la Lune sur la pousse des cèpes : légende ou réalité ? » répondait : « C’est une simple croyance qui n’a jamais été prouvée scientifiquement. Aucune étude n’a montré le moindre lien entre les phases lunaires et la fructification. ».

Autour du 14 juillet 2017 le marché aux cèpes de Mussidan ouvrait trois jours pour écouler une récolte abondante en Dordogne. Dans l’édition périgourdine de « Sud- Ouest », sous la signature d’Hervé Chassain, était relaté cet évènement. Daniel Lacombe le président d’alors de la Société mycologique du Périgord y déclarait qu’il était tombé près de 100 millimètres de pluie fin juin et qu’une poussée 15 jours plus tard, surtout avec la chaleur, était normale. La période faisait aussi sourire le scientifique, puisque la Lune n’était pas montante comme le veut la croyance locale : « Ce qui compte, c’est la chaleur et l’humidité, insistait-il. Les champignons ont aussi besoin d’un contraste thermique. »

« Fructification »

Et c’est bien là qu’il faut rappeler, en usant par exemple de la métaphore du pommier, que ce que l’on appelle champignon est un appareil reproducteur, un fruit, porteur de « graines », de spores, produit par le mycélium, « l’arbre », enterré. Quand les conditions (masse mycélienne, hygrométrie, saison, rupture thermique etc.) sont réunies, le « pommier » mycélium donne naissance à la « pomme », le champignon et ce dernier va épandre ses « graines », les spores, lesquelles vont germer, induire des mycéliums primaires de charge positive ou négative qui, se réunissant donneront un mycélium secondaire susceptible de faire éclore d’autres « pommes », les champignons. D’une espèce à l’autre les modes de reproduction et conditions « d’éclosion » sont variables et la Lune, en l’état actuel de nos connaissances, n’apparaît pas comme l’élément déterminant déclencheur de la « fructification ». On parle bien sûr ici de champignon et non de plante ou de cheveu.

Cueillir en entier

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Reprenons notre pommier (le mycélium) et sa pomme (le champignon). Détacher la pomme en entier n’abîme pas le pommier mais largement ébrancher l’arbre peut lui nuire. Alors prélevons dans son entier le champignon (en le déterrant délicatement si besoin) et examinons-le consciencieusement. Déterminons-le. Les volves ou bulbes enterrés des Amanites, par exemple, apparaîtront (ci-dessus à gauche) et des confusions facilitées par les pieds coupés près du chapeau pourront être évitées.

Cela n’empêche pas -contrairement à une idée reçue- la survenue d’autres pousses sauf si on laboure le terrain notamment à coup de râteau. Les stations saccagées de Chanterelles (Craterellus lutescens) ont, entre autres espèces, du mal à « refleurir » alors que le mycélium du Bolet bai (Imleria badia = Xerocomus badius) fracturé par des engins d’entretien des forêts fructifie en abondance pour se reproduire et survivre.

Le règne des champignons, ni végétal, ni animal, est complexe et requiert une extrême prudence de la part des mycophages : reconnaître avec certitude avant de mettre dans l’assiette, cuire et consommer avec grande modération. Consulter la littérature la plus récente. Demander l’aide de personnes compétentes. Ne pas se fier à une simple photo. Sur Internet, aller sur des sites sérieux et recouper ses informations. Dans le doute, on écarte.

Limace

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La limace n’appartient pas au genre humain. Elle va moins vite quoique… et son alimentation en matière de champignons (ci-dessus un Lactaire très piquant et une Amanite phalloïde mortelle pour l’Homme) démontre qu’elle ne partage pas avec nous les mêmes enzymes, qui facilitent l’assimilation et la digestion. Donc la limace n’est surtout pas un indicateur de comestibilité. Bien sûr elle ne reculera pas devant un Cèpe mais évitera les Girolles à la consistance trop dure pour elle et ingurgitera sans dommage des champignons très toxiques voire mortels pour l’Homme.

Couleur

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Il bleuit donc il est mauvais entend-on dire à propos de Bolets. La chair du Bolet Satan (ci-dessus à gauche) bleuit très faiblement alors qu’il est toxique. Celle, jaune, du Bolet à pied rouge (ci-dessus à droite) bleuit franchement à la coupe et il est … comestible. En revanche, la présence de tubes rouges sous le chapeau doit inciter cueilleuses et cueilleurs à identifier précisément l’espèce rencontrée sous peine de confusions fâcheuses.

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Chair blanche immuable et bolet : n’est-ce pas un Cèpe ? Pas forcément. Le Bolet de fiel (ci-dessus à gauche) quand il est jeune et qu’il n’a pas encore de rosissement sur les tubes pourrait être pris, par exemple, pour un Cèpe d’été (en haut à droite). Si vous le mélangez avec de vrais cèpes il rendra le plat immangeable. Une des fausses vérités dure à avaler…

Odeur et goût

Odeur.jpgIl sent bon et il a bon goût. Alors il est bon ! Le Meunier et la Truffe (ci-dessus) sans doute mais l’Amanite phalloïde n’a pas de mauvaise odeur et n’aurait pas mauvais goût (inutile de tester…). Le goût et l’odeur sont des critères de reconnaissance bien utiles, entre autres, pour Lactaires et Russules. L’odeur farineuse commune au toxique Entolome livide (Entoloma sinuatum = Entoloma lividum) et à l’excellent comestible Tricholome de la Saint-Georges (Calocybe gambosa, « vrai mousseron ») est à l’origine, en cette période d’octobre, de nombreuses intoxications et cela bien que le bon ne pousse qu’au printemps (à la Saint-Georges) et le toxique à l’automne.

Prudence

Cette revue de détail des « fausses vérités » ne prétend pas être exhaustive. Les champignons sont ancrés dans nos cultures locales. Les « on dit » remontent à quelques lustres et méritent donc d’être éclairés à la lumière des connaissances récentes démontrées scientifiquement. Internet est un merveilleux outil. Tapez « cèpe et lune » sur un moteur de recherches et vous obtenez 204000 résultats !

Le mieux est de vérifier par soi-même. Aller tous les jours à la poursuite des champignons permet de se faire une idée, dans les endroits autorisés en ne perdant pas de vue que le propriétaire des lieux privés est seul propriétaire d’une récolte éventuelle et que dans des endroits publics il est toléré -sauf indication contraire- une récolte de 5 litres pas personne. Et, comble du bonheur, on n’a jamais fini d’apprendre et de vérifier ce bon mot d’Alphonse Allais « Les champignons poussent dans les endroits humides. C’est pourquoi ils ont la forme d’un parapluie. ». Mais prudence, attention aux pépins des intoxications. Le 20 octobre l’Anses relève que « depuis début octobre, 87 cas d’intoxication liés à la consommation de champignons, dont 3 cas graves, ont été signalés aux centres antipoison et de toxicovigilance. »

Michel Pujol

 Articles du même auteur publiés dans le Cercle des idées de « Sud Ouest »:

Quelques croyances et fausses vérités

Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes et en trouver

Pour tout savoir sur les Girolles…

Cueillis sur l’arbre

Délicieuses chanterelles

Comestibles dont Coprin chevelu et … toxiques

 

Mémoire de Truffes: 1_ M. comme Melanosporum et Monflanquin

S’il est une ODEUR de champignon qui reste en mémoire c’est bien celle de LA TRUFFE DU PERIGORD. Début 2008 nous étions à Monflanquin en Lot-et-Garonne chez Guy Joui et découvrions, sur ses terres, l’art du cavage en compagnie d’Yvette et Roland Dabos et de leurs amis de l’Association des producteurs de cèpes et champignons du Lot-et-Garonne alors présidée par Rose Pons.

Une relation de cette journée mise en ligne sur Aqui.fr le 30 mai 2008 est toujours consultable sur ce site. Retour sur cette très agréable expérience et quelques angles d’approche.

Le cavage

 On entend par cavage la récolte de ce champignon qui se développe et « mûrit » sous terre. Selon les espèces de truffes (Tuber melanosporum n’en étant qu’une parmi d’autres), les profondeurs où elles se trouvent varient. Les animaux au flair plus affûté que les humains sont mis à contribution. Par l’odeur alléchés chiens, cochons vont, à peu près, droit au but. Le jeu consiste, sans détériorer les truffières, à ne ramasser que des « fruits mûrs » que détecte aussi une mouche minuscule qui y pond ses œufs.

A la poursuite du diamant noir sous la castine de Monflanquin

Sous ce titre, en 2008, nous écrivions ces quelques lignes:

Tuber melanosporum, la truffe du Périgord, surnommée diamant noir, s’est raréfiée. Sa production annuelle en France serait passée en effet de 1000 tonnes à la fin du XIXème siècle à 50 tonnes aujourd’hui. Au marché de Lalbenque, dans le Lot, seulement 20 kilos de « mélano » ont été vendus le 10 mars (2008 NDLA) aux professionnels au prix de 400 à 650 euros le kilo. Pourtant, 300.000 arbres truffiers sont plantés chaque année et ils sont bien mieux mycorhizés aujourd’hui que les chênes verts et autres noisetiers d’antan. Pour autant, malgré ces efforts, des récoltes plus abondantes de truffe tardent à venir.

La symbiose du végétal et du champignon est vitale. Le champignon, qui n’a pas la fonction chlorophyllienne, reçoit de l’arbre le carbone et lui apporte eau et sels minéraux. Cette union pour le meilleur c’est la mycorhize. Elle s’opère au niveau de manchons entourant les radicelles, où s’unissent arbre et mycélium. Les truffes souterraines, porteuses des spores reproductrices, ne seront trouvées qu’au bout d’un certain temps selon l’essence de l’arbre truffier, la nature du sol, l’hygrométrie et bien d’autres paramètres connus en laboratoire mais difficiles à maîtriser et reproduire sur le terrain. Les zones de « brûlé » témoignent de la présence de mycélium et en observant les craquelures du sol, Helomyza tuberivora, petite mouche rousse qui pond ses œufs sur les truffes mûres et odorantes ou grâce au flair d’un animal, le cavage portera son fruit noir à la lumière.

Guy-Joui,-la-castine.jpgQuand Guy Joui créa sa truffière, en 1983 à Monflanquin, sur une terre argilo-calcaire où étaient cultivées jusqu’alors des céréales, les arbres qu’il planta n’étaient pas seulement « ensemencés » avec de la melanosporum. Il s’en rendit compte quelques années plus tard quand il récolta aussi Tuber rufum (la truffe nez de chien) et Tuber aestivum (la truffe d’été). Aujourd’hui son terrain d’expériences s’est considérablement agrandi avec des essences diverses bien « mélanosporées ». Sur quatre hectares et demi, l’ancien commissaire de police peaufine sa longue quête du diamant noir qu’il poursuit, qu’il séduit par mille attentions et déniche sous terre avec gourmandise et passion.

Castine et micro faune

« La première installation date de 83 puis il y eut celles de 90, 92, 95 et 98. Avant 1990 les ensemencements d’apports d’origine étaient de variétés indéterminées d’où les rufum et aestivum. Ensuite ce n’est que de la melanosporum qui est apparue, cela à quinze centimètres maximum du sol de mi-novembre à fin février » nous confiait Guy Joui.

culture-enherbée.jpg« La culture est enherbée et je rajoute une couche de castine qui favorise la micro faune et donne un système racinaire remontant sous la couche de granulat. Nous avons des chênes verts et pubescents et un arboretum de tilleuls, chênes kermes, cèdres, pins d’alep et noisetiers. Ces essences proviennent de tous les endroits de France et se sont bien adaptées sur ce terrain de calcaire blanc agenais du Crétacé avec une proportion de 16 % d’argile. » Guy Joui aime partager toutes ses données, les échanger avec ses amis producteurs de truffes en particulier ceux de l’Association des producteurs de cèpes et champignons sylvestres du Lot-et-Garonne. Cette saison (2007-2008 Ndlr), dit-il, il a connu un problème de pourrissement alors que l’année précédente était meilleure. Sur l’ensemble de ses récoltes il constate « une courbe croissante ».

Pilou pile dessus
La race de Pilou est certes indéterminée mais c’est avec détermination qu’il entre dans la truffière avec Lucien Perier, son maître et dresseur.Recherche-près-des-brûlés.jpg

 

 

On sent chez ce bâtard, au flair aiguisé par les cavages précédents une sympathique impatience, celle des chiens tirant sur leur laisse le jour de l’ouverture. Il va démontrer que sa truffe trouve la truffe. Du flair chez l’ancien commissaire devant des visiteurs très policés et attentifs autour des brûlés, un chien du feu de Dieu qui reçoit sa récompense à chaque découverte. Pilou tourne et s’arrête pile dessus, gratte délicatement la terre et Lucien finit de mettre au jour les diamants noirs sous la castine blanche.

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Les spores au microscope pour ne pas se tromper

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Comment ne pas se tromper dans l’identification d’une truffe ? Melanosporum ou pas ? L’odeur bien sûr, la couleur aussi, la forme des verrues externes également, les veines noires à la coupe si l’on peut trancher dedans mais le diagnostic est quasi certain au microscope.

 Les truffes (genre Tuber) sont des ascomycètes. Les spores qui vont assurer la reproduction de l’espèce sont contenues dans des asques, des sacs à graines en quelque sorte. On compte en général quatre spores de quelques microns dans chaque asque. Avec un grossissement de quatre cents fois, dans un réactif adéquat et pourquoi pas tout simplement dans l’eau, on distingue au microscope leur forme et surtout leur ornementation. A mille fois, avec un objectif à immersion, le résultat est plus précis.
Les spores échinulées, comme portant des épines, de la truffe du Périgord (melanosporum) sont tout à fait différentes de celles réticulées, comme dans un filet, de la truffe d’été (aestivum). De même on ne pourra pas les confondre avec celles, comme poilues légèrement, de la truffe nez de chien (rufum). Le mycologue que j’essaie d’être a découvert là aussi un monde merveilleux. L’odorat, le goût, la vue, la truffe rassasie aussi l’esprit. Son habitat hypogée force à creuser le sujet. Le bonheur est dans le pré, courez-y vite entre chênes, noisetiers, pins, cèdres et tilleuls sous la castine, dans les brûlés.

                                                                                                Textes et photos Michel Pujol

Bordeaux must de la Melano? No&No

Porte close Cour Mably à Bordeaux. Nous prendrait-on pour des truffes? Hier samedi et aujourd’hui dimanche, de 10 à 17 heures, devait se tenir un marché de truffes dans ce lieu prestigieux géré par la Ville et ce n’était pas une première.Nous l’avions annoncé sur nos blogs. Quid des gilets jaunes? Avant-hier vendredi nous avions vérifié que le site municipal dédié annonçait que c’était toujours programmé. Curieusement, l’édition locale du Journal Sud Ouest datée de samedi n’en faisait pas mention et dans Sud Ouest Dimanche pas de compte-rendu… Manque de communication des organisateurs pourtant intéressés à recevoir le plus de public possible quand il s’agit de vendre un produit rare et plutôt cher?

Donc ce dimanche après-midi nous nous faisions un plaisir de retrouver ces lieux qui flairaient bon la Mélano (Tuber melanosporum Truffe du Périgord) et de revoir des trufficulteurs avec qui nous avions échangé les années passées. Nous n’étions pas le seul à butter sur la grande porte désespérément fermée. Certains y sonnaient sans effet. Pas d’affiche, aucune explication. Beaucoup de personnes consultaient leur smartphone sans y trouver de réponse.

L’office de Tourisme à quelques pas de là, près de l’Opéra savait peut-être quelque chose. Effectivement nous n’étions pas le premier à nous y présenter. Dès le samedi matin les visites de « visiteurs » s’y étaient succédé et l’Office de Tourisme, apparemment non prévenu par les organisateurs et la salle Mably, constatant que la manifestation avait été annulée de fait (peut-être en raison des rassemblements de gilets jaunes), avait supprimé, dans la foulée, l’annonce sur son site Internet.

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A notre retour nous avons pu le vérifier (captures d’écran ci-dessus). Nous avons vu aussi (captures d’écran ci-dessous) que des sites dont celui du Département de la Gironde n’avaient pas eu l’info d’annulation et persistaient à convier à un rendez-vous virtuel.

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Cela nous aura permis de rencontrer nombre de personnes, intéressées par les truffes et bien d’autres champignons, dont cet aimable couple de Bèglais.

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cherchant une explication

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puis repartant.

Tous celles et ceux que nous avons croisés savent maintenant (coordonnées à l’appui) que les portes des blogs de l’Association « A la poursuite des champignons » leur sont ouvertes. Des blogs, sur le portail Sud Ouest ou sur WordPress, peut-être « truffés » de quelques bonnes informations mais aux lectrices et lecteurs d’en décider.

Michel Pujol 

Après les Cèpes, d’autres comestibles tels certains Coprins

Une-Sud-Ouest

Dans « Le cercle des idées » du journal « Sud Ouest », après La magie du cèpe , débute une série sur d’autres comestibles. Premier volet sur les Coprins accompagné de quelques conseils avant cueillette. Volet à venir: les Girolles.

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