Souvenirs: Morilles du « Grand Nord »

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« J’ai essayé de les trouver de l’autre coté de la Garonne et ensuite dans un verger de pommiers en Normandie mais sans succès. Ici en Finlande je les trouve! ». C’est notre ami le professeur Brett Stevens, universitaire canadien spécialiste en mathématiques et statistiques venu passer une année à l’université de Bordeaux en 2013-2014 qui nous avait écrit en joignant cette photo. Très intéressé par la mycologie il avait pris contact avec nous en arrivant en Gironde. Il nous interrogeait alors sur les lieux éventuels de cueillette de morilles dans notre région.

D’après les coordonnées GPS qu’il nous donnait cette photo avait été prise en mai 2014 près d’Helsinki la capitale de la Finlande. 

M.P.

 

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Helvella leucomeleana à fonds variables

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Quelles sont les couleurs d’un champignon? Cela dépend de votre vision, de vos cônes et de vos bâtonnets, de la lumière, de l’environnement et si vous faites varier la couleur du fond sur lequel vous le photographiez, avec un zoom, un objectif macro, vous percevrez quelques nuances. Expérience de variations avec les mêmes Helvella leucomeleana  récoltées par notre ami Yves Mortureux, photographiées (début avril 2010)  en fin de journée, sans flash, à la lumière du jour, sans reflet de la lune et sans retraitement des couleurs sur un logiciel utilisé seulement pour le montage de ces prises de vue.

                                                                                                                 M.P.

De l’utilité du micro-ondes

Faire sauter sans bouillir ? Poêle, casserole, cocotte ?  Il est un outil pratique quand on s’adonne à la préparation culinaire de champignons. Cet outil, de plus en plus fréquent dans les cuisines et kitchenettes, sert davantage qu’à réchauffer un bol de café au lait ou de beaux restes sortis du réfrigérateur. Joint au couteau, à la brosse et au filet d’eau, il devient quasi  incontournable  quand on y a pris habitude et, puisque c’est un outil, quand on le manie à bon escient.

Le micro-ondes permet de faire évacuer l’excédent d’eau qui apparaît à la cuisson des champignons. Bien sûr, la technique de réduction par évaporation dans une casserole, une poêle a quelques vertus surtout si elle est accompagnée de patience donc de temps. Les espèces d’une certaine densité comme les cèpes, les girolles (quoique) n’exsudent pas intensément mais les pieds de mouton, par exemple, confinent au bain de pied qui fait bouillir alors qu’avec  le micro-ondes les préliminaires concourent au résultat final du plaisir… gastronomique.

Avec un peu d’expérience on dosera le temps et la puissance du passage au micro-ondes, le principe étant d’éliminer de l’eau pour mieux cuisiner ensuite de manière traditionnelle. Cela induit qu’il faut vider cette eau de temps en temps et de ne pas laisser les champignons faire trempette dans l’eau rendue bouillante par cet « agitateur de particules ».

Voici un exemple d’utilisation avec des russules verdoyantes (Russula virescens) ou verdettes cueillies, nettoyées, cuisinées un 30 juin.

1 Dans un saladier en verre, les champignons frais (352 grammes) plutôt secs compte-tenu des conditions climatiques de cet après-midi du 30 juin quand ils ont été trouvés.

2 Dans le même récipient, les champignons nettoyés (grattés, pieds coupés à la base, passés sous un filet d’eau pour enlever les impuretés et cloportes puis coupés en morceaux (les champignons pas les cloportes). Il restait 344 grammes. Bien courte différence malgré l’élimination des parties sales ou « vilaines » qui s’explique par le fait que ce qui reste des virescens absorbe un peu du filet d’eau du nettoyage.

3 Après passage au micro ondes sans couvrir et à puissance maximum, deux fois une minute avec égouttage sommaire à chaque reprise, les russules avaient molli, réduit de volume et pesaient alors 297 grammes.

4  Un nouvel égouttage était nécessaire avant de les jeter dans la poêle, où l’huile (pas trop) avait chauffé,  pour les cuisiner gentiment en les retournant amoureusement afin qu’elles dorent au soleil de la plaque chauffante. Pincée de sel, soupçons d’ail, persil frais in fine. Craquantes à la dégustation, sans trop tarder.

M.P.

 

Insolites

Un Coprin qui tenait le haut du pavé (novembre 2009)

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A l’époque (novembre 2009), j’en avais trouvé une belle troupe à Canéjan sur une terre enrichie par la chute des feuilles. Mais un matin celui-ci, aussi Coprinus comatus que les autres, a surgi  entre mes pavés autobloquants. Son chapeau était aplati dans le sens de la hauteur par son passage dans l’interstice où pourtant sa seule nourriture est du sable fin. Il y a bien eu beaucoup d’eau qui lui est tombée sur la tête. Un peu d’amour et d’eau fraîche suffiraient-ils pour la pousse des champignons ? Cela se saurait mais certains ne croient-ils pas aux vertus de la seule lune…

Une Lépiote jaune qui démarre plein pot (juillet 2011)

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On pourrait rétorquer que la rubrique insolite est inappropriée pour cette espèce appelée aussi « Lépiote jaune des pots de fleurs » mais la découverte de sa présence étonne souvent les propriétaires des dits pots de fleurs. On imagine la surprise de notre confrère et ami Nicolas César qui l’avait découverte et photographiée le 24 juillet 2011 dans un pot, au pied d’une plante, à Saint-Vincent-de-Paul (33). Une troupe de six Leucocoprinus à différents stades de développement qui rappellent L. flos-sulfuris ou L. birnbaumii=luteus.

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La morille des caillebotis (avril 2013)

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Une bien petite chose de sept centimètres de haut, un centimètre et demi de large, le pied quasiment aussi long que la tête, découverte entre deux lames de caillebotis au jardin. Secret? Non. Nouvelle venue au patrimoine, sur marbre concassé parsemé de feuilles et de billes d’argile. Un trésor à publier par souci de transparence.

morille,morchella,morchella conica var. costata,morchella costata,costata var. hortensisJusqu’à présent aucune morille n’était apparue sur ce substrat pourtant ancien et jamais je n’y avais jeté la moindre récolte de cet ascomycète, après passage au microscope par exemple. J’avais noté d’ailleurs qu’un de mes collègues se débarrassait en vain de ses cueillettes dans un coin de son jardin. En dehors des shi-také et des pleurotes Dame Nature refuse ses charmes aux semeurs aux quatre vents.

Cette morille (dégagée du caillebotis) sur la photo ci-contre  participerait-elle de la génération spontanée? Il n’est point de champignon sans mycelium. En quelque sorte la prose de Monsieur Jourdain donne, dans son jardin, naissance à quelque alexandrin.

Mais là non douze pieds mais un seul à identifier ce qui est hasardeux. Les côtes longitudinales et sombres qui départagent les alvéoles du chapeau étroitement pointu nous conduisent vers Morchella elata (Synonyme  M. conica var. costata). Les auteurs signalent une vallécule (espèce de rigole entre le pied et l’attache du chapeau) chez elata. Notre morille ne semble pas en avoir une bien marquée. Toutefois André Marchand signale une variété hortensis Boud. d’elata « qui peut se ramener au type » « malgré sa vallécule étroite ou parfois nulle ».

A l’époque (avril 2014) nous disions attendre d’autres récoltes sur cette station domiciliaire protégée pour affiner le nom de l’espèce à porter à notre patrimoine mobilier. Nous sommes aujourd’hui en  2018 à la saison des morilles et … nous ne l’avons pas encore revue entre nos caillebotis qui eux sont toujours à la même place sur le même substrat.

M.P.

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Jaune au grattage: un agaric à rejeter

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Un jeune Agaric tronconique, trapézoïdal (grosso modo pyramide tronquée), un vieux bien étalé, un anneau épais ample, un pied droit et bulbeux à la base et surtout, au grattage de l’extrémité du stipe, le jaune d’un numéro perdant et une odeur d’encre violette, de phénol justement contenu dans ce champignon familier notamment des endroits anthropisés. Si le jaune au grattage avait senti l’anis il en serait allé autrement avec Agaricus sylvicola lui comestible au contraire d’Agaricus xanthodermus (notre étude).

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L’Agaric jaunissant est responsable de bon nombre d’intoxications certes pas très sévères mais assez désagréables. Par exemple, en 2014, croyant avoir affaire à des rosés des prés, trois personnes en avaient consommés crus en salade. Une heure après deux d’entre elles étaient prises de vomissements; d’autres qui les ont préparés en omelette ont connu trois heures après toujours des vomissements, diarrhées et douleurs articulaires. Et pourtant quand on les cuit l’odeur dégagée ne met pas en appétit!

Notons enfin qu’il existe plusieurs variétés de cette espèce qui « ne sont plus reconnues aujourd’hui » * var. griseus au chapeau plus gris que le type ou var. meleagroides au chapeau recouvert de petites mèches grises ou gris brunâtre.

Dans l’édition 2004 du Bon ** il est question de Agaricus xanthoderma et de la variété griseus.

Dans l’édition 20011 du Courtecuisse l’Agaricus Xanthoderma est répertorié avec trois variétés: griseus, meleagroides et lepiotoides. 

*Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier & Pierre Roux page 274

** Champignons de France et d’Europe occidentale Marcel Bon page 278

*** Guide des champignons de France et d’Europe Régis Courtecuisse & Bernard Duhem n°754

Cyathes: comme des nids d’œufs

cyathus striatus

Le bois raméal fragmenté (BRF) utilisé en paillage dans les parcs, massifs  et jardins pour garder l’humidité et amender les plantations est une mine à Clathres et Cyathes. En scrutant bien le sol, il n’est pas rare d’y découvrir (ici au mois de juillet 2012) des colonies de Cyathes striés (Cyathus striatus), autant de nids minuscules en forme de vases cannelés contenant des sortes d’œufs qui sont en fait des péridioles renfermant les spores. Au départ, ce champignon apparaît en boule hérissée s’ouvrant ensuite sur un revêtement blanc puis le « nid » est à découvert.

cyathus stercoreus

Sur le même site, à quelques centimètres de distance, on observait cette autre espèce de Cyathe (Cyathus stercoreus) qui, lui, est lisse à l’intérieur et se différencie aussi du premier par un « vase » plus cylindrique.

M.P.

 

En cuisine avec des chanterelles

Et si nous évoquions quelques façons d’accommoder agréablement les champignons dont la comestibilité (consommés avec modération) est avérée. Ici ces chanterelles côtières ou de l’intérieur des terres.

Les périodes de gel ralentissent singulièrement les pousses et, pour de nombreuses espèces, les arrêtent net. Certaines zones abritées résistent à ce coup d’arrêt alentour mais, une fois que le grand froid les a atteintes, il ne reste plus d’espoir d’y trouver, en dehors de quelques lignicoles, de champignon comestible sauf … les chanterelles. En effet, un 20 janvier nous avions observé des Craterellus tubiformis (chanterelles à tube) qui s’étaient épanouies, après les journées de gel, sous les fougères à l’abri de résineux et de feuillus et sur les chemins moussus. Nous en avions récolté quelques unes pour réaliser les illustrations de la recette qui suit. Nous ne l’avions pas vérifié le jour même mais sans doute  les Craterellus lutescens (chanterelles à pied jaune) poussaient-elles aussi … en même temps.

 Chanterelles à la crème

Recette allant aussi bien avec les chanterelles à pied jaune (Craterellus  lutescens) qu’avec les chanterelles en tube (Craterellus tubiformis). Les premières sont familières du littoral atlantique sous les résineux (chapeau café au lait à brun très découpé et en entonnoir aplati, pied long et jaune). Les autres poussent plutôt dans la mousse sous les feuillus et les pins (chapeau brun rond en entonnoir aplati, pied jaune à gris foncé très tubulaire.

 Cette façon d’accomoder ces champignons (applicable aussi à d’autres comme les pieds de mouton) m’a été transmise, il y a quelques années, au pied du marbre de « Sud Ouest  » par Christian Desbrosses, metteur en pages, fin chercheur et goûteur. Je n’ai jamais reçu de reproche de la part des amis avec qui j’ai partagé, à ma table, ces « chanterelles à la crème ». Ma préférence va toutefois aux Craterellus lutescens à la texture plus souple et fondante mais avec les Craterellus tubiformis utilisées ci-dessous c’est pas mal non plus.

                                                                            M.P.

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Ingrédients, outre les chanterelles, ail, échalote, oignons, lardons fumés, crème fraîche, vin blanc sec, cognac ou armagnac ou calvados. Il n’est pas nécessaire de saler et poivrer à cause des lardons fumés. La première fois, ne le faire qu’à la fin de la préparation si on trouve le plat pas assez relevé à son goût.

 Séparément :

  • – faire revenir les chanterelles à la poêle dans un peu d’huile d’arachide ou d’olive après les avoir nettoyées et fait rendre de leur eau ( éventuellement au micro-ondes)
  • – dans une cocotte en fonte, faire roussir les lardons fumés puis ajouter ail, oignon et échalote coupés en petits morceaux. Laisser fondre doucement. Mouiller avec le vin blanc et laisser mijoter tranquillement.
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Ensemble, dans la cocotte, ajouter les chanterelles à la sauce, mouiller avec un peu de vin blanc, mélanger et laisser mijoter.

 Lier chanterelles et sauce avec de la crème fraîche. Laisser mijoter en tournant lentement à la spatule en bois.

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Enfin, jetez-y un filet d’armagnac ou de cognac ou de calvados : ça sent bon et c’est prêt à déguster. Avec quel vin? m’a demandé César Compadre. Le vin de la sauce par exemple. Ici un bordeaux blanc sec pourquey-gazeau 2008 (Castelvieil)

 Bon appétit.

 Respectez votre jardin

Les champignons, pour repousser, ne doivent pas être détruits. C’est là enfoncer une porte ouverte mais les biotopes défoncés, ratissés pour opérer des razzia de chanterelles n’ont pour résultat que de scier la branche sur laquelle on est assis. Encore que l’arbre en partie ébranché reste debout et continue de croître. Pour les champignons, c’est à dire leur mycélium, les dégâts en surface empêchent leur développement donc leur « fructification ». Ainsi des lieux autrefois propices à la cueillette des chanterelles ne sont plus que souvenirs. Alors, respectez la forêt comme votre jardin si vous souhaitez continuer à jouir de ces menus plaisirs que nous partageons ici, prélevez modérément sans détériorer les lieux et … laissez les dangereux bidaou sur place.