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Panthère n’est pas Fauve

Les Amanites ne sont pas bêtes nous disions-nous en cette veille de reconfinement. Pourquoi le seraient-elles quand leur règne n’est ni végétal, ni animal. Tout simplement fongique. Aussi, chez les champignons, la Panthère aux squames d’un blanc pur, pitée sur un bulbe et portant anneau n’est pas Fauve, pitée sur une volve et dépourvue d’anneau. Question de couleurs. Le dessus du chapeau d’Amanita fulva  (ci-dessus à droite) évoque la couleur du pelage du lion, rois des fauves, tandis que celui d’Amanita pantherina  est tacheté comme chez la panthère mais pas exactement de mêmes couleurs. Bon, les goûts et les couleurs ça ne se discute pas dit-on; alors pourquoi irions-nous chercher la petite bête..surtout chez les fauves quand on n’est pas dompteur. Ajoutons que toutes deux sont du genre Amanita (voile général menbraneux ou floconneux -environ 80 espèces- dixit R. Courtecuisse) mais la présence ou non d’anneau induit les sous-genres et sections.

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A.fulva (Amanite fauve) est du sous-genre Amanitopsis (anneau absent, marge piléique striée) et de section Amanitopsis (voile général membraneux non friable.Volve en sac et chapeau normalement nu).

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A. pantherina (Amanite panthère) est du sous-genre Amanita (anneau présent) et de section Amanita (voile général floconneux. Chapeau strié, portant des flocons. Spores non amyloïdes).

Ces réflexions autour des Amanites car le genre était très représenté lors de notre balade girondine d’avant reconfinement.

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Outre fauves et panthères, étaient présentes de nombreuses Amanita phalloides (section Phalloideae) actuellement à l’origine de nombreuses intoxications.

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Egalement de nombreuses Amanita rubescens du sous-genre Lepidella (marge piléique non striée. Spores amyloïdes) et de section Validae (voile général subnul à la base du stipe. Flocons vélaires piléiques abondants). Ces Amanites rougissantes présentaient beaucoup de nuances de brun.

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Beaucoup de nuances de jaune chez les Amanita citrina de la section Mappae (volve hemisphérique). Amanites citrines ponctuant les sous-bois girondins en grand nombre.

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Petit arrêt photo devant le spectacle de Gymnopilus spectabilis

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que nous avions admiré quelques jours avant à Illats.

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Côté panier quelques Bolets orangés proches de chênes. Une étude (non faite) du stipe nous aurait orienté vers l’espèce.

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En revanche, ici, le réseau blanc en haut du stipe sous le chapeau ne laissait planer aucun doute sur l’espèce: un Cèpe de bordeaux. Quoi de plus naturel à quelques « encablures » de la Métropole. Maintenant il faut se satisfaire d’une heure dans un rayon d’un kilomètre. Trop loin de Bordeaux mais pas forcément de Boletus edulis et d’autres espèces fréquentables et, ou photographiables.

Michel Pujol

Un p’tit tour et puis ça va

Hier samedi. Il fait beau. Les oiseaux chantent et si dans le bois d’à côté ça enchante? Alors, un petit tour de fin d’après midi … à la poursuite des champignons. Pas de fil à la patte comme ces innombrables Megacollybia platyphylla

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qui décorent grandement le sous-bois en se dressant sur leurs épais tapis de feuilles nourriciers.

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Très décorative cette Tremelle mésentérique qui prend de la hauteur toute de jaune vêtue.

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Tout comme les Collybies, citées plus haut, les Amanites rougissantes « fleurissaient » en grand nombre. En revanche, nous allions trouver un seul exemplaire de cette espèce

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surnommée « la mère du cèpe ». Ce Clitopile petite prune, qui partage le même biotope que les rois des bolets, fleurait bon la farine fraîche et le léger rosissement de ses lames ne laissait planer aucun doute sur son identification. Donc la « mère ». Et ses « fils » donc? Il convenait donc de scruter quelques endroits « où » mais beaucoup de promeneurs ce jour-là dans le bois d’à côté parmi lesquels pas mal de chercheurs.

Tiens, là, dans le lierre, une tache marron et un pied blanc comme si c’était un bolet…

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En s’approchant, les pores présumées s’avéraient lames.

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Jugement tranchant et sans appel. Ce beau marron était une russule. A prélever pour identification ultérieure.

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Le lendemain, juste avant d’écrire ces lignes, un test au sulfate ferreux: coloration verte fonçant vers un gris vert, nous orientait vers Russula pseudomelliolens . Pas très loin de cette russule, sous la chênaie-charmée, charmante par ailleurs, deux bolets soudés l’un à l’autre.

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Ils noircirent intensément longtemps après la coupe et les « mèches » du pied nous les firent identifier avec un autre « pseudo », Leccinellum pseudoscabrum . Et puis dans un autre endroit d’habitude « cépé », sans doute déjà visité donc prelevé nous n’allions pas rencontrer de Cèpe mais d’autres Bolets rude … renversés et parfois étêtés. Les ressources du petit bois d’à côté allaient se révéler intéressantes sur le bord d’un petit chemin visiblement peu mycologiquement fouillé.

Quelques chênes, un sous-bois plus épais, des châtaigners et des fougères, un œil attentif et…

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… un chapeau marron, des pores blanches dessous. Serait-ce lui?

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Le marron foncé s’atténuant vers le bord du chapeau jusqu’à constituer un liseré blanc à l’extrémité, un réseau blanc très net en haut du stipe (photo de gauche), un pied creusé par une limace (à droite). C’était bien Boletus edulis , la limace n’étant pas bien sûr un critère pour reconnaître les comestibles. Gastéropodes et champignons participent parfois des fausses bonnes idées . Mais les limaces qui cravatent un Cèpe de bordeaux doivent y trouver du plaisir.

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A moins de trois mêtres, toujours sous chênes, un autre chapeau marron quelque peu malmené par l’âge. Vraisemblablement Neoboletus erythropus au stipe ponctué de rouge. Et quand on trouve un Cèpe de bordeaux on regarde attentivement les alentours.

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Sous les chênes, on écarte délicatement les végétaux qui masquent des regards deux jolis Boletus edulis l’un massif, l’autre élancé qui rejoindront le premier, au pied limacé, pour la photo de groupe. Utrillo aurait-il fait un tableau du trio, lui qui peignit trois moulins qui battaient de l’aile sur une île. Un petit tour aux champignons c’est aussi prendre l’air avec un peu de … zèle et , après, ça va plutôt bien.

Michel Pujol

Le premier accordé!

Certains, nous pas, croient en la Lune. Dimanche soir Le Président a parlé et le lendemain après-midi, sur le bord du chemin: LE PREMIER. Le premier de cordée? Le premier accordé! Nous guettions en vain son apparition dans le bois d’à côté et ce lundi 15 juin, plutôt petit mais bien identifiable (nous le pensions mais voir plus loin) il s’offre à nos yeux.B.-aestivalis-MP-1

 

Le liseré blanchâtre à la marge du chapeau caractérise notamment Boletus edulis, le Cèpe de Bordeaux. Pousser aussi à une douzaine de kilomètres à vol d’oiseau de sa ville d’appellation rien que de très normal, parole de natif bordelais. Mais en partageant cet article sur Facebook nous recevions de « Fab Champi » cette remarque: « le liseré blanc n’est pas forcément caractéristique de Boletus edulis , certains Boletus aestivalis (reticulatus) l’ont aussi (ainsi que certains pinophilus et même aereus).
ici nous sommes en présence de Boletus aestivalis , et sur votre site la photo du « plus agé » aussi. » Dont acte. Les lecteurs de l’ancienne version verront que les photos des Cèpes présumé de Bordeaux ont muté en Cèpes d’été. Merci « Fab champi ».

L’avantage du Net c’est de pouvoir corriger sa copie après parution contrairement à la presse écrite d’avant que nous avons bien connue.

Et ce lendemain de paroles présidentielles apparaissait, peu loin du Cèpe, la première accordée de la saison que nous guettion aussi depuis au moins la mi-mai.

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Enfin une Verdette, Russula virescens, Palomet dans le Midi. Dans un endroit aéré où perce le soleil à l’orée des arbres, chênes et charmes.

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La seule de son espèce trouvée cette saison mais un début riche d’espoirs et de dégustations. Et puis, à portée de main en bordure de chemin, un peu cachés, comme cinq doigts jaunes poignés au sol…

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… ces Girolles pruineuses plus en l’état que les trois trouvées le 2 juin dans une autre station. Restait à rendre visite, pas très loin, à cette dernière station habituelle au cas où. Que nenni, pas de Cantharellus pallens chez icelle. Source tarie? Mais en revanche en même lieu deux Russules apparemment charbonnière

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bonnes pour le panier, en attente de poêle et, pas loin de là

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un autre Cèpe, bien plus épanoui que le premier, au pied rongé. Sans remord, il rejoignait le panier en compagnie de l’autre Aestivalis, des Russules et des Girolles.

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Ce Plutée, Pluteus leoninus,  toujours magnifique s’ajoutait au tableau de chasse seulement photographique.

Deux jours auparavant, le 13 juin, toujours dans le bois d’à côté, nous n’avions fait que trois rencontres mycologiques.

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Deux espèces d’Amanites. L’Amanite fauve d’abord en macro sur place puis étude micro à la maison.

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De même pour l’Amanite au pied en étoile.

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Une espèce lignicole, sur tronc de chêne à terre. Gymnopus fusipes très anciennement Collybia fusipes. Même procédure macro-micro.

A deux jours de distance, en matière de pousses intéressantes, c’était un peu … « le jour et la nuit ». Alors, deux jours de Lune? C’est bien peu mais un Discours Présidentiel qui nous demande d’appuyer un peu plus sur le champignon avec toutefois de la modération ça interroge, ne croyez-vous pas …

                                                                           Michel Pujol

 

 

 

 

Rencontres d’octobre

L’appareil photo, voire le smartphone, sont autant de carnets de notes lors de quêtes mycologiques autour de chez soi. Quelques pas déterminés dans les endroits déjà fréquentés ne conduisent pas forcément à des déterminations certaines de certaines espèces. Un peu de littérature mâtinée d’Internet, quelques souvenirs et expériences et l’approche devient plus précise. Sans aller vite mais en appuyant, doucement, sur le champignon pour en extraire, in-situ, une couleur, une odeur, une courte saveur vite recrachée; un coup de micro si besoin au retour. Bref tout le plaisir de la quête-enquête dans La Nature.

Presque trois semaines d’octobre autour et dans l’agglomération bordelaise, à petits pas sans noter la foule de Collybies dits du chêne, d’Armillaires, d’Aphyllophorales etc. mais quelques arrêts images à Haut-lévêque, Thouars, Le Burck, Laurenzanne, Cayac et même en bordure d’une voie de Pessac dédiée au créateur de la Tour parisienne et de la Passerelle bordelaise, le bien nommé et renommé Gustave Eiffel.

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Cheminement dans des espaces publics en commençant le 2 octobre par le parc de l’hôpital Haut-lévêque à Pessac. Pas grand chose sous les couverts. En revanche, une prairie bien ouverte à la lumière recélait, en peu d’espace, quelques espèces. Une limace (au centre ci-dessus) s’intéressait à ce groupe de bolets dont elle avait grignoté le bord de l’un d’eux.

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Une friandise que ce Bolet framboise pour notre gastéropode sans coquille. Rappelons au passage que ce n’est pas parce qu’un escargot consomme un champignon qu’il est comestible pour le genre humain. Combattons les fake news avec la plus grande énergie!

Agaricus-campestris-MP2.jpg    La limace, ce n’était pas le cas, aurait pu grignoter ces Rosés des prés (photo smartphone) qui étaient à proximité et qui sont tout à fait comestibles pour le genre humain.

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On en discerne mieux les caractéristiques sur la photo ci-dessus. En particulier la couleur des lames, la marge enroulée du chapeau, la forme du stipe et l’anneau très apprimé. Nous verrons plus loin qu’en matière d’Agaric la détermination, c’est à dire la reconnaissance de l’espèce, est de rigueur.

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Autre espèce présente, en quantité, dans le même environnement aussi bien jeune que mature (à gauche) cette Vesse et …

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… les très fréquents faux mousserons que nous avons rencontré en ce mois d’octobre en bien de lieux autres que Haut-lévêque, dans des endroits souvent rudéralisés.

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Et puis, près d’un tout petit B. edulis un petit « blanc » qui sentait bon et très fort la farine fraîche : le « meunier » Clitopile petite prune (Clitopilus prunulus). Sa proximité avec les cèpes (ils partagent le même biotope) le fait nommer souvent Mère du cèpe. Vous le trouvez et … vous cherchez autour! Bien vérifier l’odeur et, à maturité, le rosissement des lames (sporée rose) sous peine d’avoir affaire à des clitocybes blancs très toxiques.

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Un peu plus tard, le 6 octobre à Mérignac en bordure du Peugue dans le parc du Burck nous trouvions cette espèce qui, bien que comestible, peut faire l’objet de confusions notamment avec des amanites blanches mortelles. Leucoagaricus leucothites certes ne comporte pas de volve et la base du pied est « en massue ».

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Deux jours après, dans le parc de la mairie de Gradignan, toujours en milieu ouvert, notre regard était attiré par une troupe disposée en arc de cercle. Rosés des prés?

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Que non! De près, anneau ample et non apprimé comme vu plus haut pour le vrai Rosé des prés et jaunissant au grattage: Agaricus xanthodermus à l’origine, ces derniers jours, d’intoxications désagréables pour des cueilleurs un peu trop rapides en détermination.

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Sur les bords de l’Eau Bourde, entre Cayac et Montgaillard nous rencontrions le 10 octobre un autre Agaric toxique reconnaissable, entre autre, à ses cordons mycéliens à la base du pied. Il est toujours utile d’examiner un champignon en son entier donc de le dégager du sol amplement. Un plantoir par exemple aide à mettre au jour une volve, des rhizomorphes etc.

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Sur ce montage, nos trois espèces d’Agarics rencontrées en ce début d’octobre. Seule celle de droite est comestible.

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Le 12 octobre, retour à Laurenzanne pour y découvrir entre autres bolets (notamment S. granulatus) celui de Quélet reconnaissable à son pied betterave encore plus visible à la coupe.

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Le 15 octobre entre piste cyclable et clôture d’entreprises dans une zone industrialo-artisanale, avenue Gustave Eiffel à Pessac, un petit cèpe se dressait et un peu plus loin quelques bolets voisinaient, derrière le fossé, leurs charmes favoris.

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Nous terminerons cette balade automnale par le Bois de Thouars à Talence avec d’abord cette espèce toxique confondue avec la Coulemelle. On note encore de nombreux cas d’intoxications dernièrement avec Chrorophyllum brunneum qui n’a pas le pied chiné comme Macrolepiota procera. De plus, les lames de la Lépiote des jardins se teintent de brun rouge ainsi que sa chair.

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Revenons à nos limaces qui… Celle-ci avait bien entamé son festin de lactaire. Nous l’avons délogée pour goûter (et vite recracher) un tout petit morceau de son repas: très piquant.

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Une façon de préciser la détermination de Lactarius zonarius à la saveur de la chair et du lait très piquante.

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Quelques pas plus tard le piquant avait quitté notre langue quand nous avons admiré, au pied de leur chêne, ces Langues de bœuf, muet d’admiration.

                                                                                                                     Michel Pujol

 

 

 

 

 

La magie du cèpe

Momuy. La Chalosse à quelques enjambées d’Hagetmau. De ces pas de chercheurs de champignons qui longent les fossés, inspectent les sous-bois de feuillus et de résineux. Le « gouillatot qui a le diable à piter dessus » selon ma grand-mère aime la suivre, pendant les très grandes vacances des années 50, gravir avec elle la pente des prairies à  moutons et à Rosés des prés, et monter jusqu’au bois de Loustaou où poussent … les cèpes. Il y a bien d’autres coins cépus à l’époque. Il n’y aurait qu’à suivre Gaston, le chaisier du village, mais il part bien trop tôt le matin et ce cueilleur solitaire est taiseux sur ses lieux de découvertes. La magie du cèpe nait souvent de l’enfance. Merci Mouma.

Bien plus tard, les recherches et lectures personnelles, la fréquentation des sociétés mycologiques, les sessions, les sorties sur le terrain avec celles et ceux qui transmettent sans compter savoirs et expériences renforceront ma passion pour les champignons en même temps qu’une grande humilité car le domaine de la mycologie est d’une redoutable complexité et, pour se jouer bien, la petite musique sylvestre s’accompagne de pas mal de bémols, de silences et d’hésitations. Pianissimo ma non troppo.

La bande des quatre

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On dit Le Cèpe. Quatre espèces différentes ont droit à cette appellation commerciale et, si on entre dans le détail, il y a de quoi y perdre son latin. Alors, dans le carré Cèpe sont quatre rois à la chair douce, blanche immuable qui ne se teinte pas, par exemple, de bleu à la coupe, aux tubes blancs puis verdissant. Il en est des Cèpes comme des humains, dans une même espèce on rencontre des frêles, des gros, des petits, des grands, des trapus, des jolis, des difformes, des albinos, des clairs, des bronzés. Chez les champignons, pour chaque espèce il peut y avoir plusieurs formes et plusieurs variétés.  Quatre Boletus sont Cèpe:

Boletus edulis, le Cèpe de bordeaux, chapeau gras au toucher, marron foncé puis plus clair, à la marge blanche tel un liseré, pores (sous chapeau) blancs puis jaunâtres, puis verdâtres selon maturité, pied clair la plupart du temps, orné souvent d’un réseau, tel un maillage en relief, blanc.

– Boletus aestivalis, le Cèpe d’été ou cèpe réticulé, d’aspect général proche du précédent, chapeau velouté sans liseré blanc, vite craquelé par la sécheresse, pied avec un réseau bien plus marqué que B. edulis  d’où son appellation de « réticulé ».

Boletus aereus, le Cèpe bronzé ou Tête de nègre, chapeau bronze à noir, pores blancs longtemps, chair dense, robuste, pied presque aussi foncé que le chapeau.

-Boletus pinophilus, le Cèpe acajou ou véritable Cèpe des pins, chapeau et haut du pied acajou roussâtre, revêtement du chapeau un peu rugueux (par temps sec), espèce robuste à silhouette souvent obèse.

Gagnants-gagnants

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Cherchez l’arbre et vous y trouverez à proximité, si les conditions multiples sont favorables, telles espèces de champignons mycorhiziens. Ce carré d’as de la poêle est assurément à ranger dans la catégorie des gagnants-gagnants. Leur mycélium, réseau feutré souterrain, apporte au végétal eau, oligo-éléments, sels minéraux drainés bien plus loin que les racines d’un arbre. Ce dernier donne au mycélium, c’est à dire au champignon, le carbone, les sucres issus de la photosynthèse, fonction dont les animaux et les mycètes sont dépourvus. Chez les Cèpes, ecto-mycorhiziens, l’échange se fait par un manchon où ses fins filaments entourent le système racinaire de la plante. Le phosphore notamment, essentiel à la croissance de l’arbre est transmis par la mycorhize.  Cette association est bénéfique aux deux partenaires qui ne s’en portent que mieux.

Les saisons de pousses peuvent avoir des conséquences gustatives. En été l’arbre réserve une partie de ses sucres à ses feuilles. Plus tard, les feuilles jaunissent, tombent et le mycélium reçoit alors davantage d’éléments carbonés de son hôte. C’est ainsi, comme le remarque l’ami Robert Cazenave, Président de l’Association Mycologique de Bigorre, que les premiers Cèpes d’été (B. aestivalis), qui apparaissent dès le mois de mai, sont moins goûteux que le Cèpe de Bordeaux (B. edulis) ou le véritable Cèpe des pins (B. pinophilus)  dont la fructification (carpophore) est automnale voire hivernale comme nous le verrons plus loin.

Dans l’ordre d’arrivée

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Sur la ligne d’arrivée du calendrier du carré des Cèpes, quand les cueilleurs ne se bousculent pas encore, par exemple, dans les clairières de chênaies-charmaies et bords de chemins, en plaine (photo ci-dessus prise un 12 mai) le gagnant est Boletus aestivalis. Thermophile (aimant la chaleur) le Bolet réticulé, pour émerger de terre, va avoir besoin de masse mycélienne pour se donner corps, d’eau (composant prédominant du carpophore) et d’un déclic « coup de chaleur » après lequel une sorte de bouton (primordium) surgit sur le mycélium et se développe plus ou moins rapidement en repoussant ce qui est au-dessus (pression osmotique) et grossit en surface. L’opération, du primordium-bébé au Cèpe taille proche de définitive, peut prendre quelques jours. L’expression pousser comme un champignon est, à tous les points de vue superficielle, puisqu’elle ne s’attache qu’au paraître et il faut être vu donc assez voyant, assez gros, pour paraître. Alors, l’œil-caméra humain vous voit vite grandir, un peu comme la médiatisation. C’est un autre débat même si champignon rime avec…

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Autre thermophile estival (photo ci-dessus prise un 19 juin) Boletus aereus. Surtout sous feuillus en plaine et colline, le Bolet tête de nègre aime à fréquenter les terres calcaires d’où sa large présence dans le département de la Dordogne mais pas que. Sa pousse s’étale bien plus dans le temps que B. aestivalis et « le bronzé » se trouve encore en nombre en automne.

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Celui-ci (photo ci-dessus prise à Soulac un 9 novembre) n’est pas que de Bordeaux mais presque de partout (ubiquiste). Plaine, montagne, feuillus (chênes, châtaigniers etc.), résineux (épicéas, sapins etc.), terres plutôt humides, Boletus edulis a lui, au contraire des deux précédents, besoin d’un coup de froid pour que naisse le petit bouton qui deviendra beau champignon. Plutôt automnal, voire hivernal (rares  cueillettes personnelles à Noël), il démarre quand la terre chaude est refroidie par de grosses averses, en particulier des pluies abondantes d’orages. Ainsi, en cette année 2017 dans notre région et bien ailleurs où ces conditions ont été réunies on a connu de belles pousses de Cèpes dits de Bordeaux. A l’époque moyenâgeuse et au delà , la conservation de produits frais ne pouvait durer des mois en l’état. Aussi cette légende d’un roi anglais qui se faisait livrer avec du vin de Bordeaux des cèpes de Bordeaux est bien gentille et toute bonne à vous mener… en bateau. L’appellation Cèpes de Bordeaux et de Fontainebleau apparaît, d’après Patrick Rödel, en 1855 grâce à J.H. Léveillé. Il n’est pas rare d’ailleurs de trouver à la vente dans des cageots étiquetés « Cèpes de Bordeaux » des cèpes qui, stricto sensu, n’en sont pas.

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Enfin, le quatrième est plus tardif ( cela en général car un observateur nous a signalé l’avoir vu récemment apparaître avant B. aestivalis). Montagnard (photo ci-dessus prise un 3 octobre en Auvergne près de La Chapelle Geneste) Boletus  pinicola, le véritable Cèpe des pins, est présent sous conifères tels pins, sapins et épicéas (on peut l’y trouver en même temps que B. edulis) et plus rarement sous feuillus. Le Cèpe acajou est un excellent comestible.

« Culture », précautions et confusions

La connaissance des lieux et des conditions de pousse aident à la recherche de ces rois des champignons mais les facteurs sont nombreux et les équilibres fragiles. Si un plant de noisetier mycorhizé par Tuber melanosporum (la Truffe noire du Périgord autre champignon mycorhizien) a des chances, sur terrain de Ph 8,5 sans concurrence d’une autre truffe d’une espèce différente, de produire au bout de 7-10 ans et cela pendant une dizaine d’années, le « diamant noir », la recette n’est pas applicable au Cèpe. En effet, le mycélium de ce dernier se porte bien avec des arbres déjà bien avancés en âge. Ne trouve-t-on pas Boletus edulis plutôt au pied des chênes chenus? En laboratoire, les tentatives de « culture » du Cèpe n’ont pas dépassé le stade du primordium ce que confirme une rencontre girondine personnelle, récente et fortuite avec des spécialistes de l’INRA en activité.

Des bolétières expérimentales de scientifiques  ou de particuliers existent depuis plusieurs années. Le jeu consiste à faciliter les conditions de fructification sur mycélium déjà existant en éclaircissant, en contrôlant  l’hygrométrie, en évitant le piétinement etc. Mais on n’est pas en vase clos comme pour le champignons de Paris. La température, l’ensoleillement, les pics climatiques sont ce qu’ils sont et le nombre de cèpes est certes plus élevé que ce qu’il serait dans une nature livrée à elle-même mais on ne peut pas parler de culture, plutôt de facilitation de pousses.

En mangeant un Cèpe vous ingérez ce que son mycélium a pompé dans son environnement (et concentré): de bons éléments mais aussi des métaux lourds et, parfois, un peu de césium 137. Cela dit le Bolet bai (Xerocomus badius), les chanterelles à pied jaune (Craterellus lutescens) concentrent bien plus que les cèpes les matières radioactives. Fuyez pour vos récoltes les endroits pollués. Boletus sano in biotope sano.

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La seule règle qui vaille avant de consommer (bien cuire et ne pas se « goinfrer ») un champignon est d’identifier avec certitude l’espèce réputée comestible. Pour les bolets le bleuissement n’est pas un critère de comestibilité ou de toxicité. Et attention aux confusions source le plus souvent d’intoxications. Ainsi le Bolet de satan (Boletus satanas) très thermophile (à droite sur le montage photos ci-dessus) ainsi que des espèces proches provoquent pratiquement tous les ans des cas de désordres intestinaux (syndrome résinoïdien).

Aller aux champignons c’est magique. Communier avec la nature. Découvrir des espèces différentes. Les regarder, les toucher, les sentir et … apercevoir un cèpe, un vrai. Sachez qu’ il appartient au propriétaire des lieux. Vérifiez la réglementation avant de prélever et laissez les « mauvais » poursuivre leur travail de régénération du site. Pas de coup de pied dans leurs jambes. Ils ne vous ont rien fait.

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Michel Pujol

Journal Sud Ouest Le cercle des idées

Les quatre cèpes par Jacques Guinberteau