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C’est pas sorcier? Non, plutôt sorcière

En allant voir si « nos » morilles avaient resurgi nous allions aller droit au cœur du sujet. Il est vrai que nous avions rencontré Morchella importuna le 8 avril 2018 et que nous n’étions, presque trois ans plus tard que le 18 mars. Et point de ces morilles « contrariantes » à leur station, ni en 2019, ni en 2020. Peut-être que dans quelques jours…

En revanche, près de là, en descendant vers l’Eau Bourde, en bord du chemin de la ripisylve, notre attention était attirée par une boule blanche. Comme un gros caillou. Plutôt mou le caillou qui , une fois déplacé, présentait à sa base des rhizomorphes enterrés et, pas loin du « caillou » cachés par les herbes, des choses rouges promptement dégagées pour être photographiées: des Cœurs de sorcière, Clathres rouge, Clathres en cage, Clathres grillagés, Clathrus ruber. Nous avions notamment rencontré cette espèce sur B.R.F et lui avions consacré une chronique détaillée.

On peut ajouter à cette chronique passée (cliquer sur le lien précédent) que l’appellation Cœur de sorcière viendrait, selon Wikipedia, du fait qu’au Moyen-âge, sorcières et sorciers brandissaient ce champignon pour jeter un sort. Les sorcières auraient-elles un cœur et pas les sorciers? Rodrigue doit connaître la réponse.

Diabolique? D’autres sources lui attribuent le joli nom de Lanterne du diable. Au stade de l’œuf tranché il aurait un goût de radis. Cela ne veut pas dire bien sûr qu’on peut le consommer sans crainte. D’ailleurs, mature, comme le Phallus impudique ou l’Anthurus d’Archer, son odeur nauséabonde attire les mouches qui en dispersent les spores. Bien sorcières ces mouches…

Michel Pujol

Du rouge sur le B.R.F.

Le bois raméal fragmenté (B.R.F.) est une véritable mine à champignons saprotrophes, un terrain d’éclosion quand ailleurs, en forêt, hors lignicoles « exsiccatés » aucune pousse n’apparaît. Ces derniers jours en plaine, sur nos biotopes girondins de prédilection, les conditions climatiques n’ont pas permis aux habituelles russules et autres de pointer un bout de chapeau de mai. Mais dans des endroits urbanisés où les jardiniers des espaces verts ajoutent moult B.R.F. pour garder l’humidité des arrosages et nourrir les plantes plantées, là donc on entrevoit par exemple des taches rouges et des œufs blancs.

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Le Clathrus ruber  (Clathre rouge, Clathre en cage, Cœur de sorcière) , aime plonger ses épais rhizomorphes dans le B.R.F. pour y puiser sa force qui éclatera en une espèce de brûle parfum marocain aux mailles épaisses.

Le parfum justement ne rappelle pas celui, complexe, de l’entrée d’un magasin de produits de beauté. Pas vraiment N°5 mais affriolant  pour les mouches qui se posent sur la gleba noirâtre puis vont en disséminer les spores. Comme le Satyre puant et l’Anthurus d’Archer, autres phallales, le Clathre rouge vampe les mouches avec sa forte odeur plutôt désagréable pour le nez humain.

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Côté microscopie (ci-dessus une étude à partir d’une précédente récolte) les spores cylindriques sont très nombreuses et de dimensions peu variables (ici moyenne de 4,8 µm x 1,8µm, la structure du réceptacle, portant sur la face interne la gleba, est en « nid d’abeille » (en haut de la planche). Ainsi que le remarquent Breitenbach & Kränzlin, les hyphes de l’exopéridie sont cloisonnées non bouclées alors que celles de l’endopéridie sont cloisonnées et partiellement bouclées (en bas à gauche sur notre planche).

 Quant aux appellations, que diable! le rouge sied aux flammes de l’enfer que l’on vouait aux sorcières et Courtecuisse indique que « Le nom [Cœur de sorcière] est adapté des noms vernaculaires espagnol et serbe ».

M.P.

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Petite bibliographie:

 Breitenbach & Kränzlin Champignons de Suisse tome 2 n° 524

Courtecuisse & Duhem Guide des champignons de France et d’Europe n°1750

Marchand Champignons du Nprd et du Midi tome 4 n° 379

Eyssartier & Roux Le guide des champignons France et Europe page 1054

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