Archives du mot-clé Michel Pujol

Rétro 2014: Bordeaux ascos rive gauche/rive droite

Par respect de confinement nous n’y retournons pas mais… à la même période, fin mars 2014, nous faisions un petit tour printanier dans l’agglomération bordelaise pour y retrouver de vieilles connaissances.

Nous plongions vendredi 28 mars 2014, à Bordeaux-Lac, dans la pinède.

sarcosphaera coronaria(jacquin) j. schröter,sarcosphaera crassa,helvella fusca,helvella monachella,helvella spadicea,bordeaux lac,lormont,yves mortureux,michel pujol,cema,ascomycètes,helvelles pézizes

Les Pézizes couronnées, quelque peu écrasées par endroit, offraient leur coupes d’un bleu profond bien enterrées entre mousses et aiguilles. La pousse semblait dater de quelques jours pour les plus anciennes tachetées de gris. Bien identifiées par notre ami Yves Mortureux qui retrouvait cette espèce dans une station habituelle qui recelait une vingtaine d’exemplaires en ce début de millésime 2014. Les promeneurs que nous rencontrons alors sont intrigués. Des champignons en ce moment? ça se mange? Nous avions beau leur dire que ceux-ci étaient toxiques, ils regardaient dubitatifs le fond du panier où quelques-unes avaient été gardées pour étude.

sarcosphaera coronaria(jacquin) j. schröter,sarcosphaera crassa,helvella fusca,helvella monachella,helvella spadicea,bordeaux lac,lormont,yves mortureux,michel pujol,cema,ascomycètes,helvelles pézizes

Outre les Sarcosphaera coronaria (= S.crassa) nous reverrons au bord du Lac de Bordeaux quelques Tricholomes proches de terreum et des Helvelles blanc et noir (leucomelaena) en remarquant que leur présence s’était déportée par rapport à l’année précédente. Il court, il court le mycélium…

De l’autre côté de la Garonne, en face à Lormont « nos helvelles » nous avaient paru bien paresseuses en cette année 2014 quand nous étions allés, peu avant, regarder au pied de la carrière à l’ombre des peupliers noirs. Ni Helvella fusca ni Helvella monachella. Il manquait alors peut-être un zeste de chaleur et un filet d’eau.

sarcosphaera coronaria(jacquin) j. schröter,sarcosphaera crassa,helvella fusca,helvella monachella,helvella spadicea,bordeaux lac,lormont,yves mortureux,michel pujol,cema,ascomycètes,helvelles pézizes

Le dimanche 30 mars 2014 elles avaient timidement réélu domicile entre carrière et ligne de chemin de fer, sous les Populus nigra pour les fusca. Seulement deux exemplaires (ci-dessus) présents ce 30 mars là.

sarcosphaera coronaria(jacquin) j. schröter,sarcosphaera crassa,helvella fusca,helvella monachella,helvella spadicea,bordeaux lac,lormont,yves mortureux,michel pujol,cema,ascomycètes,helvelles pézizes

Davantage de « Religieuses », les cinq ci-dessus, près des deux autres mais plus éloignées des peupliers, sur la terre nue.

sarcosphaera coronaria(jacquin) j. schröter,sarcosphaera crassa,helvella fusca,helvella monachella,helvella spadicea,bordeaux lac,lormont,yves mortureux,michel pujol,cema,ascomycètes,helvelles pézizes

Helvella monachella (= H. spadicea) est coiffée de noir alors que H. fusca, comme son nom l’indique l’est de brun mais outre leur différence de taille (en moyenne) le stipe (pied) de la première est lisse alors que celui de la seconde est lacuneux. Aucun intérêt gastronomique, toxiques à l’état cru comme beaucoup d’ascos, comestibilité incertaine voire « risquée » une fois cuites et en tout cas, surtout pour la seconde, à préserver car assez rare.

                                                                            Michel Pujol

 

Agarics de prés, de près

Agaricus-arvensis-s.l.-MP

Bien avant le confinement, le 6 mars précisément, nous voulions vérifier si les Morchella importuna que nous avions aperçues début avril 2018 refaisaient « surface ». Justement, sur des pages Facebook dédiées figuraient quelques pousses de morilles. Alors pourquoi pas sur cette station de Gradignan d’il y a deux ans? Las! là point de ces jolis ascomycètes sinon des basidiomycètes bleus comme leurs pieds (photo ci-dessous).

Lepista-morilles-MP.jpg

Pas de morilles donc mais si, d’aventure, les pézizes dites du cèdre pointaient auprès de leurs séquoias dans un parc voisin?

Laurenzane-MP.jpg

Le joli parc de la mairie de Gradignan avec ses rosettes d’orchis pas encore fleuris et ses champignons. Pieds des cèdres et séquoias scrutés: point encore de Geopora sumneriana mais d’autres espèces. La même que précédemment (Lepista cf. nuda ci-dessus au centre), ce Xerocomellus à l’allure de chrysenteron aux pores de plus en plus larges avec la vétusté et ses nuances rougeâtres sur la cuticule et plus affirmées sur le stipe (ci-dessus à gauche) et quelques inocybes (à droite). Et puis…

Agaricus-arvensis-mat-MP.jpg

… des Agarics quasi en troupe dans le pré, proches de résineux. Des jeunes (photos de tête) et un plus mature (ci-dessus). Restait à déterminer l’espèce: pas très jaune au grattage de la base du pied ni à la coupe, son anneau descendant et l’aspect « roue dentée » sous la bague fermée.

La vieille habitude de « recouper nos informations » nous amenait le samedi de la semaine suivante, le 14 mars, de nouveau sur les lieux. Au « point morilles présumé »: point de morilles ni de Lépiste, en revanche, le parc de Laurenzane, toujours sans Geopora sumneriana,

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

outre (ci-dessus) Lépistes et Inocybes (pas de bolet), abondait de « nos » Agarics (ci-dessous).

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

Quid des Lépistes? Un peu de micro nous amenait vers Lepista cf. nuda.

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

Et nos Agarics rémanents?

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

Une « roue dentée » bien apparente sur les exemplaires pas encore ouverts.

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

Un anneau descendant sur un pied glabre à base un peu arrondie et jaunissant un peu au grattage sur cet exemplaire mature.

Facebook et ses pages dédiées à la mycologie allait être bien utile pour notre identification. En effet quelques photos postées sur la page « Mycologie scientifique et champignons de France » (lien précédent Facebook) allaient susciter une première expertise de Guillaume Eyssartier: « Très difficile, voire impossible, sans microscope. C’est un Arvenses en revanche, pas un Xanthodermatei. »

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

Après avoir pris connaissance par le canal Facebook de notre étude micro, Guillaume Eyssartier nous répondait très rapidement: « Avec cette taille de spores et ce pied plutôt glabre avec la base plutôt arrondie, on reste sur Agaricus arvensis (sensu lato sachant que indistinctus et gemellatus ne peuvent pas être distingués). Nous avons bien sûr remercié Guillaume de son aide précieuse. D’ailleurs, dans son Guide de champignons France et Europe (Eyssartier&Roux) on peut lire: « L’Agaric des jachères fait partie d’un groupe d’agarics assez délicats à identifier et qui est encore à l’étude ».

Donc notre Agaricus qui pousse dans un pré, étudié de près, est un Agaricus arvensis au sens large (s.l. sensu lato). On ne louera jamais assez l’écoute, la bienveillance et la solidarité de la communauté mycologique.

                                                                                                        Michel Pujol

gradignan,agaricus arvensis,parc de laurenzane

Petite bibliographie:

-Eyssartier&Roux (Belin 2017) page 288

-Courtecuisse&Duhem (Delachaux et Nieslet 2011) n°746

-Bon (Flammarion 2004) pages 278 et 279

-Marchand Tome 2 n° 106

– mycodb

Images sur le Net Agaricus indistinctus 1 A. indistinctus 2 A. indistinctus 3

Agaricus gemellatus

 

 

 

 

A la rencontre de la diversité fongique

Canéjan-1-MP.jpg

Ce dimanche 17 novembre l’association « A la poursuite des champignons » conviait ses adhérents et contacts récents à une sortie à Canéjan, en Gironde. L’occasion pour les animateurs de partager quelques connaissances et beaucoup de leur passion mycologique avec les participantes et participants à cette balade matinale. Si, la veille, la pluie était tombée drue, là les nuages cachaient quelque peu les rayons dominicaux mais l’eau imbibait le sol et surtout… les champignons. Les chapeaux des Agarics pintades matures (Agaricus moelleri), par exemple, semblaient tracés de rose tant ils étaient imbus et il fallait beaucoup de précaution pour éviter que le pied d’une Russule présumée fragilis (l’odeur de coco ne semblait pas au rendez-vous) ne se casse un peu trop vite. Bref, mouillé de chez mouillé mais une grande diversité d’espèces (liste en fin de texte) eu égard aux biotopes traversés à pas comptés en l’espace de deux heures.

Canéjan-2-JCB.jpg

La visite commençait par la clairière près du Centre Simone Signoret où, à proximité de pins, des Suillus, entre autres espèces, luisaient en nombre. Le groupe descendait ensuite vers le Moulin de Rouillac pour inspecter le bord du canal habité habituellement par une station d’ Amanites phalloïde (pas de pousse ce jour-là contrairement à quelques semaines précédentes). Le pont sur l’Eau Bourde était franchi et, sur la droite, on cheminait sur une partie du parcours des Graves  décrit dans une précédente chronique (cliquer sur le lien).

Canéjan-3-MP.jpg

Les biotopes divers qui bordent l’Eau Bourde permettaient de présenter au groupe quelques ascomycètes telles l’Helvelle crépue, l’Oreille-de-lièvre et la Pézize orangée et bien sûr bon nombre de basidiomycètes de tous genres Agarics, Amanites, Russules, Lactaires, Bolets, Lépiotes, Coprins, Psathyrelles, Tricholomes, Mycènes, Hébélomes, Cortinaires, Inocybes, vesses etc. sans omettre quelques Aphyllophorales.

Canéjan-4-JCB.jpg

L’accent était mis notamment sur les risques de confusion, fréquents en cette période entre, par exemple, la Coulemelle et Chlorophyllum brunneum. La présence de Coprins chevelus et de Coprins noir d’encre tombait à pic pour décrire l’effet antabuse de la deuxième espèce.

Liste des espèces rencontrées

BOLETUS aereus 1ex
BOLETUS edulis 2ex
SUILLUS granulatus une station de quelques ex.

Suillus-MP.jpg

HORTIBOLETUS rubellus 2ex
XEROCOMUS sp +
AMANITA citrina++
AMANITA fulva 1ex
AMANITA muscaria ++
AMANITA pantherina +
AMANITA rubescens ++
AGARICUS moelleri ++ à maturité

Agaricus-moelleri-MP.jpg

AGARICUS impudicus/variegans 1ex
MACROLEPIOTA procera 4 beaux exemplaires
MACROLEPIOTA cf. konradii 1ex à maturité
LEPIOTA cristata 2ex
LEPIOTA ignivolvata 1ex
LEPIOTA subincarnata (= L.josserandii) 4ex
COPRINUS comatus 3ex
COPRINOPSIS atramentaria 2ex
COPRINOPSIS picacea +
COPRINELLUS cf. micaceus ++
PARASOLA cf. plicatilis ++ à maturité
PSATHYRELLA conopilus 3ex
PSATHYRELLA cf. multipedata 2 belles touffes
TRICHOLOMA album +
TRICHOLOMA sulphureum ++
TRICHOLOMA terreum +

TRICHOLOMA scalpturatum +

Tricholoma-MP.jpg

TRICHOLOMA ustaloides 1 ex (cuticule amère)
PARALEPISTA flaccida ++++
MYCENA galopus 3ex (lait blanc lorsque l’on coupe le stipe)
MYCENA pura+
MYCENA rosea+
MARASMIUS oreades un demi-rond de « sorcière ».
LACCARIA amethystina +
LACCARIA cf. affinis +
HEBELOMA sinapizans ++
HEBELOMA sp ++
INOCYBE bongardii 1ex
INOCYBE geophylla var.lilacina++
INOCYBE sp+
CORTINARIUS infractus 2ex
CORTINARIUS cf. cedretorum 1ex
HYPHOLOMA fasciculare ++++ présence en de nombreux secteurs

Hypholoma-fasciculare-MP.jpg

CREPIDOTUS cf. luteolus ++ exemplaires sur brindilles.
RUSSULA vesca +
RUSSULA cf. fragilis +
LACTARIUS necator 3ex
LACTARIUS quietus ++

LACTARIUS lacunarum +

Lactarius-quietus-MP.jpg

LACTARIUS subdulcis ++
VASCELLUM pratense +
CALVATIA excipuliformis 2ex

Calvatia-excipuliformis-MP.jpg

SCLERODERMA cf. bovista 2ex à maturité
FISTULINA hepatica 1ex à maturité
STEREUM hirsutum ++
TRAMETES versicolor +++
BJERKANDERA adusta ++
XANTHOPORIA radiata ++ lignicole sur Alnus
GANODERMA applanatum + vieux exemplaires.
FOMES fomentarius ++
PHAEOLUS schweinitzii 1ex à maturité
RAMARIA stricta 3ex.
PHALLUS impudicus 1ex

Phallus-impudicus-MP.jpg

CLATHRUS archerii +++ plusieurs ex. à maturité et non développés.

Clathrus-archeri-MP.jpg

TREMELLA mesenterica 1ex
ALEURIA aurantia 1ex
OTIDEA cf. onotica ++
HELVELLA crispa ++++

Helvella-crispa-MP.jpg

PAXILLUS cf. olivellus +++
++++ Très abondant
+++ Abondant
++ Peu abondant
+ Rare
70 ESPECES

NDLR. photos d’illustration d’espèces réalisées deux jours après, sur le même parcours. Cliquer sur les images pour les agrandir.

                                                                      Jean-Christophe Blanchard

                                                                               et Michel Pujol

Canéjan-5-MP.jpg

 

Le Coprin chevelu, un blanc qui décoiffe les papilles

La finesse de la mise en bouche.

 Ce champignon blanc qui se dresse le plus souvent en troupes dans les prés, les bordures, les chemins, les chaumes, peut-être dans votre jardin, mérite bien mieux qu’un regard en biais, voire, ce que je condamne en toutes circonstances à l’encontre de toutes les espèces : un méchant coup de pied.

Il n’y a pas que le cèpe et la girolle, il y a aussi, entre autres, le coprin chevelu (1) (Coprinus comatus). Pas besoin de savoir couper les basidiophores en quatre pour le reconnaître. Quand on s’est pris la tête, autrefois, avec les cachets d’aspirine, on retrouve cette forme de tube tout blanc recouvert d’écailles un tantinet brunâtres qui s’effilochent en mèches blanches imbriquées.

A croquer jeune
Spores noires et tablier blanc

Les auteurs parlent de chapeau ovoïde ou oblong, puis d’allure de cloche quand il commence à noircir. Son aspect chevelu prédomine indiscutablement dans sa reconnaissance. L’avoir sur la langue ferait-il zozoter de plaisir ?

Coprinus-comatus-MP2.jpg

Blanc, rose, noir, vers la déliquescence reproductrice

Fin et savoureux, il se consomme jeune, cru ou légèrement cuit. Très jeune car le drôle grandit vite en déliquescence. Du blanc immaculé, il passe au rose, puis au noir, et coule en encre de chine. Ses spores sont alors mûres et susceptibles de créer un nouveau mycélium. 


 Sournois, il présente bien, tout droit sur son pied élancé, presque tout blanc, mais, au bas du chapeau, des traces noiraudes présagent le début de la fin à l’intérieur.
Trop tard pour les mycophages. Il leur faudra se contenter de ne ramasser que les exemplaires clairs dessus et dedans, donc lames blanches, et les préparer très vite. On aura compris que ce coprin est un comestible très fin, savoureux quand il est jeune, mais qu’il ne voyage pas très longtemps.
                                                                                                                                                           
1_ reprise d’un article du même auteur paru dans le numéro 2 d’Aqui! en octobre 2004 et consultable  sur le site Internet Aqui.fr

Redoutable confusion avec

le Coprin noir d’encre

Coprin-noir-d'encre-MP.jpg

On entend souvent dire « pas d’alcool avec le coprin ». En fait nous n’avons jamais connu d’effet désagréable en arrosant en bouche avec modération nos coprins chevelus (accommodés comme on le verra plus bas) avec vins ou apéritifs divers. Ce n’est pas le cas avec son « cousin » le Coprin noir d’encre (Coprinopsis atramentaria) . Ce dernier (photo ci-dessus) pousse le plus souvent en touffes sur des déchets végétaux, résidus de bois etc., est plus ovoïde puis conico-convexe. Accidentellement consommé avec de l’alcool il est responsable de l’effet antabuse . Comme on le lira en suivant le lien précédent c’est particulièrement désagréable d’autant que pendant 72 heures cet effet perdure en consommant de l’alcool sans Coprin noir d’encre associé. Donc à ne pas confondre!

COPAINS ET COPRINS

Pour de vrais amis…
Vous avez quelques coprins (les vrais chevelus) encore jeunes, aux lames blanches, ramassés le jour même et conservés non tassés au réfrigérateur.

Coprin-chevelu-recette-MP.jpg

Brossez délicatement les têtes des chevelus.

Pas de poux mais un peu de sable à écarter.

  • Coupez en deux dans le sens de la hauteur.
  • Jetez les pieds et ne gardez que les demi-chapeaux.
  • Un peu de fleur de sel et de beurre à votre goût dans le creux des demi-chapeaux.
  • Passez 10 à 15 secondes à four chaud, plus selon quantité.
  • Au micro-ondes, c’est pas mal non plus.
  • Très surprenant à l’apéro 


Michel Pujol