Il plie et ne rompt pas: le pied!

Une chronique qui part en vrille? Peut-être pas. S’agissant de Marasmius oreades   , le Marasme des oréades, appelé « bouton de guêtre » dans la région, question de taille, prendre le pied ajoute au plaisir de l’identification.

Petit donc, aux lames écartées et fourchues en bord de chapeau. Poussant en rond d’où oreades  , un clin d’œil voire un  écho  à ces nymphes des montagnes et des grottes se livrant à des danses en « rond de sorcières » comme si elles s’étaient tenues en périphérie du mycélium. Une extrapolation de la mythologie grecque? Certes. Mais les champignons ne sont-ils pas nés bien avant l’Homme donc avant les dieux de ce dernier… 

On tourne en rond. Pas tout à fait. Signalons l’odeur cyanique, un peu amande amère, due pour cette espèce à la présence d’acide cyanhydrique très volatil et toxique (risque d’intoxication consommé cru d’où comestible seulement bien cuit). Revenons au pied.

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Très coriace, le stipe n’ira pas dans l’omelette avec le chapeau. En revanche, il participera de l’identification de l’espèce en complément. En effet, il ne rompt pas quand on le tord en le vrillant, le tenant à ses deux extrémités sans bien sûr trop exagérer la pression. Ce n’est pas la seule espèce avec un pied aussi coriace mais c’est un critère déterminant pour les espèces de même taille et de proche apparence que l’on pourrait confondre avec le faux mousseron. Ce terme de faux mousseron qu’on lui attribue, à rapprocher du « vrai » mousseron   Calocybe gambosa viendrait du fait qu’il fréquente les prés tout comme le Tricholome de la Saint Georges. De plus la période de pousse du « faux » s’étend du printemps à l’automne alors que le « vrai » n’est que printanier.

Marasmius-oreades-micro.jpg

Côté micro, ci-dessus une planche élaborée lors d’une récolte précédente. Nous avons effectué une mesure de spores sur les exemplaires trouvés dernièrement, le 29 avril à Gradignan (les autres photos que la planche). Voici ces mesures (Piximètre):

7,1 [7,6 ; 7,8] 8,4 x 4,7 [5,1 ; 5,2] 5,7 µm

Q = 1,3 [1,5] 1,7 ; N = 35 ; C = 95%

Me = 7,7 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

M.P.

Marasmius-oreades-MP3.jpg

 

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Sous l’empire d’un Agaric

Dans son genre (Agaricus) l’auguste est reconnaissable entre tous. Un empereur en majesté portant beau son ample chapeau aux écailles concentriques rousses et son anneau floconneux laissant apparaître des lames serrées. Le pied épais, bien droit, est un piédestal en colonne qui ne déplairait pas , au regard de l’Histoire, à un buste marmoréen de Caius Octavius, fils adoptif de son oncle César et empereur romain, comme chacun sait, de 27 av. JC à 14 après JC.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Dans la littérature, Agaricus augustus est décrit comme présent sous feuillus ou résineux. C’est au milieu d’aiguilles (montage photos ci-dessus) que nous l’avons aperçu de loin et son odeur très particulière ne nous a laissé aucun doute sur son identité. Une odeur d’amande amère rappelant celle du gâteau basque aux gastronomes de la Nouvelle Aquitaine et … d’ailleurs.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Replacé, au retour, dans notre jardin sous l’objectif macro ce beau champignon (300 g. pour ce seul exemplaire), appelé auguste à cause de sa stature imposante, justifiait de visu son « impérialité ».

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Sous les objectifs micro, cet Agaric quadrisporé (au contraire d’A. bisporus à l’origine du champignon de Paris) montre, comme le relève Bon, des cellules marginales en chaînettes. Pour notre récolte la mesure des spores ellipsoïdes est la suivante (Piximètre): 

6,7 [7,7 ; 8,1] 9 x 4,4 [5,1 ; 5,4] 6 µm

Q = 1,2 [1,5 ; 1,6] 1,8 ; N = 30 ; C = 95%

Me = 7,9 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

Comestible?

« Bon comestible » d’après Marcel Bon (p. 278 Champignons de France et d’Europe occidentale Flammarion 2004), « au rang des meilleurs comestibles » selon André Marchand (Champignons du nord et du midi tome 2 n° 107 Hachette 1973), « une figure verte qui sourit » à la page 146 du Guide écologique des champignons régions Périgord-Quercy (2008)…

… mais « à rejeter » selon Borgarino & Hurtado ( p. 333 Le guide des champignons Edisud 2006), « comme toutes les espèces de la section (NDLR section Arvenses), la présence hautement probable de substances cancérigènes doit amener à rejeter cette espèce » lit-on en page 1016 de Mille et un champignons de Pierre Roux (2006). Enfin en 2011 dans le Guide des champignons France et Europe de Guillaume Eyssartier & Pierre Roux est écrit à la page 270 « Longtemps considéré comme comestible cet agaric n’est plus aujourd’hui conseillé à la consommation en raison de la présence, dans sa chair, de substances cancérigènes. »

Sur le forum de Champi.net on pourra se faire une idée des raisons qui conduisent aujourd’hui à éviter de consommer cette belle espèce. Retenons par exemple que l’agaritine (AGT) contenue dans les agarics est un dérivé de l’hydrazine qui se dégrade en substances cancérigènes et que, dans la section des Arvenses, dont fait partie notamment Agaricus augustus, on accumule particulièrement métaux lourds et radioactivité. Les exemplaires les plus âgés seraient les plus concernés.  La fin de l’empire?

M.P.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

  

 

 

Suivi de station: J+2=2

Précédemment nous avions vu apparaître le « premier de la classe » et cherché vainement d’autres Boletus aestivalis à l’entour. Deux jours après, sans vraiment croire à une autre pousse mais après tout on ne sait jamais, nous y sommes revenus en fin de journée. Deux autres cèpes d’été étaient là, très près de l’endroit où nous avions trouvé à J-2 notre premier cèpe réticulé de la saison.

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Une fois dégagés du sol nous constations que leurs pieds avaient attiré quelques dévoreurs de chair fraîche mais leurs chapeaux étaient bien dans leur assiette et le soir dans la nôtre.

Heureux les retraités qui n’ont pas besoin d’attendre le week-end pour courir les bois et qui ont tout loisir de suivre leurs stations. Sans appuyer sur le champignon qui d’ailleurs, quel qu’il soit, ne mérite pas le coup de pied. Encore moins les cèpes. Nous y reviendrons à cette station et, au risque de nous répéter, on ne sait jamais… 

M.P.

Boletus-aestivalis-6.jpg

Enfin une R. vesca!

Comme indiqué dans une précédente chronique , ces derniers jours nous n’avions pas encore vu le bout du chapeau d’une russule dans un bois, où début mai, nous rencontrons habituellement R. vesca. Par exemple un 3 mai en 2010 et un 6 mai en 2015. Cette année il aura fallu attendre le 9 mai pour en apercevoir une (photo ci-dessus). Bien seulette. Aucune congénère à l’entour ni dans d’autres parties du bois qu’elle fréquente souvent.

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Dégagée du sol, la couleur un peu « jambon polyphosphaté » du chapeau, la chair ferme, la saveur agréable, les lames blanches serrées, le biotope très feuillus, conduisaient sur la piste de Russula vesca dite « Russule vieux rose » et « Russule comestible ». Restait un test que nous ne pouvions pas faire sur place faute de « fer ». 

Russula-vesca-fer.jpg

De retour à la maison il convenait de la marquer non au fer rouge mai de frotter le stipe avec un cristal de sulfate de fer. La coloration en réaction quasi immédiate rose saumon confirmait l’identification. Quelques minutes plus tard nous allions trouver, pas très loin un cèpe. Lui aussi le premier et le seul. Il fera l’objet du prochain article…

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Ci-dessus, une étude micro de Russula vesca effectuée lors d’une précédente récolte de cette espèce dans le même bois de Gradignan.

M.P. 

23 avril: la Saint Georges et … les Tricholomes du même nom

Le mousseron, le vrai, celui qui sent la farine fraîche (d’autres parlent de farine mouillée), sent aussi le printemps. Sa dénomination de Tricholome de la Saint Georges incite à ce qu’on lui fasse sa fête autour du 23 avril mais le drôle aime que l’Homme ne lui pourrisse pas la vie avec sa manie des désherbants et autres produits chimiques. Alors il ne continue à apparaître que dans des endroits proprets, non pollués, non fortement anthropisés.  Ainsi il se fait de plus en plus rare là ou pourtant on le rencontrait en cinq ou six endroits différents d’un espace public girondin. Au fil des ans, dans ce dernier endroit, des jardiniers tondeurs d’herbe à ras et élagueurs forcenés sont peut-être venus à bout de ce champignon trapu au doux nom scientifique de Calocybe gambosa.

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Allons voir si l’herbe est plus verte ailleurs dit-on car cela plait aux mousserons et les hasards de la balade nous les ont fait rencontrer (photo ci-dessus). Yves, dépité de ne plus les trouver à l’endroit cité plus haut, avait un large sourire le 19 avril (autour du 23 n’est-il pas?) en nous les montrant. Une nouvelle station car en ce lieu précis il ne les avait jamais vus.

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Pourquoi « vrai » et « faux » mousseron? Pourquoi celui du dessus est le vrai et celui ci-dessous le faux. Autant Calocybe gambosa  (littéralement belle tête et jambe) est trapu avec des lames très serrées. Autant Marasmius oreades , le Marasme des oréades est frêle avec des lames espacées et fourchues en bord de chapeau. De plus il est facile de lui tordre le pied sans qu’il ne casse. Essayez donc avec le « gros »… De fait le terme mousseron est employé pour ces deux champignons dissemblables et pour bien d’autres aussi selon les régions.

Dans Wikipédia , à propos de Calocybe gambosa et de l’origine de Mousseron, il est relevé que : «  En français « mouceron » (1380) a précédé l’actuel « mousseron » en 1542, qui inspira l’anglais Muschroom (Old English 1561), « champignon ». » 

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Une fois bien identifié (période et lieux de pousse, caractères macroscopiques, odeur etc.) Calocybe gambosa est un excellent comestible.

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Les végétaux le recouvrent parfois un peu mais sa belle couleur crème clair jaunissant légèrement à l’état sec tranche sur le vert des feuilles et de l’herbe. C’est un des premiers champignons de l’année (avec les morilles qui feront l’objet d’une prochaine chronique) à déguster, bien cuits et … avec modération.

M.P.

 

Les pézizes du cèdre encore au pied de leurs séquoias

L’année dernière , les 13 et 24 mars, nous avions remarqué au pied de deux Sequoia giganteum du Parc de Laurenzanne à Gradignan (33) la présence de Geopora sumneriana . Ce jour, 14 avril 2018, nous avons fait le tour des cèdres, nombreux dans ce parc où se dresse la mairie de la commune girondine. Point de Pézize du cèdre près de leurs troncs majestueux de cèdres plantés au XIX ème siècle.

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En revanche, cette Pézize très enterrée était revenue à l’endroit de la station que nous avions signalée l’année dernière, au pied des non moins majestueux séquoias géants.

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La pousse s’est produite un peu plus tard qu’en 2017.

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Nous avions, bien sûr, surveillé les jours précédents l’éventualité de leur « arrêt » à leur station. Les conditions climatiques ont sans doute (plus que les grèves dans les transports…) retardé leur venue. Nous verrons si en 2019 ces belles pézizes offriront leurs blanches corolles printanières à nos regards.

M.P.

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Souvenirs: Morilles du « Grand Nord »

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« J’ai essayé de les trouver de l’autre coté de la Garonne et ensuite dans un verger de pommiers en Normandie mais sans succès. Ici en Finlande je les trouve! ». C’est notre ami le professeur Brett Stevens, universitaire canadien spécialiste en mathématiques et statistiques venu passer une année à l’université de Bordeaux en 2013-2014 qui nous avait écrit en joignant cette photo. Très intéressé par la mycologie il avait pris contact avec nous en arrivant en Gironde. Il nous interrogeait alors sur les lieux éventuels de cueillette de morilles dans notre région.

D’après les coordonnées GPS qu’il nous donnait cette photo avait été prise en mai 2014 près d’Helsinki la capitale de la Finlande. 

M.P.

 

Helvella leucomeleana à fonds variables

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Quelles sont les couleurs d’un champignon? Cela dépend de votre vision, de vos cônes et de vos bâtonnets, de la lumière, de l’environnement et si vous faites varier la couleur du fond sur lequel vous le photographiez, avec un zoom, un objectif macro, vous percevrez quelques nuances. Expérience de variations avec les mêmes Helvella leucomeleana  récoltées par notre ami Yves Mortureux, photographiées (début avril 2010)  en fin de journée, sans flash, à la lumière du jour, sans reflet de la lune et sans retraitement des couleurs sur un logiciel utilisé seulement pour le montage de ces prises de vue.

                                                                                                                 M.P.

De l’utilité du micro-ondes

Faire sauter sans bouillir ? Poêle, casserole, cocotte ?  Il est un outil pratique quand on s’adonne à la préparation culinaire de champignons. Cet outil, de plus en plus fréquent dans les cuisines et kitchenettes, sert davantage qu’à réchauffer un bol de café au lait ou de beaux restes sortis du réfrigérateur. Joint au couteau, à la brosse et au filet d’eau, il devient quasi  incontournable  quand on y a pris habitude et, puisque c’est un outil, quand on le manie à bon escient.

Le micro-ondes permet de faire évacuer l’excédent d’eau qui apparaît à la cuisson des champignons. Bien sûr, la technique de réduction par évaporation dans une casserole, une poêle a quelques vertus surtout si elle est accompagnée de patience donc de temps. Les espèces d’une certaine densité comme les cèpes, les girolles (quoique) n’exsudent pas intensément mais les pieds de mouton, par exemple, confinent au bain de pied qui fait bouillir alors qu’avec  le micro-ondes les préliminaires concourent au résultat final du plaisir… gastronomique.

Avec un peu d’expérience on dosera le temps et la puissance du passage au micro-ondes, le principe étant d’éliminer de l’eau pour mieux cuisiner ensuite de manière traditionnelle. Cela induit qu’il faut vider cette eau de temps en temps et de ne pas laisser les champignons faire trempette dans l’eau rendue bouillante par cet « agitateur de particules ».

Voici un exemple d’utilisation avec des russules verdoyantes (Russula virescens) ou verdettes cueillies, nettoyées, cuisinées un 30 juin.

1 Dans un saladier en verre, les champignons frais (352 grammes) plutôt secs compte-tenu des conditions climatiques de cet après-midi du 30 juin quand ils ont été trouvés.

2 Dans le même récipient, les champignons nettoyés (grattés, pieds coupés à la base, passés sous un filet d’eau pour enlever les impuretés et cloportes puis coupés en morceaux (les champignons pas les cloportes). Il restait 344 grammes. Bien courte différence malgré l’élimination des parties sales ou « vilaines » qui s’explique par le fait que ce qui reste des virescens absorbe un peu du filet d’eau du nettoyage.

3 Après passage au micro ondes sans couvrir et à puissance maximum, deux fois une minute avec égouttage sommaire à chaque reprise, les russules avaient molli, réduit de volume et pesaient alors 297 grammes.

4  Un nouvel égouttage était nécessaire avant de les jeter dans la poêle, où l’huile (pas trop) avait chauffé,  pour les cuisiner gentiment en les retournant amoureusement afin qu’elles dorent au soleil de la plaque chauffante. Pincée de sel, soupçons d’ail, persil frais in fine. Craquantes à la dégustation, sans trop tarder.

M.P.

 

Insolites

Un Coprin qui tenait le haut du pavé (novembre 2009)

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A l’époque (novembre 2009), j’en avais trouvé une belle troupe à Canéjan sur une terre enrichie par la chute des feuilles. Mais un matin celui-ci, aussi Coprinus comatus que les autres, a surgi  entre mes pavés autobloquants. Son chapeau était aplati dans le sens de la hauteur par son passage dans l’interstice où pourtant sa seule nourriture est du sable fin. Il y a bien eu beaucoup d’eau qui lui est tombée sur la tête. Un peu d’amour et d’eau fraîche suffiraient-ils pour la pousse des champignons ? Cela se saurait mais certains ne croient-ils pas aux vertus de la seule lune…

Une Lépiote jaune qui démarre plein pot (juillet 2011)

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On pourrait rétorquer que la rubrique insolite est inappropriée pour cette espèce appelée aussi « Lépiote jaune des pots de fleurs » mais la découverte de sa présence étonne souvent les propriétaires des dits pots de fleurs. On imagine la surprise de notre confrère et ami Nicolas César qui l’avait découverte et photographiée le 24 juillet 2011 dans un pot, au pied d’une plante, à Saint-Vincent-de-Paul (33). Une troupe de six Leucocoprinus à différents stades de développement qui rappellent L. flos-sulfuris ou L. birnbaumii=luteus.

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La morille des caillebotis (avril 2013)

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Une bien petite chose de sept centimètres de haut, un centimètre et demi de large, le pied quasiment aussi long que la tête, découverte entre deux lames de caillebotis au jardin. Secret? Non. Nouvelle venue au patrimoine, sur marbre concassé parsemé de feuilles et de billes d’argile. Un trésor à publier par souci de transparence.

morille,morchella,morchella conica var. costata,morchella costata,costata var. hortensisJusqu’à présent aucune morille n’était apparue sur ce substrat pourtant ancien et jamais je n’y avais jeté la moindre récolte de cet ascomycète, après passage au microscope par exemple. J’avais noté d’ailleurs qu’un de mes collègues se débarrassait en vain de ses cueillettes dans un coin de son jardin. En dehors des shi-také et des pleurotes Dame Nature refuse ses charmes aux semeurs aux quatre vents.

Cette morille (dégagée du caillebotis) sur la photo ci-contre  participerait-elle de la génération spontanée? Il n’est point de champignon sans mycelium. En quelque sorte la prose de Monsieur Jourdain donne, dans son jardin, naissance à quelque alexandrin.

Mais là non douze pieds mais un seul à identifier ce qui est hasardeux. Les côtes longitudinales et sombres qui départagent les alvéoles du chapeau étroitement pointu nous conduisent vers Morchella elata (Synonyme  M. conica var. costata). Les auteurs signalent une vallécule (espèce de rigole entre le pied et l’attache du chapeau) chez elata. Notre morille ne semble pas en avoir une bien marquée. Toutefois André Marchand signale une variété hortensis Boud. d’elata « qui peut se ramener au type » « malgré sa vallécule étroite ou parfois nulle ».

A l’époque (avril 2014) nous disions attendre d’autres récoltes sur cette station domiciliaire protégée pour affiner le nom de l’espèce à porter à notre patrimoine mobilier. Nous sommes aujourd’hui en  2018 à la saison des morilles et … nous ne l’avons pas encore revue entre nos caillebotis qui eux sont toujours à la même place sur le même substrat.

M.P.

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Jaune au grattage: un agaric à rejeter

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Un jeune Agaric tronconique, trapézoïdal (grosso modo pyramide tronquée), un vieux bien étalé, un anneau épais ample, un pied droit et bulbeux à la base et surtout, au grattage de l’extrémité du stipe, le jaune d’un numéro perdant et une odeur d’encre violette, de phénol justement contenu dans ce champignon familier notamment des endroits anthropisés. Si le jaune au grattage avait senti l’anis il en serait allé autrement avec Agaricus sylvicola lui comestible au contraire d’Agaricus xanthodermus (notre étude).

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L’Agaric jaunissant est responsable de bon nombre d’intoxications certes pas très sévères mais assez désagréables. Par exemple, en 2014, croyant avoir affaire à des rosés des prés, trois personnes en avaient consommés crus en salade. Une heure après deux d’entre elles étaient prises de vomissements; d’autres qui les ont préparés en omelette ont connu trois heures après toujours des vomissements, diarrhées et douleurs articulaires. Et pourtant quand on les cuit l’odeur dégagée ne met pas en appétit!

Notons enfin qu’il existe plusieurs variétés de cette espèce qui « ne sont plus reconnues aujourd’hui » * var. griseus au chapeau plus gris que le type ou var. meleagroides au chapeau recouvert de petites mèches grises ou gris brunâtre.

Dans l’édition 2004 du Bon ** il est question de Agaricus xanthoderma et de la variété griseus.

Dans l’édition 20011 du Courtecuisse l’Agaricus Xanthoderma est répertorié avec trois variétés: griseus, meleagroides et lepiotoides. 

*Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier & Pierre Roux page 274

** Champignons de France et d’Europe occidentale Marcel Bon page 278

*** Guide des champignons de France et d’Europe Régis Courtecuisse & Bernard Duhem n°754

Cyathes: comme des nids d’œufs

cyathus striatus

Le bois raméal fragmenté (BRF) utilisé en paillage dans les parcs, massifs  et jardins pour garder l’humidité et amender les plantations est une mine à Clathres et Cyathes. En scrutant bien le sol, il n’est pas rare d’y découvrir (ici au mois de juillet 2012) des colonies de Cyathes striés (Cyathus striatus), autant de nids minuscules en forme de vases cannelés contenant des sortes d’œufs qui sont en fait des péridioles renfermant les spores. Au départ, ce champignon apparaît en boule hérissée s’ouvrant ensuite sur un revêtement blanc puis le « nid » est à découvert.

cyathus stercoreus

Sur le même site, à quelques centimètres de distance, on observait cette autre espèce de Cyathe (Cyathus stercoreus) qui, lui, est lisse à l’intérieur et se différencie aussi du premier par un « vase » plus cylindrique.

M.P.

 

En cuisine avec des chanterelles

Et si nous évoquions quelques façons d’accommoder agréablement les champignons dont la comestibilité (consommés avec modération) est avérée. Ici ces chanterelles côtières ou de l’intérieur des terres.

Les périodes de gel ralentissent singulièrement les pousses et, pour de nombreuses espèces, les arrêtent net. Certaines zones abritées résistent à ce coup d’arrêt alentour mais, une fois que le grand froid les a atteintes, il ne reste plus d’espoir d’y trouver, en dehors de quelques lignicoles, de champignon comestible sauf … les chanterelles. En effet, un 20 janvier nous avions observé des Craterellus tubiformis (chanterelles à tube) qui s’étaient épanouies, après les journées de gel, sous les fougères à l’abri de résineux et de feuillus et sur les chemins moussus. Nous en avions récolté quelques unes pour réaliser les illustrations de la recette qui suit. Nous ne l’avions pas vérifié le jour même mais sans doute  les Craterellus lutescens (chanterelles à pied jaune) poussaient-elles aussi … en même temps.

 Chanterelles à la crème

Recette allant aussi bien avec les chanterelles à pied jaune (Craterellus  lutescens) qu’avec les chanterelles en tube (Craterellus tubiformis). Les premières sont familières du littoral atlantique sous les résineux (chapeau café au lait à brun très découpé et en entonnoir aplati, pied long et jaune). Les autres poussent plutôt dans la mousse sous les feuillus et les pins (chapeau brun rond en entonnoir aplati, pied jaune à gris foncé très tubulaire.

 Cette façon d’accomoder ces champignons (applicable aussi à d’autres comme les pieds de mouton) m’a été transmise, il y a quelques années, au pied du marbre de « Sud Ouest  » par Christian Desbrosses, metteur en pages, fin chercheur et goûteur. Je n’ai jamais reçu de reproche de la part des amis avec qui j’ai partagé, à ma table, ces « chanterelles à la crème ». Ma préférence va toutefois aux Craterellus lutescens à la texture plus souple et fondante mais avec les Craterellus tubiformis utilisées ci-dessous c’est pas mal non plus.

                                                                            M.P.

Ingrédients-MP.jpg

Ingrédients, outre les chanterelles, ail, échalote, oignons, lardons fumés, crème fraîche, vin blanc sec, cognac ou armagnac ou calvados. Il n’est pas nécessaire de saler et poivrer à cause des lardons fumés. La première fois, ne le faire qu’à la fin de la préparation si on trouve le plat pas assez relevé à son goût.

 Séparément :

  • – faire revenir les chanterelles à la poêle dans un peu d’huile d’arachide ou d’olive après les avoir nettoyées et fait rendre de leur eau ( éventuellement au micro-ondes)
  • – dans une cocotte en fonte, faire roussir les lardons fumés puis ajouter ail, oignon et échalote coupés en petits morceaux. Laisser fondre doucement. Mouiller avec le vin blanc et laisser mijoter tranquillement.
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Ensemble, dans la cocotte, ajouter les chanterelles à la sauce, mouiller avec un peu de vin blanc, mélanger et laisser mijoter.

 Lier chanterelles et sauce avec de la crème fraîche. Laisser mijoter en tournant lentement à la spatule en bois.

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Enfin, jetez-y un filet d’armagnac ou de cognac ou de calvados : ça sent bon et c’est prêt à déguster. Avec quel vin? m’a demandé César Compadre. Le vin de la sauce par exemple. Ici un bordeaux blanc sec pourquey-gazeau 2008 (Castelvieil)

 Bon appétit.

 Respectez votre jardin

Les champignons, pour repousser, ne doivent pas être détruits. C’est là enfoncer une porte ouverte mais les biotopes défoncés, ratissés pour opérer des razzia de chanterelles n’ont pour résultat que de scier la branche sur laquelle on est assis. Encore que l’arbre en partie ébranché reste debout et continue de croître. Pour les champignons, c’est à dire leur mycélium, les dégâts en surface empêchent leur développement donc leur « fructification ». Ainsi des lieux autrefois propices à la cueillette des chanterelles ne sont plus que souvenirs. Alors, respectez la forêt comme votre jardin si vous souhaitez continuer à jouir de ces menus plaisirs que nous partageons ici, prélevez modérément sans détériorer les lieux et … laissez les dangereux bidaou sur place.

  

Amadouvier: les feux de l’Amour

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« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort 
Nous nous vîmes trois mille en arrivant aux… pores »

La lectrice et le lecteur rectifieront d’eux-mêmes en arrivant à bons ports

En 1636, quand il publia Le Cid, Pierre Corneille ne pouvait ignorer l’existence de l’Amadouvier. Ce champignon de feu était utilisé depuis des siècles. On le retrouva en effet -rappelez-vous- dans le sac du chasseur  Ötzi découvert naturellement momifié dans le sud du Tyrol.

Vraisemblablement le chasseur préhistorique, qui avait ce tour dans son sac, ne s’en servait que pour allumer le feu. Connaissait-t-il les autres vertus prêtées à Boletus fomentarius (ainsi nommé par Linné son premier auteur en 1753)?

Selon Wikipedia « son nom renvoie à l’amadou, mot d’origine provençale qui signifie [amoureux], en allusion à sa capacité à prendre feu. Le nom binominal scientifique Fomes fomentarius se traduit, lui, littéralement par [combustible à pansements]. » Des vertus cicatrisantes et hémostatiques lui sont reconnues depuis longtemps. Plus récemment, une étude incite à trouver à Pyropolyporus fomentarius (L. ex Fr.) Teng (sa dernière appellation) un caractère antitumoral potentiel. Laissons le soin aux professionnels de la médecine de faire le tri scientifique dans l’univers des nombreux champignons dits médecinaux mais notre Amadouvier qui fait feu de tous bois et panse les petits bobos ne peut apparaître que très utile. A la question rituelle ça se mange? C’est déjà très dur de le dégager de son support qu’on a plus la force de le croquer et on ne sait pas encore s’il calme le mal aux dents. 

Il nous incite à revenir à Pierre Corneille du début de notre chronique qui, en versifiant de la prose de Molière dans son FESTIN DE PIERRE, prête à Sganarelle s’adressant à son maître Don Juan ces quelques vers:

 » Avec mon petit sens, mon petit jugement,

Je vois, je comprends mieux ce que je crois comprendre,

Que vos livres jamais ne pourroient me l’apprendre.

Ce monde où je me trouve, et ce soleil qui luit,

Sont-ce des champignons venus en une nuit?

Se sont-ils faits tout seuls?

C’était peu avant la naissance de la mycologie.

M.P.

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Bibliographie

Courtecuisse&Duhem n° 89; Bon p.320; Eyssartier&Roux p.1022; Borgarino&Hurtado p.69; Marchand T.3 pl.286

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En mai, cool, de col en col

D’une vallée l’autre, le col est le passeur. Selon la saison largement ouvert ou boutonné très serré par la neige. Ce début mai 2017 aucune difficulté à franchir Aspin, Azet et Hourquette d’Ancizan en croisant motos, cyclistes et, au détour de chemins adjacents, peu de champignons.

Avant de monter l’Aspin depuis la vallée de Campan, petit détour au Combas en passant par le sarrat de Gaye peu avant Payolle. En haut du chemin qui descend à La Séoube court l’eau qui rigole en toute clarté et, au bord, quelquefois des mycètes. Pas cette fois mais une floraison abondante d’orchidées bleu-violet, vraisemblablement l’Orchis mâle (Orchis mascula) plutôt que Anacamptis pyramidalis (Orchis pyramidal).

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Arrêt paisible au Col d’Aspin pour porter le regard à 360° et descendre vers Arreau.

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D’Arreau à Loudenvielle, le plaisir du beau temps en montagne et celui des yeux à atteindre des sommets. Y aurait-il des morilles autour du lac? L’hôtesse de l’Office de tourisme de Loudenvielle en récolte. « Vous pourriez aller, à pied, en face! C’est pas dans mes coins mais… » Effectivement dans le bois de hêtres mêlé de noisetiers, elle est là, la tête penchée. Comme fatiguée d’avoir cru sur son pied creux. Pas d’autre congénère autour ni plus loin.

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Il convenait de redresser l’image de notre récolte.

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Couchée (à gauche) redressée (au centre) et le batonnet arc-boutant constitué sur place (en bas à droite) n’était qu’un « Pise-allez! ». Vue du haut de la tour du porte objectif ce n’était que palliatif pour multiplier un seul exemplaire avant de passer, au retour, à la micro.

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Asques non amyloïdes (J-) octosporées, spores lisses, paraphyses septées et ramifiées

Bibliographie Morchella esculenta:  Marchand t.1 n° 90,  Bon p.326, Courtecuisse n° 13, Eyssartier&Roux p.1070, Myco Db , Breitenbach t.1 3/4/5/6

 Dans le même bois de hêtres-noisetiers on retrouvait, comme à Combas, l’Orchis mâle et, lignicoles obligent en période de faible pluviométrie, quelques Polypores ciliés (Polyporus ciliatus) identifiés sans loupe grâce à leur stipe moucheté et leurs pores très fins.

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La (maigre) liste du lieu serait incomplète sans cette espèce, la Collybie aqueuse, fréquente dans les Pyrénées. 

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En fin d’après-midi, examen sous les sapins. Sol très sec tout comme ces exsiccata de Geastres. Bien difficile, dans cet état, de compter le nombre de couches de l’exoperidium pour éventuellement nous … aiguiller.

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Le lendemain il s’agissait d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs. De cheminer depuis Genos vers le col d’Azet en faisant plusieurs stations au fil des chemins près de possibles stationnements automobiles. Toujours sec sous hêtres, sapins, bouleaux et point de stations … de champignons. Restait à vraiment profiter du paysage en surplombant notamment le lac de Genos-Loudenvielle. 

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Presque plus d’arbres alors. La verte prairie. Quelques taches agaricales? hygrocybiennes? Un peu de jaune à l’horizon! Un groupe de Bolbities sur bouse dans ce momentané désert sporophorique. Pas de quoi tituber mais un joli jaune d’œuf qui illumine la journée. 

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Du col d’Azet descente vers Saint Lary puis grimpette vers le col de la Hourquette d’Ancizan pour regagner Payolle et la vallée de Campan avec un détour par Combas pour inspecter un autre lieu où nous avions trouvé l’année passée quelques espèces intéressantes dont quelques unes comestibles. Cette fois rien là. Dix sept rimerait-il avec disette? Toutefois quelques marasme des oréades laissés sur place. De col en col c’était bien cool. Avec le beau temps alors que la météo semblait incertaine mais … que la montagne est belle!

M.P.  

 

 

Un 11 novembre

Quel bonheur de découvrir quelques champignons en famille, de transmettre. Certes l’années 2017 n’aura pas été très prolixe en pousses dans la région mais repasser dans quelques endroits de Martillac (33) largements ouverts au public permet de suivre l’évolution de biotopes et de leur mycoflore et, éventuellement, de succomber au plaisir de la gastronomie avec quelques délicates chanterelles (ci-dessus).

C’est surtout au bord des chemins en zone ouverte un peu humide et éclairée que nous croiserons quelques espèces

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telles ces « fausses girolle » ayant subi les affres de la sécheresse sur fond d’aiguilles de pin et quelques Amanites

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dont la citrine à l’odeur de rave, l’épaisse au pied du même qualificatif, aux squames du chapeau en « cartes de géographie » et la rougissante.

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Il est souvent utile d’observer sous plusieurs angles…

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Point de veaux, vaches, cochons sur notre parcours ni moutons sauf … pieds les clairs (ci-dessus) qui passent bien avec une viande blanche et les plus roux (ci-dessous) bien trop amers dit-on.

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A s’enfoncer sous feuillus et résineux nous ne trouverons que peu d’autres espèces,

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des Bolets des bouviers entre autres et nous nous attarderons un peu entre les fougères pour prélever quelques

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Chanterelles à pied cannelle. Avec modération bien sûr et en en laissant pour d’autres myco-gastronomes.Cuisson cocotte oignons-lardons fumés-ail puis vin blanc d’un côté, chanterelles poêlées d’un autre côté, mélanger ensemble, mijoter, lier avec crème épaisse, un trait de cognac et c’est prêt!

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La pézize « du Cèdre » sous Sequoia

210454857Beaucoup de parcs, dans les environs de Bordeaux, ont été arborés au XIXème siècle par des propriétaires qui y avaient une résidence secondaire de belle dimension et … de belle facture. Aux parcs s’ajoutaient parfois quelques rangs de vignes, territoire viticole oblige. Au fil des successions certaines de ces propriétés ont été acquises par les municipalités et le château requalifié en hôtel de ville. Ainsi en est-il de Laurenzanne à Gradignan avec un parc planté notamment de cèdres majestueux et de sequoias non moins imposants.
Nous étions habitué, depuis quelques années, à rencontrer, au pied des cèdres la pézize emblématique de ce biotope Sepultara sumneriana (Cooke) Massee = Geopora sumneriana (Cooke) M. Torre. Elle avait bien été signalée une fois tout près d’un sequioa mais d’autres observateurs avaient objecté que les cèdres n’étaient pas loin… Cette espèce serait-elle exclusive du cèdre? Dans la littérature, la pézize dite du cèdre est mentionnée aussi « plus rarement sous les ifs ».2720081466

D’année en année, vers le printemps, nous constations que la présence de ce champignon sphérique très enterré se faisait de plus en plus rare sous les cèdres de Laurenzanne. En 2016 il y était inexistant. En mars 2017 (les 13 et 24 mars) il n’est apparu dans ce parc que sous un Sequoia giganteum.4158960761Macroscopiquement cette sphère brune (longs poil, bruns sur la face externe de l’apothécie) très enterrée et souvent très près de l’arbre hôte, s’ouvre en étoile et offre au regard son hyménium blanc à crème.3674926675Microscopiquement (observations ici dans le liquide de Lugol) les asques sont à sommets non amyloïde (J-), les paraphyses étroites et renflées à leur extrémités, les spores souvent uni ou bi-guttulées, les poils du trichoderme sont septés. Dimensions sporales de notre récolte du 24 mars: (26,4) 26,7 – 30,6 (32,2) × (12,7) 13,6 – 15,8 (16) µm Q = (1,7) 1,8 – 2,07 (2,1) ; N = 24 Me = 28,5 × 14,9 µm ; Qe = 1,922598840912944929208.jpg

M.P.

Un blafard macro micro

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Mi-juillet, dans une propriété privée de Canéjan en Gironde, à l’abri de chênes, poussaient trois bolets aux pieds rouge (très réticulé pour le plus mature). A la coupe nous nous attendions à voir entre chair et tubes du chapeau la ligne de Bataille (du nom du mycologue qui l’a décrite), ce liseré rouge au-dessus des tubes qui caractérise, entre autre, le Bolet blafard. Cette ligne n’était pas évidente. Avait-elle été estompée par le bleuissement très marqué à la coupe? La variabilité de B. luridus (l’espèce compte plusieurs variétés) invitait à vérifier d’autres caractères.En étalant, par exemple, un réactif iodé sur le stipe nous avions bien une réaction bleu noir et ce même stipe était réticulé en mailles très allongées écartant l’hypothèse B. queletti bien que la base du pied de notre récolte apparaisse, à l’intérieur, presque rouge betterave.

L’amyloïdie des hyphes de la base du pied, le réseau rouge vif et le chair qui virerait au violet incline à penser que nous avions peut-être là la variété Erithroteron (Bezdëk)  Pilát & Dermek en tous les cas un Boletus luridus au sens large (s.l.).

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Microscopiquement, basides, cystides, spores et dimensions sporales concordent avec nos recherches dans la littérature. Manque l’étude de l’epicutis que nous n’avons pas faite.

En ce qui concerne la comestibilité de cette espèce les avis divergent du comestible bien cuit au « à éviter » nous nous rangerons à ce dernier avis en raison notamment des risques de confusion chez les bolets à pores rouge.

D’autant que le propriétaire qui nous avait invité à découvrir ces bolets à pied rouge avait dans son jardin, toujours sous chênes, une autre espèce (ci-dessous) qui ne posait aucun problème de comestibilité!

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Contrairement aux apparences de ce montage, celui de gauche était plutôt gros et celui de droite bien plus petit et très ferme. A la chair blanche, comme un cèpe contrairement à notre Bolet blafard (ci-dessous);

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Bibliographie:

Myco Db

Pierre Roux Mille et un champignons p.69; Breitenbach T.3 n°12; Eyssartier&Roux p. 98; Eyssartier&Coustillas&Lacombe p.136; Borgarino&Hurtado p. 127; Courtecuisse n° 1685; Bon p. 38.

Oreille de Judas macro micro

Puisqu’il convient de placer une légende sous une photo, rappelons que la Légende, justement indique que Judas, pris de remords après sa trahison, se serait pendu à un sureau, l’essence d’arbre où l’on trouve le plus souvent (ce n’est pas la seule) ce champignon dont la forme rappelle celle d’une oreille. Tirer l’oreille avec l’objectif macro trouve ici quelque transparence en jouant avec la lumière.

Notre récolte a été faite le 20 mai 2017 au Parc du Burck à Mérignac (33) sur vieux tronc décortiqué de sureau (Sambucus nigra) repéré par Martial Theviot  lors d’une balade naturaliste. Les photos publiée dans cette note ont été prises après récolte donc non in situ.

Oreille de Judas, Auricularia auricula-judae, Le Burck Mérignac,

Côté micro (ci-dessus) les spores sont notamment en « banane » (à droite) et les basides comportent des « cloisons transversales » comme remarqué par Eyssartier & Roux**. Les poils de la face externe sont assez longs (à gauche) .

Bibliographie: ** Eyssartier&Roux page 1038; Breitenbach&Kränzlin tome 2 n°7; Marchand tome 1 n°83; Courtecuisse&Duhem n° 47; Bon page 324;  Mycodb

Oreille de Judas, Auricularia auricula-judae, Le Burck Mérignac,

M.P.