Après Cèpes, conseils, Coprins: les Girolles en Une du Cercle des idées du journal Sud Ouest

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Après les Cèpes, les conseils pour la cueillette des champignons, les Coprins, le Cercle des idées, sur le site Internet du journal Sud Ouest, s’intéresse aux Girolles. Deuxième volet mycologique de l’automne 2018 en Une. 

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A soccer ball : Calvatia gigantea

Sur le site américain mushroomexpert.com on peut lire à propos de la Vesse de loup géante:  » Calvatia gigantea, sometimes called the « giant puffball, » is easily recognized by its size and shape. Typical specimens are about the size of a soccer ball…« 

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A soccer ball, un ballon de foot. Pourquoi aujourd’hui le jouer américain? Parce que nous avons retrouvé, grâce à notre ami Yves Mortureux familier des lieux, cet énorme champignon à la Plaine du Haillan (33) siège et lieu d’entrainement des Girondins de Bordeaux, un club incessamment sous peu racheté par des Américains à M6.

Certes « the soccer ball » ne poussait pas sur un des nombreux terrains de foot mais à proximité et l’ami Yves avait pris quand même la précaution de le recouvrir de feuillage pour le protéger du vent et … des shoots éventuels des émules, nombreux en cet endroit, des footballeurs professionnels.

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Déjà en 2009 puis en juin 2010 nous avions eu l’occasion de voir cette espèce apparaître au même endroit.

Un des participants à la première trouvaille avait conservé pendant trois mois chez lui un gros exemplaire lequel avait séché sans perdre de volume ayant la consistance de garniture de coussin de fauteuil.

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Nous avions, d’un coup de bâton, créé un nuage de spores retombant sur le lieu d’éclosion primitive.

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Frais, tranché en deux, la chair, homogène, est bien blanche. C’est alors, très jeune, tout blanc, qu’il est décrit comestible. Il est conseillé, pour le consommer, de le détailler en tranches. Nous avons enlevé largement l’exoperidium . Il faut dire que notre « soccer ball » faisait environ 26 cm de large, 24 cm de profondeur et 17 cm de haut.

Quelques tranches peuvent être poêlées, par exemple dans un peu d’huile d’olive, et relevées car la chair est un peu fade. Nous avons essayé cette recette puisée à bonne source et cela en très petite quantité pour simplement goûter. Sur la recette le goût était comparé à celui du veau. La consistance très molle, très purée légère, surprend le mycophage habitué à bien plus de fermeté chez d’autres espèces « traditionnelles ». Effectivement notre plat méritait d’être relevé. L’expérience en cuisine n’a pas été décevante loin de là. Elle aura été une découverte agréable.

MICHEL PUJOL

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Petite bibliographie 

Sur le Net mycodb , mycorance , mushroomexpert , mycocharentes

Le guide des champignons France et Europe Eyssartier & Roux p. 1046

Champignons de France et d’Europe occidentale Bon p.304

Après les Cèpes, d’autres comestibles tels certains Coprins

Une-Sud-Ouest

Dans « Le cercle des idées » du journal « Sud Ouest », après La magie du cèpe , débute une série sur d’autres comestibles. Premier volet sur les Coprins accompagné de quelques conseils avant cueillette. Volet à venir: les Girolles.

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Un lentin « de la sécheresse »

La période de sécheresse vécue ces derniers jours en région bordelaise, et cela jusqu’en octobre!, nous laisse sur notre faim. Nous avons bien vu très récemment  dans un bois breton du Finistère pléthore de Scleroderma citrinum et deux Amanita citrina. Rien d’autre. Nous revient en mémoire cette récolte (en 2016) sur « nos terres » quand la sécheresse sévissait: un lentin dont l’étude suit.

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

Ce Lentin que nous avons rencontré sur un tronc de résineux moussu à terre depuis bien longtemps était seulabre sur son arbre. Il ne justifiait pas ici son appellation de suffrutescens qui, si l’on en croit le Dictionnaire étymologique des noms scientifiques des champignons d’Yves Bresson édité en 1996 par l’Association Mycologique d’Aix en Provence, signifie: « produisant quelques rejetons, subcespiteux ». En consultant Mycodb on voit des images de cette espèce justifiant les rejetons et le caractère cespiteux. En revanche les épithètes squamosus (écailleux, squameux, rugueux) et lepideus (couvert d’écailles, de squames) lui collent ici à la peau de la tête au pied.

On remarquera dans notre illustration de tête plusieurs appellations binomales dont la première partie va de Panus à Neolentinus en passant par Lentinus. Pierre Roux dans Mille et un champignons (2006 pages 286 et 287) le place dans la tribu Lentineae Fayod (chair coriace présentant au microscope une structure dimitique; boucles+; avec ou sans cystides métuloïdes), dans le genre Lentinus Fr. (lames non fourchues; chair charnue et coriace), dans le sous-genre Panus (Fr.) Pegler (hyphes squelettiques ou squeletto-ligatives le plus souvent non rameuses, « hyphal pegs » absentes, cystides parfois présentes) et enfin dans la section Squamosi Fr. (arête dentelée, pas de gléocystides ou de cystides métuloïdes).

Dans la littérature (papier et numérique) il est décrit comme apparaissant « plus facilement les années de sécheresse ». Il est vrai que le 30 juillet 2016 sur le lieu de notre récolte on comptait les espèces présentes sur les trois doigts d’une même main. 

Les auteurs (voir bibliographie en pied d’article) soulignent aussi son odeur « aromatique », « un peu de cannelle ou parfois anisée », « de cannelle ou de dentifrice ». Sous notre exemplaire, donc on se gardera bien de généraliser, nous percevons une senteur légèrement d’alcool fruité puis une note de cannelle et à tout le moins d’épice à la dessication laquelle jaunit le sporophore.

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

Autre caractère outre les squames (sur notre planche ci-dessus chapeau haut droite, stipe pied centre), des lames denticulées (bas doite).

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

La sporée est blanche. Les spores cylindriques à cylindriques elliptiques apparaissent bien guttulées dans le lugol (notre photo) et seulement finement granuleuses dans le congo. Leurs dimensions moyennes pour notre récolte sont de 9,9×3,7µm. Breitenbach, par exemple, indique 7,5-12×3-4,5µm.

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Les lames sont nettement décurrentes.

Etude Michel Pujol

Bibliographie Courtecuisse&Duhem n° 140; Eyssartier&Roux p. 550; Bon p. 122; Breitenbach vol.3 n° 238; Roux p.292

Sur le Net: MycodbGroupe Mycologique VosgienChampYvesMycocharentes 

Suivi de station: verdettes et soleil

Tous les ans quasiment nous récoltons cette espèce thermophile sur une même station. L’endroit, dans un parc, au pied de feuillus,  est assez aéré donc exposé directement au soleil. Ces derniers jours de très beau temps avec très peu de pluie ont favorisé sur cette station la pousse de Russula virescens . A l’entour très peu d’autres espèces osent pointer, en ce moment, le bout de leur chapeau.

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Premier passage le dimanche 22 juillet

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Autre visite, à tout hasard, aujourd’hui mercredi 1er août. 

Des toxiques à la peau dure

Il n’est pas rare que les Centres antipoison aient à connaître des cas de consommation de Sclérodermes, un genre dont le nom indique que « leur peau est dure ». L’exoperidium, tel un sac de cuir, en protège la gleba où murissent les spores qui s’envoleront dès l’ouverture naturelle ou fortuite de ces gastéromycètes.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

En effet, un jeu de gamin pas du tout vilain et même propagateur de l’espèce consiste à écraser fortement du talon ces boules bien mûres et créer l’envol du nuage de spores bien sombre. Les enfants connaissent ainsi souvent leur premier contact avec un champignon.

Jouer n’est pas manger car ces Sclérodermes sont toxiques. Nous avons lu et entendu dire qu’ils auraient servi, il y a sans doute longtemps, de substitut aux truffes pour orner indûment des pâtés.  

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Appelé souvent improprement « vesse de loup » (réservé plutôt aux genres Lycoperdon et Vascellum) Scleroderma citrinum ,le plus répandu, borde les chemins et ne déteste pas les endroits secs à proximité de feuillus et conifères.

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Cette espèce de scléroderme se reconnaît facilement à sa couleur citrin.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Microscopiquement, la gleba déborde de spores globuleuses épineuses d’une dizaine de microns de diamètre. Leur densité se prête à l’envol des nuages enfantins. 

 Orné d’aréoles

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Autre Scléroderme, bien plus petit que le précédent et tout aussi toxique, S. areolatum, le Scléroderme aréolé. Nous l’avions rencontré (photo ci-dessus) sous couvert de feuillus tout près d’un chemin dans la ripisylve de l’Eau Bourde à Canéjan (33) ces sclérodermes étaient une des rares espèces présentes en ce jour de sécheresse récurrente.

Macroscopiquement ils se différencient notamment par leur taille (1 à 3 cm de diamètre pour notre récolte) du Scléroderme vulgaire (S. citrinum) plus massif et au péridium plus épais et craquelé une fois mature. 

Chez Scleroderma areolatum les rhizomorphes abondent. Sur notre photo, des grains de sable y sont attachés. Le caractère sans doute le plus discriminant de cette espèce est la ponctuation aréolée du revêtement Certains auteurs parlent de « peau de léopard ». D’autres évoquent une odeur faible de caoutchouc que nous avons ressentie sur notre récolte surtout dans la phase de primo-dessication.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Microscopiquement (montage ci-dessus) les spores (11,4 X 11µm en moyenne dans notre étude) sont globuleuses et nettement épineuses.

M.P.

Bibliographie: Eyssartier&Roux p. 1048; Courtecuisse&Duhem n° 1727; Bon p.302

Sur le Net (par exemple)Myco DB mycocharentes mushroomexpert fauneflore-massifcentral.fr

La planche à bolets

C’est moins dispendieux que la planche à billets mais il faut se rappeler que la comestibilité de certains bolets ne doit pas être prise pour argent comptant. L’overdose, le manque de fraîcheur, les lieux de récolte pollués et la fausse monnaie (confusions) invitent à ne pas jouer à pile ou face avec ces champignons à tubes. Voici quelques espèces récoltées un même jour dans les bois d’une commune de « Bordeaux Métropole ». Point de Cèpe de Bordeaux (plus automnal) en ce 19 août 2014. De ces quatre espèces Boletus aestivalis est le plus fréquentable dans l’assiette. Les autres, très amer (Bradicans ) ou présentant des risques de confusion (B. castaneus ou B. luridus) sont à écarter.

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Suillellus luridus est le nom actuel de l’ex Boletus luridus millésime 2014. De même le Bolet de Satan, ex Boletus satanas est aujourd’hui appelé Suillellus satanas . Pour être complet, dans la liste des espèces citées dans cette planche à bolets, ajoutons que l’appellation Caloboletus radicans a remplacé Boletus radicans .

M.P.

L’effet foot!

Nous avions vu ces champignons qui peuvent atteindre la taille d’un ballon de football à la proximité de la plaine du Haillan (33) où s’entraînent les Girondins de Bordeaux. Calvatia gigantea (syn. Langermannia gigantea), la vesse de loup géante nous a semblé tout a fait adaptée pour honorer la victoire des Bleus de ce jour.

N’ont-ils pas tout au long de leur affrontement, face aux vaillants Croates à Moscou, … appuyé sur le champignon dans un match GEANT!

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A la veille du défilé, des champignons « parachutistes »

Demain 14 juillet la France défile. Après-demain soir, la finale où la France n’a pas l’intention de … se défiler. Tout rond comme un ballon, en rangs serrés comme des militaires et autant de parachutes blancs déployés autour du collarium uniforme le Marasme petite roue nous a paru tout à fait d’actualité. Nos récoltes illustrées ici (11/7/2014 et 9/7/2012) démontrent, s’il en est besoin, que cette espèce est tout a fait de saison.

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Macroscopiquement ce petit Marasme se reconnait aisément à son chapeau en forme de parachute et au pseudo collarium où s’insère son pied sombre à la fois mince et robuste et bien incrusté sur brindilles et branches de feuillus à terre ou enterrées. Ci-dessus, trouvé en nombre dans un sous-bois de feuillus.

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Microscopiquement, ce basidiomycète rentre dans le rang de nombreuses espèces aux spores ellipsoïdes. Aligné sur bien d’autres pour un défilé parfait.

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  Le dessous du « parachute » vaut à Marasmius rotula (Scop. :Fr.) Fr. le nom de Marasme petite-roue tant ses lames régulières et épaisses en rayons non fourchus rappellent une roue d’un modèle très réduit. « Ce qui est petit est beau », vérité réductrice grandement répandue n’est-il pas?

Souhaitons un atterrissage bienheureux à nos vaillants représentants bleu-blanc-rouge dans ce pays blanc-bleu-rouge face aux damiers rouge-blanc. Le bonheur et pas … le marasme.

M.P.

Petite bibliographie: 

Mycodb

Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier & Pierre Roux page 436 

Champignons de France et d’Europe occidentale Marcel Bon page 174

Guide des champignons de France et d’Europe Régis Courtecuisse & Bernard Duhem n° 498

En étoile: Astrée hygrométrique d’un samedi l’autre

Autant est-il hasardeux, pour une récolte éventuelle, de laisser en place, dans un lieu public et fréquenté, quelques cèpes pour les regarder grandir jour après jour. Autant peut-on se livrer à cet exercice, par exemple au printemps, avec des espèces qui risquent au plus le coup de pied à défaut de coup de cœur.

Un tantinet en arrière, en avril 2012… Ils étaient en bord de chemin, posés sur les feuilles de charme et de chêne à peine humides, détachés du sol après avoir atteint leur maturité qui les fait s’ouvrir en étoile. Si ce n’était une station autrefois découverte, donc incitant à la vigilance, ils seraient sans doute passés inaperçus.

Espèce assez thermophile, l’Astrée hygrométrique est un gastéromycète dont les « pieds » se replient, en séchant, sur l’endoperidium pour ne faire qu’une boule. Un samedi après-midi, ils s’ouvraient grâce à deux jours de pluies intermittentes pour un spectacle de danseurs étoiles. 

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La microscopie de la gleba montre un capilitium banal où s’accrochent des spores globuleuses à verrues épineuses apparaissant quelquefois tronquées. Celles que nous avons mesurées allaient de 7,5 à 10 µm de diamètre.

Dans le détail, une série de spores d’une gléba vraisemblablement plus mature donnait les calculs suivants (méthode Piximètre):

8 [8,8 ; 9,2] 10 x 7,8 [8,4 ; 8,8] 9,5 µm

Q = [1 ; 1,06] 1,1 ; N = 18 ; C = 95%

Me = 9 x 8,6 µm ; Qe = 1

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Du samedi 7 avril…

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… au lundi 9 avril…

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…se refermant, en ayant séché, le samedi 14 avril

M.P.

Laetiporus sulphureus: poulet soufré

D’un jaune soufre éclatant, le Polypore soufré ( Laetiporus sulphureus) apparaît à fleur d’arbres les plus divers. Dans la littérature, il est le plus souvent décrit poussant sur des feuillus. Nous l’avons rencontré sur hêtre à Bellême après l’avoir vu sur robinier à la Plaine du Haillan (33). Annie Ehrsam l’a photographié sur prunus à Bossugan (33) . En Corse (septembre 2012) il s’épanouissait sur un eucalyptus. En août de la même année à   Gradignan (33) il trônait sur un châtaigner. Cette liste d’essences propices est indicative et non exhaustive.

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Sur robinier

Donc un champignon très ubiquiste qui est (Roger Phillips , Les champignons pages 222 et 223) comestible très jeune et frais. En 1981 Phillips signale qu’il est très considéré à cet égard en Allemagne et en Amérique du nord. En surfant sur Internet on trouvera sans peine quelque recette pour accommoder ce champignon que les anglo-américains appellent chicken of the woods en référence à son goût qui rappelle celui du poulet. Bien sûr la mise en bouche se saurait se faire que si on est absolument sûr d’avoir déterminé une espèce comestible.

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Sur prunus

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Sur hêtre

La dernière fois (très récente) que nous avons dégusté le poulet des bois (jeune et tendre découpé en fines tranches) nous l’avons précédemment fait doucement mijoter dans un bouillon de légumes avant de le poêler. Pas mal du tout.

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M.P.

Petite bibliographie:

Mycodbmycocharentes

Bon p. 316; Eyssartier&Roux p. 1028; Borgarino&Hurtado p.80; Marchand t.3 n°277

CHAUD, SHOW VERDETTE : ETOILE DES RUSSULES COMESTIBLES

Quelques pas en arrière. Les années ont passé. Si peu depuis 2009. Hier comme aujourd’hui nos cueillettes avaient un goût de … madeleine.  Neuf ans se sont écoulés:

« Elle craquelle dur depuis quelques jours dans les bois de feuillus (acidophiles), chemins et orées de bois Girondins. Russula virescens appelée ici Verdette, ailleurs Palomet ou encore plus communément  Russule verdoyante régale les yeux et les papilles. Très thermophile, ce champignon trouve ces jours-ci (juin 2009) les conditions propices à son apparition.

Chaque coup d’œil est différent mais on le reconnaît sans peine. J’aime retrouver son chapeau velouté, bombé dans sa jeunesse, étalé plus tard et sculpté, crevassé, craquelé, étoilé par la chaleur ; ses teintes de vert pâte d’amande délavé moucheté de blanc. Un vert franc au début qui est, dans la croissance,  comme gommé peu à peu et se  tachant de blanc. Les auteurs évoquent un vert « moisissure » sur fond blanc (cf. Courtecuisse*) , un vert bleuté ou vert de gris particulier sur fond blanchâtre, mat aspect moisissure verte  (cf. Bon**). Dans le genre Russule les couleurs d’une même espèce peuvent être très variables. Celles de la virescens demeurent, par comparaison, très constantes.

Ses lames blanc crème sont peu serrées. Sion a la patience de couper son pied blanc et déposer son chapeau, lames en bas, sur un papier sombre, de recouvrir le tout d’un verre large ou d’une cloche de verre avec un bout d’essuie-tout ou un coton imbibé d’eau à l’intérieur pour maintenir de l’humidité, alors, après quelques heures on obtiendra une sporée blanche. Ce « jeu » du dépôt provoqué des spores a quelque intérêt avec les nombreuses espèces de russules si bien qu’il existe un nuancier très codé pour les différencier grâce à la couleur de leurs sporées.
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Dans la chaleur qu’elle aime, la Verdette se prend pour une star et… s’étoileR.virescens MP3

Pour être un peu plus complet dans cette description, il convient d’ajouter que Russula virescens se teinte de rose orangé vif quand on gratouille le pied avec du sulfate de fer cristallisé (le fer pour les initiés) et, qu’au microscope, ses spores à ornementation variable mesurent en moyenne 9X6.µm. En poussant jusqu’à l’étude de l’épicutis, toujours au microscope, on remarquera des poils courts atténués ou subcelluleux  (cf. Bon**)  

Quant aux papilles… La Verdette est réputée, à juste titre, la meilleure dans le genre dépassant, à cet égard Russula vesca (Russule comestible) et Russula cyanoxantha (Russule charbonnière). Goût de noisette crue. Craquante à tous les points de vues cuite. »

*Guide des champignons de France et d’Europe page 380 n°1415

**Champignons de France et d’Europe occidentale page 56

Petite russule je te mangerai… ou pas

Ce tableau de chasse témoigne du peu de trouvailles, avant-hier, en matière de russules mais aussi des espèces susceptibles d’être consommées dès les premiers jours de l’été ou bien avant selon conditions climatiques et particularités des biotopes. Il n’est pas inutile de rappeler qu’outre une identification précise de l’espèce reconnue comestible aujourd’hui, l’état non dégradé du champignon, son lieu non pollué de pousse, les conditions de cuisson etc. sont autant de facteurs à prendre en compte avant d’envisager de conjuguer mycologie et gastronomie.

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Ainsi ces Russules verdoyantes appelées « verdettes » et « palomet » selon les régions ont été bien identifiées, récoltées dans des lieux sains mais leur état dégradé ne leur a pas permis de dépasser le stade de la photo. Point d’assiette.

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En revanche, dans cet état (récolte d’une année précédente), l’assiette est une destination possible.

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Ces Russula vesca (nous avons vérifié la réaction au sulfate de fer) étaient, avant-hier, en assez bon état pour les cuisiner. Certains auteurs disent de cette russule « vieux rose », « comestible » qu’elle montre les dents. Ses lames blanches débordent un peu du bord du chapeau sous un certain angle. Celui de notre prise de vue le révèle bien avant … la mise en bouche.

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Celle-ci, bien sympathique dessus et dessous, n’avait pas subi les affres de la sécheresse. A consommer avec modération.

M.P.

Pas tout à fait star, sauf du pied

On ne peut pas dire que cette Amanite monterait le grand escalier de Cannes et pourtant, avec son pied en … étoile, elle brille en ce moment par sa présence. Aux alentours de Bordeaux le manque d’humidité nous l’a fait remarquer bien seulette en bord de chemin près de chênes et de charmes.

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Comme l’ Amanite citrine Amanita asteropus sent la rave, la pomme de terre crue. On remarque, en la dégageant, un bulbe épais comme sculpté en étoile bien évident en coupe (ci-dessus).

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 Son port est assez reconnaissable avec un chapeau-bonnet un peu allongé, légèrement déporté puis étalé façon béret remodelé d’un pincement de doigts. Les taches de brun roux sont caractéristiques de l’espèce. Il n’est pas rare de la trouver quasiment en ligne en sept ou huit exemplaires sous feuillus et conifères (mélangés ici sur de la terre à bruyère lors d’une récolte de juillet 2012).

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Pour l’instant point de profusion de cette espèce sur nos chemins et sous-bois proches mais les jours à venir sans doute…

M.P.

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Le Coprin chevelu, un blanc qui décoiffe les papilles

La finesse de la mise en bouche.

 Ce champignon blanc qui se dresse le plus souvent en troupes dans les prés, les bordures, les chemins, les chaumes, peut-être dans votre jardin, mérite bien mieux qu’un regard en biais, voire, ce que je condamne en toutes circonstances à l’encontre de toutes les espèces : un méchant coup de pied.

Il n’y a pas que le cèpe et la girolle, il y a aussi, entre autres, le coprin chevelu (1) (Coprinus comatus). Pas besoin de savoir couper les basidiophores en quatre pour le reconnaître. Quand on s’est pris la tête, autrefois, avec les cachets d’aspirine, on retrouve cette forme de tube tout blanc recouvert d’écailles un tantinet brunâtres qui s’effilochent en mèches blanches imbriquées.

A croquer jeune
Spores noires et tablier blanc

Les auteurs parlent de chapeau ovoïde ou oblong, puis d’allure de cloche quand il commence à noircir. Son aspect chevelu prédomine indiscutablement dans sa reconnaissance. L’avoir sur la langue ferait-il zozoter de plaisir ?

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Blanc, rose, noir, vers la déliquescence reproductrice

Fin et savoureux, il se consomme jeune, cru ou légèrement cuit. Très jeune car le drôle grandit vite en déliquescence. Du blanc immaculé, il passe au rose, puis au noir, et coule en encre de chine. Ses spores sont alors mûres et susceptibles de créer un nouveau mycélium. 


 Sournois, il présente bien, tout droit sur son pied élancé, presque tout blanc, mais, au bas du chapeau, des traces noiraudes présagent le début de la fin à l’intérieur.
Trop tard pour les mycophages. Il leur faudra se contenter de ne ramasser que les exemplaires clairs dessus et dedans, donc lames blanches, et les préparer très vite. On aura compris que ce coprin est un comestible très fin, savoureux quand il est jeune, mais qu’il ne voyage pas très longtemps.
                                                                                                                                                           
1_ reprise d’un article du même auteur paru dans le numéro 2 d’Aqui! en octobre 2004 et consultable  sur le site Internet Aqui.fr

Redoutable confusion avec

le Coprin noir d’encre

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On entend souvent dire « pas d’alcool avec le coprin ». En fait nous n’avons jamais connu d’effet désagréable en arrosant en bouche avec modération nos coprins chevelus (accommodés comme on le verra plus bas) avec vins ou apéritifs divers. Ce n’est pas le cas avec son « cousin » le Coprin noir d’encre (Coprinopsis atramentaria) . Ce dernier (photo ci-dessus) pousse le plus souvent en touffes sur des déchets végétaux, résidus de bois etc., est plus ovoïde puis conico-convexe. Accidentellement consommé avec de l’alcool il est responsable de l’effet antabuse . Comme on le lira en suivant le lien précédent c’est particulièrement désagréable d’autant que pendant 72 heures cet effet perdure en consommant de l’alcool sans Coprin noir d’encre associé. Donc à ne pas confondre!

COPAINS ET COPRINS

Pour de vrais amis…
Vous avez quelques coprins (les vrais chevelus) encore jeunes, aux lames blanches, ramassés le jour même et conservés non tassés au réfrigérateur.

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Brossez délicatement les têtes des chevelus.

Pas de poux mais un peu de sable à écarter.

  • Coupez en deux dans le sens de la hauteur.
  • Jetez les pieds et ne gardez que les demi-chapeaux.
  • Un peu de fleur de sel et de beurre à votre goût dans le creux des demi-chapeaux.
  • Passez 10 à 15 secondes à four chaud, plus selon quantité.
  • Au micro-ondes, c’est pas mal non plus.
  • Très surprenant à l’apéro 


Michel Pujol        

 

Megacollybia platyphylla, des fils aux pattes et de larges lames

C’est au pied du pied notamment que l’on reconnait cette Collybie à larges feuillets. Ses longs rhizomorphes épais s’ancrent dans le substrat de feuilles et déchets de bois. Blancs comme les lames et le stipe alors que le chapeau, fibrillo-vergeté, mamelonné est gris à brun. Espèce courante dès le printemps (notre récolte -photo ci-dessus et en fin d’article- est du 9 mai 2018) Megacollybia platyphylla   annonce souvent les prochaines pousses d’autres espèces « précoces ».

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Sur cette étude macro-micro lors d’une récolte d’une année passée (un 19 mai), nous avons étalé les rhizomorphes sur un bout de bois (notre planche) pour qu’ils se détachent visiblement sur notre photo.

Au microscope (préparation dans le rouge congo), les stérigmates des basides, majoritairement tétrasporiques, sont assez longs. Les cheilocystides apparaissent clavées pour la plupart et quelquefois lagéniformes. Les spores (dimensions sur la planche) en formes font penser à un ballon de foire pour les enfants, gonflé à l’hélium. Trop petites bien sûr pour s’envoler? Les nuages n’en transportent-ils pas …

 M.P.

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Encore là après la tempête

Hier samedi 26 mai le département de la Gironde a « essuyé » des cataractes de pluie et de grêle. En fin d’après-midi les orages avaient cessé. L’occasion alors, autour de Bordeaux, de suivre quelques stations et d’entrevoir des pousses nouvelles.

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Elles avaient fait leur apparition le  19 mai . D’autres Girolles pruineuses (ci-dessus) étaient au rendez-vous hier. Très petites à cause vraisemblablement du manque d’eau.

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Petit aussi ce Cèpe d’été au pied creusé par les limaces. Bien moins imposant que ses congénères des 9 mai , 11 mai  et  23 mai et sur la même station que lors des deux premières dates citées.

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Quelques Russules vieux-rose avaient commencé leur pousse les jours précédents et se trouvaient en plus grand nombre (une bonne dizaine) que le  9 mai ,bien entamées par les petits dévoreurs de champignons de la forêt.

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 Cette amanite rougissait encore plus de vieillesse

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tandis que cette jeunette se frayait un passage pour son chapeau-parapluie. Des pousses d’A. rubescens s’étaient déjà produites bien avant.

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En revanche, nous n’avions pas encore vu dans ce bois d’Amanite épaisse

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ni de Bolet des charmes. Avec toute l’eau qui est tombée les affaires devraient reprendre …

M.P.

 

Du bleu dans le bois avec la Pézize turquoise

« Le nom de couleur turquoise désigne des nuances de bleu tirant sur le vert, par analogie avec la plus recherchée  des variétés de turquoise, une pierre ornementale. On dit aussi bleu turquoise ou vert turquoise, selon la nuance. Wikipédia « 

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Dirait-on qu’à droite de cette branche décortiquée de feuillu (récolte un 11 novembre) on voit un bleu qui tire sur le vert ou un vert qui tire sur le bleu? C’est en tous cas la marque de la présence du mycélium d’une Pézize minuscule dont le diamètre du disque dépasse rarement le centimètre. Grâce à cette couleur particulière on sait qu’elle est là même si on ne voit pas les carpophores. Il est courant de lire que les bois colorés par la xylindine  , pigment secrété par Chlorociboria aeruginascens , ont été utilisés en marqueterie dès le quinzième siècle. Sans doute travaillait-on ces bois quand ils étaient encore durs donc avant que plusieurs pousses d’ascophores ne ramollissent cette matière première propice à l’ébénisterie.

Chlorociboria aeruginosa  , plus rare, est proche de la Pézize turquoise. Elle s’en différencie notamment par la dimension des spores plus importante (9-14 x 2-4 µm).

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L’étude ci-dessus de notre récolte du 11 novembre 2017 en Gironde montre bien qu’il s’agit de la Pézize turquoise. Nous avons pu vérifier (hors cette planche) que le sommet des asques octosporées étaient amyloïdes et que les mesures sporales (notre planche) concordaient avec les descriptions de la littérature (1). 

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Macroscopiquement, c’est cette couleur turquoise qui incite à aller regarder de plus près ces morceaux de bois colonisés par ce champignon (ascomycète de la classe des Leotiomycètes) et de découvrir ou pas ces petits disques concolores finement pédicellés. Les nôtres étaient assez secs mais présents en nombre à différents stades de développement.

M.P.

 (1) Bon p. 332; Courtecuisse n° 10; Eyssartier&Roux p. 1062; Breitenbach&Kränzlin t.1 n° 199 

Solitaire

Nous l’avions trouvé à Gradignan  une fois  le  9 mai puis retrouvé sur la même station  deux fois   ,deux jours après, en Gironde bien sûr eu égard à nos amis Belges parmi lesquels d’excellents mycologues. Il a fallu, hier 23 mai, que nous fassions plusieurs kilomètres aux alentours du  Parcours des Graves pour en découvrir un sous chênes.

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La sécheresse des lieux due à très peu de pluie ces derniers jours a fait que sur notre parcours nous n’avons entrevu, à part ce Cèpe d’été  (Boletus aestivalis)  , qu’une Russule charbonnière bien reconnaissable à la couleur de son chapeau (R. cyanoxantha), ses lames lardacées et sa douce saveur. A part ça rien d’autre en matière de champignons. Ce solitaire a fait hier soir le bonheur de nos papilles en suivant un conseil, valable en d’autres domaines: « A consommer avec modération »…

M.P. 

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Les premières en mai

Nous guettions leur venue depuis quelques jours. Chaque année en mai-juin elles apparaissent au pied d’un bouquet de charmes, près de chênes. Ce 19 mai, un peu de jaune au sol nous fit écarter les feuilles pour capter leur image (ci-dessus à l’objectif macro). Nous aimerions parodier Patrice de Mac-Mahon qui, le 26 juin 1875, s’écria à Toulouse en voyant la crue de la Garonne « Que d’eau, que d’eau! » mais, bien qu’ici très près de la Garonne, l’eau tombée du ciel se fait rare ces jours-ci et les pousses itou.

Aussi, ces petites  Cantharellus pallens   , nos premières girolles de l’année, nous ont ravi. Elles n’étaient pas encore aussi matures ni aussi nombreuses

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que celles (photo ci-dessus) récoltées sur la même station le 11 juin 2012. L’espèce est reconnaissable à l’aspect clair et pruineux du chapeau (synonyme C. subpruinosus).

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Côté micro, cette planche ci-dessus, faite lors d’une très belle récolte (un très grand panier) lot-et-garonnaise en mai 2014.

Et notre « trouvaille » de ce jour? Nous l’avons laissé sur place en promettant de revenir plus tard et en pensant à ce cher Président Mac-Mahon. N’a t’il pas dit aussi:  « J’y suis j’y reste ». C’était le 7 septembre 1855 et il n’était que général quand il prit la redoute de   Malakoff

M.P.

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Il plie et ne rompt pas: le pied!

Une chronique qui part en vrille? Peut-être pas. S’agissant de Marasmius oreades   , le Marasme des oréades, appelé « bouton de guêtre » dans la région, question de taille, prendre le pied ajoute au plaisir de l’identification.

Petit donc, aux lames écartées et fourchues en bord de chapeau. Poussant en rond d’où oreades  , un clin d’œil voire un  écho  à ces nymphes des montagnes et des grottes se livrant à des danses en « rond de sorcières » comme si elles s’étaient tenues en périphérie du mycélium. Une extrapolation de la mythologie grecque? Certes. Mais les champignons ne sont-ils pas nés bien avant l’Homme donc avant les dieux de ce dernier… 

On tourne en rond. Pas tout à fait. Signalons l’odeur cyanique, un peu amande amère, due pour cette espèce à la présence d’acide cyanhydrique très volatil et toxique (risque d’intoxication consommé cru d’où comestible seulement bien cuit). Revenons au pied.

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Très coriace, le stipe n’ira pas dans l’omelette avec le chapeau. En revanche, il participera de l’identification de l’espèce en complément. En effet, il ne rompt pas quand on le tord en le vrillant, le tenant à ses deux extrémités sans bien sûr trop exagérer la pression. Ce n’est pas la seule espèce avec un pied aussi coriace mais c’est un critère déterminant pour les espèces de même taille et de proche apparence que l’on pourrait confondre avec le faux mousseron. Ce terme de faux mousseron qu’on lui attribue, à rapprocher du « vrai » mousseron   Calocybe gambosa viendrait du fait qu’il fréquente les prés tout comme le Tricholome de la Saint Georges. De plus la période de pousse du « faux » s’étend du printemps à l’automne alors que le « vrai » n’est que printanier.

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Côté micro, ci-dessus une planche élaborée lors d’une récolte précédente. Nous avons effectué une mesure de spores sur les exemplaires trouvés dernièrement, le 29 avril à Gradignan (les autres photos que la planche). Voici ces mesures (Piximètre):

7,1 [7,6 ; 7,8] 8,4 x 4,7 [5,1 ; 5,2] 5,7 µm

Q = 1,3 [1,5] 1,7 ; N = 35 ; C = 95%

Me = 7,7 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

M.P.

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Sous l’empire d’un Agaric

Dans son genre (Agaricus) l’auguste est reconnaissable entre tous. Un empereur en majesté portant beau son ample chapeau aux écailles concentriques rousses et son anneau floconneux laissant apparaître des lames serrées. Le pied épais, bien droit, est un piédestal en colonne qui ne déplairait pas , au regard de l’Histoire, à un buste marmoréen de Caius Octavius, fils adoptif de son oncle César et empereur romain, comme chacun sait, de 27 av. JC à 14 après JC.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Dans la littérature, Agaricus augustus est décrit comme présent sous feuillus ou résineux. C’est au milieu d’aiguilles (montage photos ci-dessus) que nous l’avons aperçu de loin et son odeur très particulière ne nous a laissé aucun doute sur son identité. Une odeur d’amande amère rappelant celle du gâteau basque aux gastronomes de la Nouvelle Aquitaine et … d’ailleurs.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Replacé, au retour, dans notre jardin sous l’objectif macro ce beau champignon (300 g. pour ce seul exemplaire), appelé auguste à cause de sa stature imposante, justifiait de visu son « impérialité ».

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Sous les objectifs micro, cet Agaric quadrisporé (au contraire d’A. bisporus à l’origine du champignon de Paris) montre, comme le relève Bon, des cellules marginales en chaînettes. Pour notre récolte la mesure des spores ellipsoïdes est la suivante (Piximètre): 

6,7 [7,7 ; 8,1] 9 x 4,4 [5,1 ; 5,4] 6 µm

Q = 1,2 [1,5 ; 1,6] 1,8 ; N = 30 ; C = 95%

Me = 7,9 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

Comestible?

« Bon comestible » d’après Marcel Bon (p. 278 Champignons de France et d’Europe occidentale Flammarion 2004), « au rang des meilleurs comestibles » selon André Marchand (Champignons du nord et du midi tome 2 n° 107 Hachette 1973), « une figure verte qui sourit » à la page 146 du Guide écologique des champignons régions Périgord-Quercy (2008)…

… mais « à rejeter » selon Borgarino & Hurtado ( p. 333 Le guide des champignons Edisud 2006), « comme toutes les espèces de la section (NDLR section Arvenses), la présence hautement probable de substances cancérigènes doit amener à rejeter cette espèce » lit-on en page 1016 de Mille et un champignons de Pierre Roux (2006). Enfin en 2011 dans le Guide des champignons France et Europe de Guillaume Eyssartier & Pierre Roux est écrit à la page 270 « Longtemps considéré comme comestible cet agaric n’est plus aujourd’hui conseillé à la consommation en raison de la présence, dans sa chair, de substances cancérigènes. »

Sur le forum de Champi.net on pourra se faire une idée des raisons qui conduisent aujourd’hui à éviter de consommer cette belle espèce. Retenons par exemple que l’agaritine (AGT) contenue dans les agarics est un dérivé de l’hydrazine qui se dégrade en substances cancérigènes et que, dans la section des Arvenses, dont fait partie notamment Agaricus augustus, on accumule particulièrement métaux lourds et radioactivité. Les exemplaires les plus âgés seraient les plus concernés.  La fin de l’empire?

M.P.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

  

 

 

Suivi de station: J+2=2

Précédemment nous avions vu apparaître le « premier de la classe » et cherché vainement d’autres Boletus aestivalis à l’entour. Deux jours après, sans vraiment croire à une autre pousse mais après tout on ne sait jamais, nous y sommes revenus en fin de journée. Deux autres cèpes d’été étaient là, très près de l’endroit où nous avions trouvé à J-2 notre premier cèpe réticulé de la saison.

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Une fois dégagés du sol nous constations que leurs pieds avaient attiré quelques dévoreurs de chair fraîche mais leurs chapeaux étaient bien dans leur assiette et le soir dans la nôtre.

Heureux les retraités qui n’ont pas besoin d’attendre le week-end pour courir les bois et qui ont tout loisir de suivre leurs stations. Sans appuyer sur le champignon qui d’ailleurs, quel qu’il soit, ne mérite pas le coup de pied. Encore moins les cèpes. Nous y reviendrons à cette station et, au risque de nous répéter, on ne sait jamais… 

M.P.

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Le premier de sa « classe »

Ce cèpe est le premier dans l’ordre d’arrivée calendaire du genre sans en être le plus goûteux. C’est aussi notre premier trouvé cette année et premier mangé (bien cuit et assaisonné) avec la russule évoquée dans l’article précédent.

Fidèle à la station que connaît Marie-Christiane (le prénom n’a pas été changé) ce Boletus aestivalis bien nommé Cèpe d’été car se rencontrant aussi au printemps… était tout seul ce 9 mai. 

boletus aestivalis, cèpe d'été

L’occasion de le retourner devant l’objectif macro pour en souligner le port, les pores serrées, le réseau bien marqué (cliquez sur la photo pour zoomer le maillage du pied). Pas de liseré blanc au bord du chapeau caractéristique du Boletus edulis. Il faudra attendre encore un peu pour que le Cèpe de Bordeaux n’apparaisse à Gradignan cité de la métropole bordelaise. Contentons nous pour l’instant du thermophile Cèpe d’été qui fut apprécié hier lors d’une dégustation en début d’un repas familial. Le premier!

M.P.

boletus aestivalis, cèpe d'été

Enfin une R. vesca!

Comme indiqué dans une précédente chronique , ces derniers jours nous n’avions pas encore vu le bout du chapeau d’une russule dans un bois, où début mai, nous rencontrons habituellement R. vesca. Par exemple un 3 mai en 2010 et un 6 mai en 2015. Cette année il aura fallu attendre le 9 mai pour en apercevoir une (photo ci-dessus). Bien seulette. Aucune congénère à l’entour ni dans d’autres parties du bois qu’elle fréquente souvent.

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Dégagée du sol, la couleur un peu « jambon polyphosphaté » du chapeau, la chair ferme, la saveur agréable, les lames blanches serrées, le biotope très feuillus, conduisaient sur la piste de Russula vesca dite « Russule vieux rose » et « Russule comestible ». Restait un test que nous ne pouvions pas faire sur place faute de « fer ». 

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De retour à la maison il convenait de la marquer non au fer rouge mai de frotter le stipe avec un cristal de sulfate de fer. La coloration en réaction quasi immédiate rose saumon confirmait l’identification. Quelques minutes plus tard nous allions trouver, pas très loin un cèpe. Lui aussi le premier et le seul. Il fera l’objet du prochain article…

russula vesca,russule vieux rose,russule comestible

Ci-dessus, une étude micro de Russula vesca effectuée lors d’une précédente récolte de cette espèce dans le même bois de Gradignan.

M.P. 

Du rouge sur le B.R.F.

Le bois raméal fragmenté (B.R.F.) est une véritable mine à champignons saprotrophes, un terrain d’éclosion quand ailleurs, en forêt, hors lignicoles « exsiccatés » aucune pousse n’apparaît. Ces derniers jours en plaine, sur nos biotopes girondins de prédilection, les conditions climatiques n’ont pas permis aux habituelles russules et autres de pointer un bout de chapeau de mai. Mais dans des endroits urbanisés où les jardiniers des espaces verts ajoutent moult B.R.F. pour garder l’humidité des arrosages et nourrir les plantes plantées, là donc on entrevoit par exemple des taches rouges et des œufs blancs.

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Le Clathrus ruber  (Clathre rouge, Clathre en cage, Cœur de sorcière) , aime plonger ses épais rhizomorphes dans le B.R.F. pour y puiser sa force qui éclatera en une espèce de brûle parfum marocain aux mailles épaisses.

Le parfum justement ne rappelle pas celui, complexe, de l’entrée d’un magasin de produits de beauté. Pas vraiment N°5 mais affriolant  pour les mouches qui se posent sur la gleba noirâtre puis vont en disséminer les spores. Comme le Satyre puant et l’Anthurus d’Archer, autres phallales, le Clathre rouge vampe les mouches avec sa forte odeur plutôt désagréable pour le nez humain.

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Côté microscopie (ci-dessus une étude à partir d’une précédente récolte) les spores cylindriques sont très nombreuses et de dimensions peu variables (ici moyenne de 4,8 µm x 1,8µm, la structure du réceptacle, portant sur la face interne la gleba, est en « nid d’abeille » (en haut de la planche). Ainsi que le remarquent Breitenbach & Kränzlin, les hyphes de l’exopéridie sont cloisonnées non bouclées alors que celles de l’endopéridie sont cloisonnées et partiellement bouclées (en bas à gauche sur notre planche).

 Quant aux appellations, que diable! le rouge sied aux flammes de l’enfer que l’on vouait aux sorcières et Courtecuisse indique que « Le nom [Cœur de sorcière] est adapté des noms vernaculaires espagnol et serbe ».

M.P.

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Petite bibliographie:

 Breitenbach & Kränzlin Champignons de Suisse tome 2 n° 524

Courtecuisse & Duhem Guide des champignons de France et d’Europe n°1750

Marchand Champignons du Nprd et du Midi tome 4 n° 379

Eyssartier & Roux Le guide des champignons France et Europe page 1054

Mycodb

Sur la piste de morilles « contrariantes »

Nous avions à la même période en 2012 tenté d’y voir un peu plus clair dans le genre Morchella. « Omnes Morchellae inter se nimis affines »  remarquait Fries (si voisines entre elles que puissent se révéler toutes les morilles) cité par André Marchand dans son premier tome des champignons du nord et du midi (n°85 Morchella conica). L’article  que nous avions écrit et illustré en 2012 s’était enrichi ensuite de remarques de Philippe Clowez avant que ce spécialiste ne publie dans le Bulletin de la Société Mycologique de France (SMF Tome 126 fascicules 3-4 2010 p.199-376) « Les morilles, une nouvelle approche mondiale du genre Morchella » .

Quand donc , le 8 avril 2018, nous avons rencontré près de bordures adossées à de la castine, sur un terrain par conséquent plutôt calcicole et  ombré par des chênes et quelques charmes

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ces morilles (ici alignées sur le sol après examen macroscopique in situ), 

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nous avons parcouru, au retour avec notre récolte, la littérature en ne perdant pas de vue que la nomenclature du genre évolue grandement. Il n’était pas inutile de relire le tome 1 de Marchand (85 M. conica, 86 M. conica var. costata, 87 M. conica var. deliciosa,88 M. conica var. intermedia, 89 M. elata, 90 M. esculenta, 91 M. esculenta var. crassipes, 92 M. esculenta var. rotunda) qui décrit là huit espèces. Bon (2004 p. 326) en cite 5 (rotunda,esculenta, vulgaris, costata, conica) et même 6 si on inclut Mitrophora semilibera puisque le morillon est aujourd’hui une morille à part entière. Courtecuisse&Duhem (2011) en dépeignent trois n°12, 13 et 14) et signalent plusieurs formes et variétés. Eyssartier&Roux (2011) examinent deux espèces et en citent d’autres dans les remarques. Ces ouvrages s’attachent à décrire des espèces européennes.

Il nous semblait, dans notre récolte girondine, avoir affaire à deux espèces différentes une petite très brune sans vallécule marquée proche de M. conica et une autre plus claire, plus éponge ovale à alvéoles profonds et à vallécule marquée.

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La relecture attentive des près de deux cents pages de Philippe Clowez « Les morilles, une nouvelle approche mondiale du genre Morchella » nous plongeait dans la complexité et la perplexité. Après échanges amicaux avec l’auteur que nous remercions bien vivement pour son aide « nos » morilles (qui en fait avaient été repérées par un jogger qui nous avait amené aimablement sur les lieux de sa découverte), « nos », « ses » morilles « ressemblaient fortement à Morchella importuna » aux yeux de l’ami Philippe. A ce dernier nous avions envoyé (sans y nommer l’espèce comme ci-dessous) ces fiches macro-micro. 

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Nous faisions part à Philippe Clowez des dimensions sporales différentes pour ce que nous pensions être des espèces distinctes. D’après ce grand spécialiste  » en vérité la sporulation des morilles est très compliquée pour certaines espèces comme par exemple Morchella vulgaris qui sporule juste avant de pourrir. La présence de spores de différentes tailles n’est pas rare ». Et il ajoutait: « Je l’ai constaté au micro avec cette même morille. »

Sur le site Mycocharentes on lira avec intérêt la fiche réalisée en mars 2018 par Patrice Tanchaud.  Morchella importuna M. Kuo, O’Donnell & T.J. Volk y est synonymisée avec  M. costataM. elata ss. auct. On peut lire la même remarque sur Mycodb . 

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Michael Kuo qui a créé cette espèce la décrit sur  mushroomexpert.com « une morille fascinante qui semble être limitée aux sites d’aménagement paysager, aux jardins … En Amérique du Nord elle est assez commune dans le nord-ouest où elle apparaît en milieu urbain à la fin de l’hiver et au début du printemps… » Il met en exergue son caractère saprophyte « … un bon candidat pour la culture comme M. rufobrunnea …  » envisage-t-il notamment. 

Le biotope, très urbain, de notre lieu de récolte va dans le sens des remarques à propos de cette espèce dont la dénomination latine mérite, selon nous, quelque attention. Importunus, a, um (adj.) renvoie notamment à brutal (cruel) qui tient de la brute; contrariant, de nature à contrarier; fâcheux, qui amène des désagréments; incommode, qui cause de la gêne; intraitable, inflexible; malencontreux, qui survient mal à propos ; impraticable; inabordable. Etonnant non!

M.P.

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23 avril: la Saint Georges et … les Tricholomes du même nom

Le mousseron, le vrai, celui qui sent la farine fraîche (d’autres parlent de farine mouillée), sent aussi le printemps. Sa dénomination de Tricholome de la Saint Georges incite à ce qu’on lui fasse sa fête autour du 23 avril mais le drôle aime que l’Homme ne lui pourrisse pas la vie avec sa manie des désherbants et autres produits chimiques. Alors il ne continue à apparaître que dans des endroits proprets, non pollués, non fortement anthropisés.  Ainsi il se fait de plus en plus rare là ou pourtant on le rencontrait en cinq ou six endroits différents d’un espace public girondin. Au fil des ans, dans ce dernier endroit, des jardiniers tondeurs d’herbe à ras et élagueurs forcenés sont peut-être venus à bout de ce champignon trapu au doux nom scientifique de Calocybe gambosa.

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Allons voir si l’herbe est plus verte ailleurs dit-on car cela plait aux mousserons et les hasards de la balade nous les ont fait rencontrer (photo ci-dessus). Yves, dépité de ne plus les trouver à l’endroit cité plus haut, avait un large sourire le 19 avril (autour du 23 n’est-il pas?) en nous les montrant. Une nouvelle station car en ce lieu précis il ne les avait jamais vus.

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Pourquoi « vrai » et « faux » mousseron? Pourquoi celui du dessus est le vrai et celui ci-dessous le faux. Autant Calocybe gambosa  (littéralement belle tête et jambe) est trapu avec des lames très serrées. Autant Marasmius oreades , le Marasme des oréades est frêle avec des lames espacées et fourchues en bord de chapeau. De plus il est facile de lui tordre le pied sans qu’il ne casse. Essayez donc avec le « gros »… De fait le terme mousseron est employé pour ces deux champignons dissemblables et pour bien d’autres aussi selon les régions.

Dans Wikipédia , à propos de Calocybe gambosa et de l’origine de Mousseron, il est relevé que : «  En français « mouceron » (1380) a précédé l’actuel « mousseron » en 1542, qui inspira l’anglais Muschroom (Old English 1561), « champignon ». » 

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Une fois bien identifié (période et lieux de pousse, caractères macroscopiques, odeur etc.) Calocybe gambosa est un excellent comestible.

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Les végétaux le recouvrent parfois un peu mais sa belle couleur crème clair jaunissant légèrement à l’état sec tranche sur le vert des feuilles et de l’herbe. C’est un des premiers champignons de l’année (avec les morilles qui feront l’objet d’une prochaine chronique) à déguster, bien cuits et … avec modération.

M.P.

 

L’asco semi hypogé du Lac

 

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L’ami Yves Mortureux nous l’avait fait connaître in situ en 2010. Plusieurs stations sous les pins au bord du Lac de Bordeaux. Tous les ans, fin mars début avril, nous guettons la pousse de cette belle espèce aux reflets bleus. Le 8 avril nous avons bien vu quelques amanites jonquille et bolets de bouviers mais les pézizes couronnées n’avaient pas encore soulevé le tapis d’aiguilles. En revanche,

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   le 19 avril nous les avons retrouvées avec les amis Yves et Jean-Claude. La pousse avait dû se produire peu de temps après notre premier passage parce que les champignons étaient déjà, pour la plupart,  plutôt desséchés (photo ci-dessus).

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Cette pézize est décrite par beaucoup d’auteurs (biblio en fin de texte). Elle  est nommée « étoilée », « couronnée » ou « en couronne » ainsi que s’ouvre la sphère enterrée pour livrer son hyménium vite violet. Au fil des publications Sarcosphaera coronaria est devenue totalement infréquentable dans l’assiette. André Marchand en 1976 remarquait: « On s’abstiendra de manger ce champignon à l’état cru…. Par contre après cuisson et rejet de l’eau de végétation… » Dans Le guide des champignons France et Europe (édition 2011) Eyssartier&Roux soulignent en rouge que cette pézize « peut être mortelle à l’état cru, et est toujours très toxique une fois cuite ». Cette toxicité est affirmée par tous les auteurs aujourd’hui. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en matière d’intoxication par les champignons il est risqué de suivre les indications de comestibilité de livres anciens pour des espèces qui se sont révélées très toxiques ensuite.

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Microscopie

Spores: hyalines colorées ici au lugol (haut droite et bas gauche) et congo ammoniacal (centre gauche), elliptiques arrondies aux extrémités. Mesures observées pour cette récolte:

Spores (11,3) 13,8 – 17,1 (17,6) × (6,2) 6,4 – 8,1 (8,5) µm

Me = 15,4 × 7,3 µm ; Qe = 2,1

Paraphyses: mises en évidence ici dans le bleu lactique (en bas à droite), cylindriques granuleuses en forme de massue au long manche;

Asques: octosporées à sommet amyloïde (en bas à gauche).

                                                                                                                                                             M.P.

petite bibliographie:

Myco Db Sarcosphaera coronaria

Marchand 199

Eyssartier&Roux p. 1064

Bon p. 331

Courtecuisse n°25

Breitenbach t.1 n°34

Borgarino&Hurtado p.50

Les pézizes du cèdre encore au pied de leurs séquoias

L’année dernière , les 13 et 24 mars, nous avions remarqué au pied de deux Sequoia giganteum du Parc de Laurenzanne à Gradignan (33) la présence de Geopora sumneriana . Ce jour, 14 avril 2018, nous avons fait le tour des cèdres, nombreux dans ce parc où se dresse la mairie de la commune girondine. Point de Pézize du cèdre près de leurs troncs majestueux de cèdres plantés au XIX ème siècle.

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En revanche, cette Pézize très enterrée était revenue à l’endroit de la station que nous avions signalée l’année dernière, au pied des non moins majestueux séquoias géants.

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La pousse s’est produite un peu plus tard qu’en 2017.

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Nous avions, bien sûr, surveillé les jours précédents l’éventualité de leur « arrêt » à leur station. Les conditions climatiques ont sans doute (plus que les grèves dans les transports…) retardé leur venue. Nous verrons si en 2019 ces belles pézizes offriront leurs blanches corolles printanières à nos regards.

M.P.

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Souvenirs: Morilles du « Grand Nord »

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« J’ai essayé de les trouver de l’autre coté de la Garonne et ensuite dans un verger de pommiers en Normandie mais sans succès. Ici en Finlande je les trouve! ». C’est notre ami le professeur Brett Stevens, universitaire canadien spécialiste en mathématiques et statistiques venu passer une année à l’université de Bordeaux en 2013-2014 qui nous avait écrit en joignant cette photo. Très intéressé par la mycologie il avait pris contact avec nous en arrivant en Gironde. Il nous interrogeait alors sur les lieux éventuels de cueillette de morilles dans notre région.

D’après les coordonnées GPS qu’il nous donnait cette photo avait été prise en mai 2014 près d’Helsinki la capitale de la Finlande. 

M.P.

 

Helvella leucomeleana à fonds variables

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Quelles sont les couleurs d’un champignon? Cela dépend de votre vision, de vos cônes et de vos bâtonnets, de la lumière, de l’environnement et si vous faites varier la couleur du fond sur lequel vous le photographiez, avec un zoom, un objectif macro, vous percevrez quelques nuances. Expérience de variations avec les mêmes Helvella leucomeleana  récoltées par notre ami Yves Mortureux, photographiées (début avril 2010)  en fin de journée, sans flash, à la lumière du jour, sans reflet de la lune et sans retraitement des couleurs sur un logiciel utilisé seulement pour le montage de ces prises de vue.

                                                                                                                 M.P.

De l’utilité du micro-ondes

Faire sauter sans bouillir ? Poêle, casserole, cocotte ?  Il est un outil pratique quand on s’adonne à la préparation culinaire de champignons. Cet outil, de plus en plus fréquent dans les cuisines et kitchenettes, sert davantage qu’à réchauffer un bol de café au lait ou de beaux restes sortis du réfrigérateur. Joint au couteau, à la brosse et au filet d’eau, il devient quasi  incontournable  quand on y a pris habitude et, puisque c’est un outil, quand on le manie à bon escient.

Le micro-ondes permet de faire évacuer l’excédent d’eau qui apparaît à la cuisson des champignons. Bien sûr, la technique de réduction par évaporation dans une casserole, une poêle a quelques vertus surtout si elle est accompagnée de patience donc de temps. Les espèces d’une certaine densité comme les cèpes, les girolles (quoique) n’exsudent pas intensément mais les pieds de mouton, par exemple, confinent au bain de pied qui fait bouillir alors qu’avec  le micro-ondes les préliminaires concourent au résultat final du plaisir… gastronomique.

Avec un peu d’expérience on dosera le temps et la puissance du passage au micro-ondes, le principe étant d’éliminer de l’eau pour mieux cuisiner ensuite de manière traditionnelle. Cela induit qu’il faut vider cette eau de temps en temps et de ne pas laisser les champignons faire trempette dans l’eau rendue bouillante par cet « agitateur de particules ».

Voici un exemple d’utilisation avec des russules verdoyantes (Russula virescens) ou verdettes cueillies, nettoyées, cuisinées un 30 juin.

1 Dans un saladier en verre, les champignons frais (352 grammes) plutôt secs compte-tenu des conditions climatiques de cet après-midi du 30 juin quand ils ont été trouvés.

2 Dans le même récipient, les champignons nettoyés (grattés, pieds coupés à la base, passés sous un filet d’eau pour enlever les impuretés et cloportes puis coupés en morceaux (les champignons pas les cloportes). Il restait 344 grammes. Bien courte différence malgré l’élimination des parties sales ou « vilaines » qui s’explique par le fait que ce qui reste des virescens absorbe un peu du filet d’eau du nettoyage.

3 Après passage au micro ondes sans couvrir et à puissance maximum, deux fois une minute avec égouttage sommaire à chaque reprise, les russules avaient molli, réduit de volume et pesaient alors 297 grammes.

4  Un nouvel égouttage était nécessaire avant de les jeter dans la poêle, où l’huile (pas trop) avait chauffé,  pour les cuisiner gentiment en les retournant amoureusement afin qu’elles dorent au soleil de la plaque chauffante. Pincée de sel, soupçons d’ail, persil frais in fine. Craquantes à la dégustation, sans trop tarder.

M.P.

 

Insolites

Un Coprin qui tenait le haut du pavé (novembre 2009)

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A l’époque (novembre 2009), j’en avais trouvé une belle troupe à Canéjan sur une terre enrichie par la chute des feuilles. Mais un matin celui-ci, aussi Coprinus comatus que les autres, a surgi  entre mes pavés autobloquants. Son chapeau était aplati dans le sens de la hauteur par son passage dans l’interstice où pourtant sa seule nourriture est du sable fin. Il y a bien eu beaucoup d’eau qui lui est tombée sur la tête. Un peu d’amour et d’eau fraîche suffiraient-ils pour la pousse des champignons ? Cela se saurait mais certains ne croient-ils pas aux vertus de la seule lune…

Une Lépiote jaune qui démarre plein pot (juillet 2011)

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On pourrait rétorquer que la rubrique insolite est inappropriée pour cette espèce appelée aussi « Lépiote jaune des pots de fleurs » mais la découverte de sa présence étonne souvent les propriétaires des dits pots de fleurs. On imagine la surprise de notre confrère et ami Nicolas César qui l’avait découverte et photographiée le 24 juillet 2011 dans un pot, au pied d’une plante, à Saint-Vincent-de-Paul (33). Une troupe de six Leucocoprinus à différents stades de développement qui rappellent L. flos-sulfuris ou L. birnbaumii=luteus.

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La morille des caillebotis (avril 2013)

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Une bien petite chose de sept centimètres de haut, un centimètre et demi de large, le pied quasiment aussi long que la tête, découverte entre deux lames de caillebotis au jardin. Secret? Non. Nouvelle venue au patrimoine, sur marbre concassé parsemé de feuilles et de billes d’argile. Un trésor à publier par souci de transparence.

morille,morchella,morchella conica var. costata,morchella costata,costata var. hortensisJusqu’à présent aucune morille n’était apparue sur ce substrat pourtant ancien et jamais je n’y avais jeté la moindre récolte de cet ascomycète, après passage au microscope par exemple. J’avais noté d’ailleurs qu’un de mes collègues se débarrassait en vain de ses cueillettes dans un coin de son jardin. En dehors des shi-také et des pleurotes Dame Nature refuse ses charmes aux semeurs aux quatre vents.

Cette morille (dégagée du caillebotis) sur la photo ci-contre  participerait-elle de la génération spontanée? Il n’est point de champignon sans mycelium. En quelque sorte la prose de Monsieur Jourdain donne, dans son jardin, naissance à quelque alexandrin.

Mais là non douze pieds mais un seul à identifier ce qui est hasardeux. Les côtes longitudinales et sombres qui départagent les alvéoles du chapeau étroitement pointu nous conduisent vers Morchella elata (Synonyme  M. conica var. costata). Les auteurs signalent une vallécule (espèce de rigole entre le pied et l’attache du chapeau) chez elata. Notre morille ne semble pas en avoir une bien marquée. Toutefois André Marchand signale une variété hortensis Boud. d’elata « qui peut se ramener au type » « malgré sa vallécule étroite ou parfois nulle ».

A l’époque (avril 2014) nous disions attendre d’autres récoltes sur cette station domiciliaire protégée pour affiner le nom de l’espèce à porter à notre patrimoine mobilier. Nous sommes aujourd’hui en  2018 à la saison des morilles et … nous ne l’avons pas encore revue entre nos caillebotis qui eux sont toujours à la même place sur le même substrat.

M.P.

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Jaune au grattage: un agaric à rejeter

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Un jeune Agaric tronconique, trapézoïdal (grosso modo pyramide tronquée), un vieux bien étalé, un anneau épais ample, un pied droit et bulbeux à la base et surtout, au grattage de l’extrémité du stipe, le jaune d’un numéro perdant et une odeur d’encre violette, de phénol justement contenu dans ce champignon familier notamment des endroits anthropisés. Si le jaune au grattage avait senti l’anis il en serait allé autrement avec Agaricus sylvicola lui comestible au contraire d’Agaricus xanthodermus (notre étude).

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L’Agaric jaunissant est responsable de bon nombre d’intoxications certes pas très sévères mais assez désagréables. Par exemple, en 2014, croyant avoir affaire à des rosés des prés, trois personnes en avaient consommés crus en salade. Une heure après deux d’entre elles étaient prises de vomissements; d’autres qui les ont préparés en omelette ont connu trois heures après toujours des vomissements, diarrhées et douleurs articulaires. Et pourtant quand on les cuit l’odeur dégagée ne met pas en appétit!

Notons enfin qu’il existe plusieurs variétés de cette espèce qui « ne sont plus reconnues aujourd’hui » * var. griseus au chapeau plus gris que le type ou var. meleagroides au chapeau recouvert de petites mèches grises ou gris brunâtre.

Dans l’édition 2004 du Bon ** il est question de Agaricus xanthoderma et de la variété griseus.

Dans l’édition 20011 du Courtecuisse l’Agaricus Xanthoderma est répertorié avec trois variétés: griseus, meleagroides et lepiotoides. 

*Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier & Pierre Roux page 274

** Champignons de France et d’Europe occidentale Marcel Bon page 278

*** Guide des champignons de France et d’Europe Régis Courtecuisse & Bernard Duhem n°754

Cyathes: comme des nids d’œufs

cyathus striatus

Le bois raméal fragmenté (BRF) utilisé en paillage dans les parcs, massifs  et jardins pour garder l’humidité et amender les plantations est une mine à Clathres et Cyathes. En scrutant bien le sol, il n’est pas rare d’y découvrir (ici au mois de juillet 2012) des colonies de Cyathes striés (Cyathus striatus), autant de nids minuscules en forme de vases cannelés contenant des sortes d’œufs qui sont en fait des péridioles renfermant les spores. Au départ, ce champignon apparaît en boule hérissée s’ouvrant ensuite sur un revêtement blanc puis le « nid » est à découvert.

cyathus stercoreus

Sur le même site, à quelques centimètres de distance, on observait cette autre espèce de Cyathe (Cyathus stercoreus) qui, lui, est lisse à l’intérieur et se différencie aussi du premier par un « vase » plus cylindrique.

M.P.

 

En cuisine avec des chanterelles

Et si nous évoquions quelques façons d’accommoder agréablement les champignons dont la comestibilité (consommés avec modération) est avérée. Ici ces chanterelles côtières ou de l’intérieur des terres.

Les périodes de gel ralentissent singulièrement les pousses et, pour de nombreuses espèces, les arrêtent net. Certaines zones abritées résistent à ce coup d’arrêt alentour mais, une fois que le grand froid les a atteintes, il ne reste plus d’espoir d’y trouver, en dehors de quelques lignicoles, de champignon comestible sauf … les chanterelles. En effet, un 20 janvier nous avions observé des Craterellus tubiformis (chanterelles à tube) qui s’étaient épanouies, après les journées de gel, sous les fougères à l’abri de résineux et de feuillus et sur les chemins moussus. Nous en avions récolté quelques unes pour réaliser les illustrations de la recette qui suit. Nous ne l’avions pas vérifié le jour même mais sans doute  les Craterellus lutescens (chanterelles à pied jaune) poussaient-elles aussi … en même temps.

 Chanterelles à la crème

Recette allant aussi bien avec les chanterelles à pied jaune (Craterellus  lutescens) qu’avec les chanterelles en tube (Craterellus tubiformis). Les premières sont familières du littoral atlantique sous les résineux (chapeau café au lait à brun très découpé et en entonnoir aplati, pied long et jaune). Les autres poussent plutôt dans la mousse sous les feuillus et les pins (chapeau brun rond en entonnoir aplati, pied jaune à gris foncé très tubulaire.

 Cette façon d’accomoder ces champignons (applicable aussi à d’autres comme les pieds de mouton) m’a été transmise, il y a quelques années, au pied du marbre de « Sud Ouest  » par Christian Desbrosses, metteur en pages, fin chercheur et goûteur. Je n’ai jamais reçu de reproche de la part des amis avec qui j’ai partagé, à ma table, ces « chanterelles à la crème ». Ma préférence va toutefois aux Craterellus lutescens à la texture plus souple et fondante mais avec les Craterellus tubiformis utilisées ci-dessous c’est pas mal non plus.

                                                                            M.P.

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Ingrédients, outre les chanterelles, ail, échalote, oignons, lardons fumés, crème fraîche, vin blanc sec, cognac ou armagnac ou calvados. Il n’est pas nécessaire de saler et poivrer à cause des lardons fumés. La première fois, ne le faire qu’à la fin de la préparation si on trouve le plat pas assez relevé à son goût.

 Séparément :

  • – faire revenir les chanterelles à la poêle dans un peu d’huile d’arachide ou d’olive après les avoir nettoyées et fait rendre de leur eau ( éventuellement au micro-ondes)
  • – dans une cocotte en fonte, faire roussir les lardons fumés puis ajouter ail, oignon et échalote coupés en petits morceaux. Laisser fondre doucement. Mouiller avec le vin blanc et laisser mijoter tranquillement.
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Ensemble, dans la cocotte, ajouter les chanterelles à la sauce, mouiller avec un peu de vin blanc, mélanger et laisser mijoter.

 Lier chanterelles et sauce avec de la crème fraîche. Laisser mijoter en tournant lentement à la spatule en bois.

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Enfin, jetez-y un filet d’armagnac ou de cognac ou de calvados : ça sent bon et c’est prêt à déguster. Avec quel vin? m’a demandé César Compadre. Le vin de la sauce par exemple. Ici un bordeaux blanc sec pourquey-gazeau 2008 (Castelvieil)

 Bon appétit.

 Respectez votre jardin

Les champignons, pour repousser, ne doivent pas être détruits. C’est là enfoncer une porte ouverte mais les biotopes défoncés, ratissés pour opérer des razzia de chanterelles n’ont pour résultat que de scier la branche sur laquelle on est assis. Encore que l’arbre en partie ébranché reste debout et continue de croître. Pour les champignons, c’est à dire leur mycélium, les dégâts en surface empêchent leur développement donc leur « fructification ». Ainsi des lieux autrefois propices à la cueillette des chanterelles ne sont plus que souvenirs. Alors, respectez la forêt comme votre jardin si vous souhaitez continuer à jouir de ces menus plaisirs que nous partageons ici, prélevez modérément sans détériorer les lieux et … laissez les dangereux bidaou sur place.

  

Amadouvier: les feux de l’Amour

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« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort 
Nous nous vîmes trois mille en arrivant aux… pores »

La lectrice et le lecteur rectifieront d’eux-mêmes en arrivant à bons ports

En 1636, quand il publia Le Cid, Pierre Corneille ne pouvait ignorer l’existence de l’Amadouvier. Ce champignon de feu était utilisé depuis des siècles. On le retrouva en effet -rappelez-vous- dans le sac du chasseur  Ötzi découvert naturellement momifié dans le sud du Tyrol.

Vraisemblablement le chasseur préhistorique, qui avait ce tour dans son sac, ne s’en servait que pour allumer le feu. Connaissait-t-il les autres vertus prêtées à Boletus fomentarius (ainsi nommé par Linné son premier auteur en 1753)?

Selon Wikipedia « son nom renvoie à l’amadou, mot d’origine provençale qui signifie [amoureux], en allusion à sa capacité à prendre feu. Le nom binominal scientifique Fomes fomentarius se traduit, lui, littéralement par [combustible à pansements]. » Des vertus cicatrisantes et hémostatiques lui sont reconnues depuis longtemps. Plus récemment, une étude incite à trouver à Pyropolyporus fomentarius (L. ex Fr.) Teng (sa dernière appellation) un caractère antitumoral potentiel. Laissons le soin aux professionnels de la médecine de faire le tri scientifique dans l’univers des nombreux champignons dits médecinaux mais notre Amadouvier qui fait feu de tous bois et panse les petits bobos ne peut apparaître que très utile. A la question rituelle ça se mange? C’est déjà très dur de le dégager de son support qu’on a plus la force de le croquer et on ne sait pas encore s’il calme le mal aux dents. 

Il nous incite à revenir à Pierre Corneille du début de notre chronique qui, en versifiant de la prose de Molière dans son FESTIN DE PIERRE, prête à Sganarelle s’adressant à son maître Don Juan ces quelques vers:

 » Avec mon petit sens, mon petit jugement,

Je vois, je comprends mieux ce que je crois comprendre,

Que vos livres jamais ne pourroient me l’apprendre.

Ce monde où je me trouve, et ce soleil qui luit,

Sont-ce des champignons venus en une nuit?

Se sont-ils faits tout seuls?

C’était peu avant la naissance de la mycologie.

M.P.

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Bibliographie

Courtecuisse&Duhem n° 89; Bon p.320; Eyssartier&Roux p.1022; Borgarino&Hurtado p.69; Marchand T.3 pl.286

Sur le Net Champ Yves ONF Mycorance MycoDB mycocharentes

video  allumer le feu YouTube 

En mai, cool, de col en col

D’une vallée l’autre, le col est le passeur. Selon la saison largement ouvert ou boutonné très serré par la neige. Ce début mai 2017 aucune difficulté à franchir Aspin, Azet et Hourquette d’Ancizan en croisant motos, cyclistes et, au détour de chemins adjacents, peu de champignons.

Avant de monter l’Aspin depuis la vallée de Campan, petit détour au Combas en passant par le sarrat de Gaye peu avant Payolle. En haut du chemin qui descend à La Séoube court l’eau qui rigole en toute clarté et, au bord, quelquefois des mycètes. Pas cette fois mais une floraison abondante d’orchidées bleu-violet, vraisemblablement l’Orchis mâle (Orchis mascula) plutôt que Anacamptis pyramidalis (Orchis pyramidal).

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Arrêt paisible au Col d’Aspin pour porter le regard à 360° et descendre vers Arreau.

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D’Arreau à Loudenvielle, le plaisir du beau temps en montagne et celui des yeux à atteindre des sommets. Y aurait-il des morilles autour du lac? L’hôtesse de l’Office de tourisme de Loudenvielle en récolte. « Vous pourriez aller, à pied, en face! C’est pas dans mes coins mais… » Effectivement dans le bois de hêtres mêlé de noisetiers, elle est là, la tête penchée. Comme fatiguée d’avoir cru sur son pied creux. Pas d’autre congénère autour ni plus loin.

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Il convenait de redresser l’image de notre récolte.

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Couchée (à gauche) redressée (au centre) et le batonnet arc-boutant constitué sur place (en bas à droite) n’était qu’un « Pise-allez! ». Vue du haut de la tour du porte objectif ce n’était que palliatif pour multiplier un seul exemplaire avant de passer, au retour, à la micro.

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Asques non amyloïdes (J-) octosporées, spores lisses, paraphyses septées et ramifiées

Bibliographie Morchella esculenta:  Marchand t.1 n° 90,  Bon p.326, Courtecuisse n° 13, Eyssartier&Roux p.1070, Myco Db , Breitenbach t.1 3/4/5/6

 Dans le même bois de hêtres-noisetiers on retrouvait, comme à Combas, l’Orchis mâle et, lignicoles obligent en période de faible pluviométrie, quelques Polypores ciliés (Polyporus ciliatus) identifiés sans loupe grâce à leur stipe moucheté et leurs pores très fins.

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La (maigre) liste du lieu serait incomplète sans cette espèce, la Collybie aqueuse, fréquente dans les Pyrénées. 

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En fin d’après-midi, examen sous les sapins. Sol très sec tout comme ces exsiccata de Geastres. Bien difficile, dans cet état, de compter le nombre de couches de l’exoperidium pour éventuellement nous … aiguiller.

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Le lendemain il s’agissait d’aller voir si l’herbe était plus verte ailleurs. De cheminer depuis Genos vers le col d’Azet en faisant plusieurs stations au fil des chemins près de possibles stationnements automobiles. Toujours sec sous hêtres, sapins, bouleaux et point de stations … de champignons. Restait à vraiment profiter du paysage en surplombant notamment le lac de Genos-Loudenvielle. 

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Presque plus d’arbres alors. La verte prairie. Quelques taches agaricales? hygrocybiennes? Un peu de jaune à l’horizon! Un groupe de Bolbities sur bouse dans ce momentané désert sporophorique. Pas de quoi tituber mais un joli jaune d’œuf qui illumine la journée. 

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Du col d’Azet descente vers Saint Lary puis grimpette vers le col de la Hourquette d’Ancizan pour regagner Payolle et la vallée de Campan avec un détour par Combas pour inspecter un autre lieu où nous avions trouvé l’année passée quelques espèces intéressantes dont quelques unes comestibles. Cette fois rien là. Dix sept rimerait-il avec disette? Toutefois quelques marasme des oréades laissés sur place. De col en col c’était bien cool. Avec le beau temps alors que la météo semblait incertaine mais … que la montagne est belle!

M.P.  

 

 

Un 11 novembre

Quel bonheur de découvrir quelques champignons en famille, de transmettre. Certes l’années 2017 n’aura pas été très prolixe en pousses dans la région mais repasser dans quelques endroits de Martillac (33) largements ouverts au public permet de suivre l’évolution de biotopes et de leur mycoflore et, éventuellement, de succomber au plaisir de la gastronomie avec quelques délicates chanterelles (ci-dessus).

C’est surtout au bord des chemins en zone ouverte un peu humide et éclairée que nous croiserons quelques espèces

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telles ces « fausses girolle » ayant subi les affres de la sécheresse sur fond d’aiguilles de pin et quelques Amanites

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dont la citrine à l’odeur de rave, l’épaisse au pied du même qualificatif, aux squames du chapeau en « cartes de géographie » et la rougissante.

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Il est souvent utile d’observer sous plusieurs angles…

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Point de veaux, vaches, cochons sur notre parcours ni moutons sauf … pieds les clairs (ci-dessus) qui passent bien avec une viande blanche et les plus roux (ci-dessous) bien trop amers dit-on.

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A s’enfoncer sous feuillus et résineux nous ne trouverons que peu d’autres espèces,

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des Bolets des bouviers entre autres et nous nous attarderons un peu entre les fougères pour prélever quelques

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Chanterelles à pied cannelle. Avec modération bien sûr et en en laissant pour d’autres myco-gastronomes.Cuisson cocotte oignons-lardons fumés-ail puis vin blanc d’un côté, chanterelles poêlées d’un autre côté, mélanger ensemble, mijoter, lier avec crème épaisse, un trait de cognac et c’est prêt!

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La pézize « du Cèdre » sous Sequoia

210454857Beaucoup de parcs, dans les environs de Bordeaux, ont été arborés au XIXème siècle par des propriétaires qui y avaient une résidence secondaire de belle dimension et … de belle facture. Aux parcs s’ajoutaient parfois quelques rangs de vignes, territoire viticole oblige. Au fil des successions certaines de ces propriétés ont été acquises par les municipalités et le château requalifié en hôtel de ville. Ainsi en est-il de Laurenzanne à Gradignan avec un parc planté notamment de cèdres majestueux et de sequoias non moins imposants.
Nous étions habitué, depuis quelques années, à rencontrer, au pied des cèdres la pézize emblématique de ce biotope Sepultara sumneriana (Cooke) Massee = Geopora sumneriana (Cooke) M. Torre. Elle avait bien été signalée une fois tout près d’un sequioa mais d’autres observateurs avaient objecté que les cèdres n’étaient pas loin… Cette espèce serait-elle exclusive du cèdre? Dans la littérature, la pézize dite du cèdre est mentionnée aussi « plus rarement sous les ifs ».2720081466

D’année en année, vers le printemps, nous constations que la présence de ce champignon sphérique très enterré se faisait de plus en plus rare sous les cèdres de Laurenzanne. En 2016 il y était inexistant. En mars 2017 (les 13 et 24 mars) il n’est apparu dans ce parc que sous un Sequoia giganteum.4158960761Macroscopiquement cette sphère brune (longs poil, bruns sur la face externe de l’apothécie) très enterrée et souvent très près de l’arbre hôte, s’ouvre en étoile et offre au regard son hyménium blanc à crème.3674926675Microscopiquement (observations ici dans le liquide de Lugol) les asques sont à sommets non amyloïde (J-), les paraphyses étroites et renflées à leur extrémités, les spores souvent uni ou bi-guttulées, les poils du trichoderme sont septés. Dimensions sporales de notre récolte du 24 mars: (26,4) 26,7 – 30,6 (32,2) × (12,7) 13,6 – 15,8 (16) µm Q = (1,7) 1,8 – 2,07 (2,1) ; N = 24 Me = 28,5 × 14,9 µm ; Qe = 1,922598840912944929208.jpg

M.P.

Un blafard macro micro

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Mi-juillet, dans une propriété privée de Canéjan en Gironde, à l’abri de chênes, poussaient trois bolets aux pieds rouge (très réticulé pour le plus mature). A la coupe nous nous attendions à voir entre chair et tubes du chapeau la ligne de Bataille (du nom du mycologue qui l’a décrite), ce liseré rouge au-dessus des tubes qui caractérise, entre autre, le Bolet blafard. Cette ligne n’était pas évidente. Avait-elle été estompée par le bleuissement très marqué à la coupe? La variabilité de B. luridus (l’espèce compte plusieurs variétés) invitait à vérifier d’autres caractères.En étalant, par exemple, un réactif iodé sur le stipe nous avions bien une réaction bleu noir et ce même stipe était réticulé en mailles très allongées écartant l’hypothèse B. queletti bien que la base du pied de notre récolte apparaisse, à l’intérieur, presque rouge betterave.

L’amyloïdie des hyphes de la base du pied, le réseau rouge vif et le chair qui virerait au violet incline à penser que nous avions peut-être là la variété Erithroteron (Bezdëk)  Pilát & Dermek en tous les cas un Boletus luridus au sens large (s.l.).

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Microscopiquement, basides, cystides, spores et dimensions sporales concordent avec nos recherches dans la littérature. Manque l’étude de l’epicutis que nous n’avons pas faite.

En ce qui concerne la comestibilité de cette espèce les avis divergent du comestible bien cuit au « à éviter » nous nous rangerons à ce dernier avis en raison notamment des risques de confusion chez les bolets à pores rouge.

D’autant que le propriétaire qui nous avait invité à découvrir ces bolets à pied rouge avait dans son jardin, toujours sous chênes, une autre espèce (ci-dessous) qui ne posait aucun problème de comestibilité!

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Contrairement aux apparences de ce montage, celui de gauche était plutôt gros et celui de droite bien plus petit et très ferme. A la chair blanche, comme un cèpe contrairement à notre Bolet blafard (ci-dessous);

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Bibliographie:

Myco Db

Pierre Roux Mille et un champignons p.69; Breitenbach T.3 n°12; Eyssartier&Roux p. 98; Eyssartier&Coustillas&Lacombe p.136; Borgarino&Hurtado p. 127; Courtecuisse n° 1685; Bon p. 38.

Oreille de Judas macro micro

Puisqu’il convient de placer une légende sous une photo, rappelons que la Légende, justement indique que Judas, pris de remords après sa trahison, se serait pendu à un sureau, l’essence d’arbre où l’on trouve le plus souvent (ce n’est pas la seule) ce champignon dont la forme rappelle celle d’une oreille. Tirer l’oreille avec l’objectif macro trouve ici quelque transparence en jouant avec la lumière.

Notre récolte a été faite le 20 mai 2017 au Parc du Burck à Mérignac (33) sur vieux tronc décortiqué de sureau (Sambucus nigra) repéré par Martial Theviot  lors d’une balade naturaliste. Les photos publiée dans cette note ont été prises après récolte donc non in situ.

Oreille de Judas, Auricularia auricula-judae, Le Burck Mérignac,

Côté micro (ci-dessus) les spores sont notamment en « banane » (à droite) et les basides comportent des « cloisons transversales » comme remarqué par Eyssartier & Roux**. Les poils de la face externe sont assez longs (à gauche) .

Bibliographie: ** Eyssartier&Roux page 1038; Breitenbach&Kränzlin tome 2 n°7; Marchand tome 1 n°83; Courtecuisse&Duhem n° 47; Bon page 324;  Mycodb

Oreille de Judas, Auricularia auricula-judae, Le Burck Mérignac,

M.P.