Mémoire de Truffes: 1_ M. comme Melanosporum et Monflanquin

S’il est une ODEUR de champignon qui reste en mémoire c’est bien celle de LA TRUFFE DU PERIGORD. Début 2008 nous étions à Monflanquin en Lot-et-Garonne chez Guy Joui et découvrions, sur ses terres, l’art du cavage en compagnie d’Yvette et Roland Dabos et de leurs amis de l’Association des producteurs de cèpes et champignons du Lot-et-Garonne alors présidée par Rose Pons.

Une relation de cette journée mise en ligne sur Aqui.fr le 30 mai 2008 est toujours consultable sur ce site. Retour sur cette très agréable expérience et quelques angles d’approche.

Le cavage

 On entend par cavage la récolte de ce champignon qui se développe et « mûrit » sous terre. Selon les espèces de truffes (Tuber melanosporum n’en étant qu’une parmi d’autres), les profondeurs où elles se trouvent varient. Les animaux au flair plus affûté que les humains sont mis à contribution. Par l’odeur alléchés chiens, cochons vont, à peu près, droit au but. Le jeu consiste, sans détériorer les truffières, à ne ramasser que des « fruits mûrs » que détecte aussi une mouche minuscule qui y pond ses œufs.

A la poursuite du diamant noir sous la castine de Monflanquin

Sous ce titre, en 2008, nous écrivions ces quelques lignes:

Tuber melanosporum, la truffe du Périgord, surnommée diamant noir, s’est raréfiée. Sa production annuelle en France serait passée en effet de 1000 tonnes à la fin du XIXème siècle à 50 tonnes aujourd’hui. Au marché de Lalbenque, dans le Lot, seulement 20 kilos de « mélano » ont été vendus le 10 mars (2008 NDLA) aux professionnels au prix de 400 à 650 euros le kilo. Pourtant, 300.000 arbres truffiers sont plantés chaque année et ils sont bien mieux mycorhizés aujourd’hui que les chênes verts et autres noisetiers d’antan. Pour autant, malgré ces efforts, des récoltes plus abondantes de truffe tardent à venir.

La symbiose du végétal et du champignon est vitale. Le champignon, qui n’a pas la fonction chlorophyllienne, reçoit de l’arbre le carbone et lui apporte eau et sels minéraux. Cette union pour le meilleur c’est la mycorhize. Elle s’opère au niveau de manchons entourant les radicelles, où s’unissent arbre et mycélium. Les truffes souterraines, porteuses des spores reproductrices, ne seront trouvées qu’au bout d’un certain temps selon l’essence de l’arbre truffier, la nature du sol, l’hygrométrie et bien d’autres paramètres connus en laboratoire mais difficiles à maîtriser et reproduire sur le terrain. Les zones de « brûlé » témoignent de la présence de mycélium et en observant les craquelures du sol, Helomyza tuberivora, petite mouche rousse qui pond ses œufs sur les truffes mûres et odorantes ou grâce au flair d’un animal, le cavage portera son fruit noir à la lumière.

Guy-Joui,-la-castine.jpgQuand Guy Joui créa sa truffière, en 1983 à Monflanquin, sur une terre argilo-calcaire où étaient cultivées jusqu’alors des céréales, les arbres qu’il planta n’étaient pas seulement « ensemencés » avec de la melanosporum. Il s’en rendit compte quelques années plus tard quand il récolta aussi Tuber rufum (la truffe nez de chien) et Tuber aestivum (la truffe d’été). Aujourd’hui son terrain d’expériences s’est considérablement agrandi avec des essences diverses bien « mélanosporées ». Sur quatre hectares et demi, l’ancien commissaire de police peaufine sa longue quête du diamant noir qu’il poursuit, qu’il séduit par mille attentions et déniche sous terre avec gourmandise et passion.

Castine et micro faune

« La première installation date de 83 puis il y eut celles de 90, 92, 95 et 98. Avant 1990 les ensemencements d’apports d’origine étaient de variétés indéterminées d’où les rufum et aestivum. Ensuite ce n’est que de la melanosporum qui est apparue, cela à quinze centimètres maximum du sol de mi-novembre à fin février » nous confiait Guy Joui.

culture-enherbée.jpg« La culture est enherbée et je rajoute une couche de castine qui favorise la micro faune et donne un système racinaire remontant sous la couche de granulat. Nous avons des chênes verts et pubescents et un arboretum de tilleuls, chênes kermes, cèdres, pins d’alep et noisetiers. Ces essences proviennent de tous les endroits de France et se sont bien adaptées sur ce terrain de calcaire blanc agenais du Crétacé avec une proportion de 16 % d’argile. » Guy Joui aime partager toutes ses données, les échanger avec ses amis producteurs de truffes en particulier ceux de l’Association des producteurs de cèpes et champignons sylvestres du Lot-et-Garonne. Cette saison (2007-2008 Ndlr), dit-il, il a connu un problème de pourrissement alors que l’année précédente était meilleure. Sur l’ensemble de ses récoltes il constate « une courbe croissante ».

Pilou pile dessus
La race de Pilou est certes indéterminée mais c’est avec détermination qu’il entre dans la truffière avec Lucien Perier, son maître et dresseur.Recherche-près-des-brûlés.jpg

 

 

On sent chez ce bâtard, au flair aiguisé par les cavages précédents une sympathique impatience, celle des chiens tirant sur leur laisse le jour de l’ouverture. Il va démontrer que sa truffe trouve la truffe. Du flair chez l’ancien commissaire devant des visiteurs très policés et attentifs autour des brûlés, un chien du feu de Dieu qui reçoit sa récompense à chaque découverte. Pilou tourne et s’arrête pile dessus, gratte délicatement la terre et Lucien finit de mettre au jour les diamants noirs sous la castine blanche.

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Les spores au microscope pour ne pas se tromper

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Comment ne pas se tromper dans l’identification d’une truffe ? Melanosporum ou pas ? L’odeur bien sûr, la couleur aussi, la forme des verrues externes également, les veines noires à la coupe si l’on peut trancher dedans mais le diagnostic est quasi certain au microscope.

 Les truffes (genre Tuber) sont des ascomycètes. Les spores qui vont assurer la reproduction de l’espèce sont contenues dans des asques, des sacs à graines en quelque sorte. On compte en général quatre spores de quelques microns dans chaque asque. Avec un grossissement de quatre cents fois, dans un réactif adéquat et pourquoi pas tout simplement dans l’eau, on distingue au microscope leur forme et surtout leur ornementation. A mille fois, avec un objectif à immersion, le résultat est plus précis.
Les spores échinulées, comme portant des épines, de la truffe du Périgord (melanosporum) sont tout à fait différentes de celles réticulées, comme dans un filet, de la truffe d’été (aestivum). De même on ne pourra pas les confondre avec celles, comme poilues légèrement, de la truffe nez de chien (rufum). Le mycologue que j’essaie d’être a découvert là aussi un monde merveilleux. L’odorat, le goût, la vue, la truffe rassasie aussi l’esprit. Son habitat hypogée force à creuser le sujet. Le bonheur est dans le pré, courez-y vite entre chênes, noisetiers, pins, cèdres et tilleuls sous la castine, dans les brûlés.

                                                                                                Textes et photos Michel Pujol

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Marchés de la Truffe: Messieurs les Sarladais tirez les premiers

Si le Cèpe « est de Bordeaux », la Truffe noire « est du Périgord ». Aussi parait-il naturel, voire consubstantiel, qu’elle apparaisse, en Aquitaine, proposée à la vente, d’abord sur des étals de Dordogne ce week-end à Sarlat puis à Bordeaux deux semaines après.

Donc avis aux amateurs. Sarlat a du goût (cliquez sur le lien précédent) Les 19 et 20 janvier, dit l’annonce, laissez vous tenter par la Fête de la truffe pendant laquelle « la ville de Sarlat sera livrée le temps d’un week-end à la saveur raffinée du foie gras et aux arômes subtils de la truffe ». Et l’annonce de poursuivre « Une manifestation populaire où chacun pourra déguster ces produits nobles et rencontrer les grands noms de la cuisine française. »

Les 2 et 3 février Cour Mably à Bordeaux se déroulera un Grand marché de la truffe. Une manifestation qui devient traditionnelle dans la capitale régionale où l’on retrouve les producteurs de plusieurs départements dont des Périgourdins. La Truffe noire n’est-elle pas du Périgord?

M.P.   

Après les cèpes d’autres comestibles: cinquième volet CUEILLIS SUR L’ARBRE

« Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)« , publié sur le site du journal Sud Ouest dans le Cercle des idées la suscité l’année dernière un certain engouement. Nous avons repris cet article  en version plus longue sur le site « A la poursuite des champignons ».

D’autres comestibles? Après quelques conseils avant cueillettes ,  un focus sur les Coprins , un autre sur les Girolles , un quatrième consacré aux Chanterelles , voici un cinquième volet autour de quelques lignicoles.

Munis des quelques conseils de prudence évoqués lors du premier volet allons à leur rencontre.

Ils poussent sur les arbres, leurs souches ou ce qu’il en reste à terre. Voici quatre lignicoles, deux sauvages et deux autres cultivés. Un carré d’as comestibles : la « Souchette » du peuplier, le Polypore soufré, le Shiitaké et le Pleurote en forme d’huître.

Têtes tendres et pieds de bois

Autrefois Agrocybe, aujourd’hui Cyclocybe, notre Souchette de Nouvelle Aquitaine n’en garde pas moins la même tête (cybe du préfixe grec kubê = tête). Au diable l’étymologie mais gardons la tête tendre et rejetons le pied trop dur quand il s’agit de consommer ce champignon  très savoureux après cuisson quand il est jeune.

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Nous le trouvons généralement de mars à novembre à terre sur du bois enterré (ci-dessus à gauche), au pied ou sur l’arbre (ci-dessus à droite) plutôt en symbiose avec les feuillus et en particulier avec le peuplier dont il apprécie les troncs coupés qu’il habite plusieurs années de suite.

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Le reconnaître? Son allure et sa coloration varient au fil de son évolution (ci-dessus de gauche à droite). Très jeune, le chapeau est brun-violet puis s’éclaircit à maturité avec une marge claire et le centre du disque brun chocolat, brun chaud, ocracé sale. L’odeur de lait caillé, agréable laisse la place sur le tard (à droite) à une fragrance forte de « vieux tonneau ». Les lames serrées foncent peu à peu en parallèle à la couleur du dessus du chapeau. L’anneau membraneux et fugace est tout en haut du pied long qui devient très vite coriace. Il semble difficile de le confondre avec une autre espèce mais on veillera, par exemple, à ne pas avoir affaire à des Armillaires .

Objets de cultures

Deux autres lignicoles font l’objet, à l’instar du Champignon de Paris, de cultures. Il s’agit du Shii-take  connu depuis au moins deux millénaires en Chine et au Japon et du Pleurote en huître bien plus européen. Ces deux espèces sont proposées à la vente au détail sur les étals presque toute l’année et des kits de culture figurent dans les rayons de jardineries.

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En dehors de la facilité des kits tout prêts il nous a été (merci Yvette et Roland) possible d’ensemencer des bûches de chêne avec le mycélium de Lentinula edodes et d’obtenir ces champignons asiatiques auxquels on prête de très bonnes vertus. Marche à suivre? Cliquez sur ce lien . Tout le monde n’est pas égal face à la consommation des champignons. Certaines personne peuvent développer, après ingestion, des allergies et d’autres pas. Des cas de dermatite flagellaire sont survenus après consommation de Shii-take apparemment pas suffisamment cuits.

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A l’état sauvage, présent dans nos régions, le Pleurote en huître est l’hôte de feuillus. Tout comme le Shii-take, selon la même procédure vue plus haut, il peut être ensemencé et, plus facilement sur des bûches de peuplier (ci-dessus à droite et ci-dessous en haut à droite). Dans la sciure étalée dans un cageot de bois blanc ça marche aussi (ci-dessous en bas).

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A la découverte du « chicken of the woods »

Passons du latin à l’anglais sans pour autant faire du comestible-brexit et découvrons le Polypore soufré . Laetiporus sulphureus, en latin, pousse sur différentes essences de feuillus  et présente de larges éventails jaune orangé superposés comportant des bandes plus foncées en bord de chapeau. Un champignon difficile à confondre avec d’autres polypores.

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A propos de sa  comestibilité  on lira, en suivant le lien précédent et en allant à la fin de l’article référencé,  que ce champignon peut provoquer des désordres gastro-intestinaux chez certaines personnes sensibles. Cela a été détecté récemment. Pour l’avoir consommé fréquemment nous pouvons témoigner que nous retrouvons à la dégustation un goût proche de l’escalope de poulet qui lui a valu, chez les habitants de l’est de l’Amérique du Nord, l’appellation de « Chicken of the woods ».

Presque comme des frites

Pour le cuisiner, en étant sûr de son identification, on ne gardera que les parties tendres de l’extrémité des chapeaux. En les pinçant entre le pouce et l’index on testera leur souplesse. Dur ou friable: à rejeter.

 A découper par exemple en lanières puis faire perdre un peu de son eau par un passage au micro-ondes. Essorer. Poêler dans de l’huile et assaisonner.

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Comme on l’a vu au cours de cette série proposée par le Cercle des idées de Sud Ouest, développée sur  Myco33 et sur le site A la poursuite des champignons, il n’y a pas que les Cèpes. Ceux que nous avons mangé lors de la pousse tardive de cet automne en Nouvelle Aquitaine étaient quand même très bons.

Michel Pujol

Petite bibliographie
Outre les liens dans le texte de cette chronique invitant notamment à visiter 
la base de données mycodb et le blog A la poursuite des champignons citons quelques ouvrages spécialisés utiles.
-Courtecuisse&Duhem Guide des champignons de France et d’Europe.
-Eyssartier&Roux Le guide des champignons France et Europe.
-Eyssartier&Roux L’indispensable guide du cueilleur de champignons.

 

 

Après les cèpes d’autres comestibles: quatrième volet LES CHANTERELLES

« Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)« , publié sur le site du journal Sud Ouest dans le Cercle des idées la suscité l’année dernière un certain engouement. Nous avons repris cet article  en version plus longue sur le site « A la poursuite des champignons ».

D’autres comestibles? Après quelques conseils avant cueillettes ,  un focus sur les Coprins , un autre sur les Girolles , voici un quatrième volet consacré aux Chanterelles.

Munis des quelques conseils de prudence évoqués lors du premier volet allons à leur rencontre.

 Nous appelons Chanterelles (genre Craterellus) d’autres champignons que les Girolles (genre Cantharellus). Une distinction qui a évolué dans le temps. Dans l’édition 2004 du Marcel Bon (Champignons de France et d’Europe occidentale), par exemple, la Chanterelle en tube (aujourd’hui Craterellus tubaeformis ) se nommait Cantharellus tubiformis. De quoi y perdre … son latin mais l’important n’est-il pas de savoir de quoi l’on parle ?

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Donc quid des Chanterelles ?

  Plusieurs espèces, toutes comestibles, à plis plus ou moins prononcés sous le chapeau. Les deux plus fréquemment récoltées en Nouvelle Aquitaine sont la Chanterelle jaune et la Chanterelle en tube (à gauche et à droite ci-dessus). Les deux apparaissent plutôt en fin d’année, en octobre, novembre, décembre et même en janvier si les gelées les ont épargnées.

La première, assez connue des cueilleurs, fréquente les pinèdes et s’épanouit en grand nombre sur la Côte océane. Sous le chapeau, en entonnoir brun jaune plus ou moins foncé, les plis ne sont pas très marqués voire presque … lisses, veinés. Le pied fragile et élancé est d’un jaune éclatant. La seconde, plus terne, est bien plus charnue. Sous le chapeau, toujours en entonnoir un peu plus aplati que la précédente, les plis fourchus sont bien plus affirmés. Son pied de plus en plus tubulaire en grandissant l’a fait nommer Chanterelle en tube. Elle se plait aussi sous les pins mais on la trouve également sous les feuillus, souvent dans des endroits moussus.

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 Bien d’autres espèces sont gustativement intéressantes dans le genre Craterellus telle la Chanterelle cendrée (ci-dessus, trouvée en altitude). La plus connue des Craterellus et très recherchée parce qu’elle peut être conservée séchée et agrémenter les plats en sauce ressemble un peu à la photo ci-dessus mais est bien plus noire avec le dessous du chapeau lisse. Vous avez trouvé bien sûr. Il s’agit de la Trompette des morts (Craterellus cornucopioides).

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Il parait difficile de confondre nos deux Chanterelles avec d’autres espèces. Le risque est de se précipiter sur ces petits champignons et, en même temps, d’en ramasser d’autres qui poussent entre et à côté. Ainsi des cortinaires sont parfois mélangés dans le panier et passent à travers les mailles d’un tri indispensable en toutes circonstances. La fausse Girolle, avec des lames et non des plis, peut être confondue avec C. lutescens qu’elle voisine -dans les mêmes biotopes- mais Hygrophoropsis aurantiaca  n’est généralement pas toxique. Signalons toutefois que des cas d’allergies ont été signalés avec la fausse Girolle.

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Cueillir les Chanterelles, une à une, sur place avec des ciseaux c’est gagner du temps au nettoyage et aussi les identifier facilement. En grosse quantité ? Ne pas saccager les lieux de pousse. Par respect certes mais pensons aussi à se donner plus de chances d’en retrouver l’année suivante au même endroit. Et puis ces champignons, très riches en fibres, doivent être consommés avec modération. Pourquoi risquer avec de grosses quantités … une occlusion intestinale !

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Comment les préparer ? Sautées à la poêle, salées, poivrées, aillées. Facile et rapide. Pourquoi ne pas passer un peu plus de temps pour une recette aux petits oignons.

Chanterelles à la crème

Recette allant aussi bien avec les « pied jaune » que les « tube » qui nous avait été transmise, il y a quelques années, au pied du marbre de « Sud Ouest » par Christian Desbrosses, metteur en pages, fin chercheur et goûteur. Aucun reproche reçu de la part des amis avec qui nous  avons partagé, à notre table, ces « chanterelles à la crème ». Notre préférence va toutefois aux Craterellus lutescens à la texture plus souple et fondante mais avec les Craterellus tubaeformis (photos ci-dessous) c’est pas mal non plus.

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Ingrédients : outre les chanterelles, ail, échalote, oignons, lardons fumés, crème fraîche, vin blanc sec, cognac ou armagnac ou calvados. Il n’est pas nécessaire de saler et poivrer à cause des lardons fumés. Ne le faire qu’à la fin de la préparation si on trouve le plat peu relevé à son goût. 

Séparément :

  • – faire revenir les chanterelles à la poêle dans un peu d’huile d’arachide ou d’olive après les avoir nettoyées et fait rendre de leur eau (éventuellement au micro-ondes)
  • – dans une cocotte en fonte, faire roussir les lardons fumés puis ajouter ail, oignon et échalote coupés en petits morceaux. Laisser fondre doucement. Mouiller avec le vin blanc sec et laisser mijoter tranquillement.

Ensemble :

  • – dans la cocotte, ajouter les chanterelles à la sauce, mouiller avec un peu de vin blanc, mélanger et laisser mijoter.
  • – lier chanterelles et sauce avec de la crème fraîche. Laisser mijoter en tournant lentement à la spatule de bois.
  • enfin, jetez-y un filet d’armagnac ou de cognac ou de calvados : ça sent bon et c’est prêt à déguster.

Michel Pujol

Petite bibliographie

Outre les liens dans le texte de cette chronique invitant notamment à visiter la base de données mycodb et le blog A la poursuite des champignons citons quelques ouvrages spécialisés utiles.

-Courtecuisse&Duhem Guide des champignons de France et d’Europe p. 49, 87 et 88, n°110 à 113 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux Le guide des champignons France et Europe p. 592 à 597 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux L’indispensable guide du cueilleur de champignons p.32 à 37 (pour édition 2014).

 

  

Après les cèpes d’autres comestibles: troisième volet LES GIROLLES

« Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)« , publié sur le site du journal Sud Ouest dans le Cercle des idées la suscité l’année dernière un certain engouement. Nous avons repris cet article  en version plus longue sur notre site « A la poursuite des champignons ».

D’autres comestibles? Après quelques conseils avant cueillettes  et un focus sur les Coprins voici un troisième volet consacré aux Girolles.

 Plusieurs espèces, à plis sous le chapeau, de plusieurs nuances de … jaune, apparaissant tôt ou plus tard dans l’année et appartenant au genre Cantharellus sont appelées Girolles. Celles et ceux qui les consomment fréquemment les apprécient et estiment, peut-être, qu’il est difficile de se tromper pour les identifier. Il n’en demeure pas moins que tous les ans figurent sur la Mycoliste des cas d’intoxications avec le Clitocybe dit de l’olivier (Omphalotus olearius) ou le Faux clitocybe lumineux (Omphalotus illudens) « pris pour » des Girolles. En revanche la confusion avec La fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca), appelée aussi Fausse chanterelle, est sans conséquence car elle est comestible mais bien moins goûteuse que les « vraies » Girolles.

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Les reconnaître ? Les différentes espèces de Girolles (genre Cantharellus), toutes comestibles, apparaissant pour la plupart de juin à novembre, ont des plis et non des lames sous leurs chapeaux en creux à maturité (« turbiné »). On distingue bien ces plis en y passant le bout du doigt qui y glisse sans les casser. Les Chanterelles (genre Craterellus) qui sont aussi toutes comestibles (elles seront l’objet du prochain volet) ont aussi des plis. Une Girolle n’est pas une Chanterelle et vice-versa.

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Le terme Girolle recouvre plusieurs espèces qui poussent en troupes le plus souvent, sous feuillus, sous conifères, en bord de chemins, sur sols en majorité non ou peu calcaires. Nos plus belles rencontres de Girolles l’ont été en montagne sur les pentes moussues bien exposées à la lumière, humides mais bien irriguées. Si les biotopes ne sont pas trop dégradés par la pression de l’Homme, d’année en année, on retrouve ces champignons sur les mêmes stations.

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Cantharellus pallens, (la Girolle pruineuse) est souvent présentée sur les marchés comme étant Cantharellus cibarius (La Girolle) remarquent notamment Eyssartier&Roux. La première est plus pâle (jeune, pruine blanche sur le chapeau) que la seconde très jaune vif et aussi l’odeur « fruitée et agréable » est plus forte chez C. cibarius.

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Un peu comme l’artiste et le sosie de l’artiste mais chacune joue parfaitement sa partition pour le plus grand plaisir du goûteur. Dans les petits modèles on trouve Cantharellus friesii donc pas grand-chose à se mettre sous la dent mais une mignonette à couleur et odeur d’abricot.

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Parmi les autres espèces citons la Girolle améthyste (Cantharellus amethysteus) qui se reconnait grâce à la présence d’une coloration violacée sur son chapeau apportée par des « mèches » ou une ponctuation. Une loupe peut être utile pour ne pas les … louper.

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Ne pas confondre

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Nous l’évoquions en début de cette chronique, des intoxications assez sévères (syndrome résinoïdien) se produisent en consommant, Omphalotus illudens et Omphalotus olearius, plus méridional, en croyant avoir affaire à des girolles. Ce sont alors, très rapidement après ingestion, douleurs violentes, nausées, vomissements, diarrhées. Le même syndrome que pour le groupe des bolets de B. satanas. Bien que poussant en touffes sur du bois, ayant des lames et non des plis, de dimensions plus importantes, le Faux clitocybe lumineux et le Clitocybe de l’olivier sont confondus avec des girolles !

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Elle porte des lames et non des plis. Elle a la taille et un peu la couleur, en plus orangé, des girolles. Elle ne pousse pas sur du bois mais à terre de septembre à décembre. On la trouve souvent sur des terrains remués à proximité de résineux et … de Chanterelles à pied jaune (Craterellus lutescens) ainsi que, parfois, quelques Bolets bai. La Fausse girolle était classée « comestible ». Quelques cas d’allergies avec cette espèce ont été signalés. Gustativement, Hygrophoropsis aurantiaca, la « fausse » est bien loin de valoir les « vraies » si nous faisons appel à de très lointains souvenirs personnels de dégustation.    

Au poil poêlée

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Leur chair est ferme et beaucoup ont un faible pour les girolles. Un ostréiculteur de nos amis confiait très récemment qu’il les préférait aux Cèpes. Après les avoir fait doucement réduire et tendrement sauter à la poêle dans un peu d’huile d’olive, pourquoi ne pas y associer quelques œufs de poules qui, comme elles, aiment à chercher leur nourriture dans la nature. 

Du jaune sur du jaune, assaisonnées à votre goût … en puisant modérément dans le panier de la cueillette.

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Michel Pujol

Petite bibliographie

Outre les liens dans le texte de cette chronique invitant notamment à visiter la base de données mycodb et le blog A la poursuite des champignons citons quelques ouvrages spécialisés utiles.

-Courtecuisse&Duhem Guide des champignons de France et d’Europe p.31, n°109, n° 1610 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux Le guide des champignons France et Europe p. 586 à 591 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux L’indispensable guide du cueilleur de champignons p.40 à 47 (pour édition 2014).

 

  

 

Après les cèpes, quelques comestibles: deuxième volet Les Coprins d’abord

Après l’intérêt suscité chez les lectrices et lecteurs du Cercle des idées de Sud Ouest par Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)  et sur notre site, nous vous invitons à poursuivre la découverte (ou peut-être une meilleure reconnaissance) d’autres espèces de ces champignons sauvages réputés comestibles.

Munis des quelques conseils de prudence évoqués lors du premier volet allons à la rencontre du Coprin chevelu (Coprinus comatus), une espèce goûteuse, comestible très jeune, qui ne laisse pas de poils sur la langue à la dégustation et méfions-nous notamment du Coprin noir d’encre toxique avec de l’alcool et admirons seulement la beauté du Coprin pie.

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Le reconnaître ? Sur le montage photo ci-dessus le Coprin chevelu vieillit (de gauche à droite). Au début la silhouette est oblongue, les « mèches » du chapeau bien allongées et appliquées sur le revêtement externe. Le pied engoncé dans le chapeau paraît court à la base. Si vous tranchez alors le chapeau en deux vous verrez des lames blanches libres, serrées, dont la base commence à rosir. Puis ces lames vont noircir en même temps que les spores murissent, les « cheveux » blancs se détacher sur fond noir, le bord se retrousser, le pied s’agrandir par rapport à l’ensemble et le basidiophore finir en bouillie reproductrice. C’est la déliquescence. Sa fin ?

 Non : cela peut être sa possible renaissance dans le sol nourricier « d’inhumation ».  Les spores tombées à terre germent, donnent naissance à des mycéliums primaires qui, si de polarités différentes, s’accouplent en mycéliums secondaires lesquels se propagent en absorbant tous les nutriments à l’entour. Généralement d’avril à novembre, quand les conditions d’éclosion reproductrices sont favorables (masse mycélienne, hygrométrie, température etc.) une nouvelle génération de Coprins surgit, en bordure du mycélium enterré, alignés plus ou moins en arc de cercle.

C’est une espèce saprophyte qui se nourrit du substrat sur place. Il se plait dans les sols plutôt aérés et remués, riches en décompositions végétales, fumures. Aussi le trouve-t-on   dans les prés, en bord de routes, terrains vagues, friches, décharges, pelouses récentes. On se gardera de le cueillir, en vue d’une consommation, dans les endroits pollués en particulier au bord de routes fréquentées par les véhicules à moteur car ce Coprin, comme d’autres espèces, concentre notamment le plomb.

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     Les êtres vivants (le règne des champignons en fait partie) sont surprenants et, pourrait-on dire, parfois facétieux. Celui-ci (ci-dessus) avait émergé il y a une dizaine d’années environ entre deux pavés autobloquants de notre propriété. Un « enfant unique » non issu d’une culture in vitro mais curiosité de Dame Nature. Dans ce cas on ne pouvait pas parler de sol engraissé sinon de sable sur un terrain plutôt argileux. Aucune autre « percée » identique ne s’est produite depuis.

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 Les terrains sableux, la proximité de feuillus ou de résineux (ci-dessus Coprin chevelu et épicéas) ne le dérange pas.

Ne pas confondre

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Après l’avoir décrit ainsi que ses lieux et périodes de pousse tentons d’évoquer les confusions possibles bien qu’en matière de champignons on reste confondu par de trop fréquentes confusions souvent, il est vrai, liées à des appellations vernaculaires (locales). Le Coprin pie, à rejeter, café au lait éméché de blanc jeune (ci-dessus à gauche) évoque le port du Coprin chevelu. Plus âgé (à droite) il s’en différencie franchement et, par ses couleurs blanc et noir bien contrastées, rappelle le plumage de l’oiseau voleur ou qui chante selon les poches de bonbons du même nom. On ne le sucera pas d’autant que l’odeur est désagréable.

Boire et déboires

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  On entend souvent dire « pas d’alcool avec le coprin ». En fait nous n’avons jamais connu d’effet désagréable en arrosant en bouche avec modération nos coprins chevelus (accommodés comme on le verra plus bas) avec vins ou apéritifs divers. Ce n’est pas le cas avec son « cousin » le Coprin noir d’encre (Coprinopsis atramentaria) qui pousse le plus souvent en touffes dans pratiquement les mêmes biotopes (photos: ci-dessus Coprinus atramentarius var. squamosus et ci-dessous Coprinopsis atramentaria s.s.).  Il est plus ovoïde puis conico-convexe.

Coprin chevelu, Coprin noir d'encre, Coprin pie

Consommé accompagné d’alcool il est responsable de l’effet antabuse . Comme on le lira en suivant le lien précédent c’est particulièrement désagréable ce d’autant que cet effet perdure encore pendant 2 à 5 jours en ne buvant que de l’alcool sans le champignon encore à l’origine du syndrome coprinien avec ses effets cardio-vasculaires, malaise, céphalées, sueurs entre autres désagréments. Dévisagez bien les supposés chevelus avant dégustation !

Recette de coprins pour copains

Pour de vrais amis, vous avez quelques coprins (les vrais chevelus) encore jeunes, aux lames surtout et absolument encore blanches, ramassés le jour même et conservés non tassés au réfrigérateur.

Recette-chevelu.jpg

Brossez délicatement les têtes des chevelus. Pas de poux mais un peu de sable à écarter.

  • Coupez-les en deux dans le sens de la hauteur.
  • Jetez les pieds et ne gardez que les demi-chapeaux.
  • Un peu de fleur de sel et de beurre à votre goût dans le creux des demi-chapeaux.
  • Passez 10 à 15 secondes à four chaud, plus de temps selon quantité.
  • Au micro-ondes, c’est pas mal non plus.
  • Très surprenant à l’apéritif 

                                                                                                                                             MICHEL PUJOL                                                                                                                                                                  

Petite bibliographie :

A la poursuite des champignons

viagallica.com

Régis Courtecuisse & Bernard Duhem Guide des champignons de France et d’Europe (2011 p. 32 et 61, n° 758 à 781)

Guillaume Eyssartier & Pierre Roux Le guide des champignons France et Europe (2011 p. 40, 922, 932 et 936)

 

Prochain volet:  Les Girolles

Après les cèpes, quelques comestibles: premier volet « La modestie n’est pas une vertu, seulement de la prudence. »

Après l’intérêt suscité chez les lectrices et lecteurs du Cercle des idées de « Sud Ouest » par Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver) , et sur notre site, en version plus longue, par La magie du cèpe , nous vous invitons à découvrir (ou mieux reconnaître) d’autres espèces de champignons sauvages réputées comestibles.

Nous empruntons à George Bernard Shaw (1856-1950) le titre de ce premier volet consacré à quelques informations avant cueillette. Nous pourrions y adjoindre cette citation de Josué Mwenibamba : « C’est avec prudence et modestie qu’on évite tous les pièges de la bouche. » Parce que la pratique de la mycologie conduit à remettre en cause les acquis d’hier et, surtout, parce que tel champignon consommé autrefois apparemment sans problème se révèle être aujourd’hui à l’origine d’intoxications sévères voire létales.

Bidaou-article

Ainsi en est-il, par exemple, du Bidaou (Tricholoma auratum) bien connu dans les pinèdes de notre littoral. Jusqu’en 2001, relève l’Anses , le Bidaou a été considéré comme « excellent comestible » puis est passé au statut de champignon toxique, dorénavant interdit à la vente, à l’importation, à l’exportation ou à la distribution à titre gratuit à l’état frais ou transformé, sous quelle que forme que ce soit. Cela en raison d’un épisode de surconsommation en 2001 ayant conduit à trois décès.

Amanita-phalloides-article

Reconnaître les espèces les plus dangereuses participe de la prudence élémentaire. En premier lieu l’Amanite phalloïde (Amanita phalloides) et ses « proches » verna-et-virosa-articleA. vireuse (A. virosa), A. printanière (A. verna), un groupe responsable de plus de 90% des intoxications mortelles. A titre indicatif, entre le 29 juin et le 18 octobre 2015 (cf. lien Anses cité plus haut) les Centres antipoison et de toxicovigilance ont enregistré 1039 cas d’intoxications humaines par les champignons dont un décès et 12 cas graves.

En collaborant à la Mycoliste nos collègues mycologues et nos amis des CAPTV observent en période de pousses des « pics » d’intoxications présumées ou avérées dues le plus souvent à des confusions entre espèces. Nous essaierons, au fil de ces chroniques, de décrire quelques espèces comestibles et leurs confusions possibles mais à toute récolte « à déguster » s’applique quelques règles de modestie et de prudence :

–       N’avoir aucun doute sur l’identification de chaque champignon ramassé (si besoin adressez-vous à un vrai spécialiste). Ne prélever en entier que les exemplaires sains et reconnaissables (mangeriez-vous de la viande pourrie avec des moisissures ?). Au moindre doute s’abstenir.

–       A de rares exceptions près, faire cuire suffisamment vos champignons (les morilles, l’Amanite rougissante, entre autres, sont toxiques crues). Récemment nous avons eu connaissance (Mycoliste) d’intoxications avec de vrais cèpes consommés crus.

–       A consommer avec modération (préconisation dans la note de l’Anses pour les champignons cultivés et sauvages d’une « quantité raisonnable, soit une quantité de 150 à 200 grammes de champignons frais par semaine et par personne ».)

L.procera-décharge-article

–       Ne pas les cueillir dans des endroits pollués (bords des routes, décharges etc.) Ils se nourrissent par absorption et concentrent, par exemple, métaux lourds et radioactivité. Ci-dessus, des Coulemelles en baguettes de tambour bien appétissantes croissaient dans une décharge.

Voilà pour quelques recommandations à garder en tête avant de se lancer, plutôt tête baissée, à ramasser en toute quiétude dans un endroit autorisé (le propriétaire du lieu est aussi propriétaire des champignons qui y poussent) et en quantité raisonnable (vérifier la réglementation locale) quelques comestibles.

Prochain volet _2 Les Coprins d’abord

MICHEL PUJOL

 

 

A soccer ball : Calvatia gigantea

Sur le site américain mushroomexpert.com on peut lire à propos de la Vesse de loup géante:  » Calvatia gigantea, sometimes called the « giant puffball, » is easily recognized by its size and shape. Typical specimens are about the size of a soccer ball…« 

C.gigantea-Y.-Mortureux.jpg

A soccer ball, un ballon de foot. Pourquoi aujourd’hui le jouer américain? Parce que nous avons retrouvé, grâce à notre ami Yves Mortureux familier des lieux, cet énorme champignon à la Plaine du Haillan (33) siège et lieu d’entrainement des Girondins de Bordeaux, un club incessamment sous peu racheté par des Américains à M6.

Certes « the soccer ball » ne poussait pas sur un des nombreux terrains de foot mais à proximité et l’ami Yves avait pris quand même la précaution de le recouvrir de feuillage pour le protéger du vent et … des shoots éventuels des émules, nombreux en cet endroit, des footballeurs professionnels.

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Déjà en 2009 puis en juin 2010 nous avions eu l’occasion de voir cette espèce apparaître au même endroit.

Un des participants à la première trouvaille avait conservé pendant trois mois chez lui un gros exemplaire lequel avait séché sans perdre de volume ayant la consistance de garniture de coussin de fauteuil.

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Nous avions, d’un coup de bâton, créé un nuage de spores retombant sur le lieu d’éclosion primitive.

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Frais, tranché en deux, la chair, homogène, est bien blanche. C’est alors, très jeune, tout blanc, qu’il est décrit comestible. Il est conseillé, pour le consommer, de le détailler en tranches. Nous avons enlevé largement l’exoperidium . Il faut dire que notre « soccer ball » faisait environ 26 cm de large, 24 cm de profondeur et 17 cm de haut.

Quelques tranches peuvent être poêlées, par exemple dans un peu d’huile d’olive, et relevées car la chair est un peu fade. Nous avons essayé cette recette puisée à bonne source et cela en très petite quantité pour simplement goûter. Sur la recette le goût était comparé à celui du veau. La consistance très molle, très purée légère, surprend le mycophage habitué à bien plus de fermeté chez d’autres espèces « traditionnelles ». Effectivement notre plat méritait d’être relevé. L’expérience en cuisine n’a pas été décevante loin de là. Elle aura été une découverte agréable.

MICHEL PUJOL

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Petite bibliographie 

Sur le Net mycodb , mycorance , mushroomexpert , mycocharentes

Le guide des champignons France et Europe Eyssartier & Roux p. 1046

Champignons de France et d’Europe occidentale Bon p.304

Du bleu dans le bois avec la Pézize turquoise

« Le nom de couleur turquoise désigne des nuances de bleu tirant sur le vert, par analogie avec la plus recherchée  des variétés de turquoise, une pierre ornementale. On dit aussi bleu turquoise ou vert turquoise, selon la nuance. Wikipédia « 

Chlorociboria-turquoise.jpg

Dirait-on qu’à droite de cette branche décortiquée de feuillu (récolte un 11 novembre) on voit un bleu qui tire sur le vert ou un vert qui tire sur le bleu? C’est en tous cas la marque de la présence du mycélium d’une Pézize minuscule dont le diamètre du disque dépasse rarement le centimètre. Grâce à cette couleur particulière on sait qu’elle est là même si on ne voit pas les carpophores. Il est courant de lire que les bois colorés par la xylindine  , pigment secrété par Chlorociboria aeruginascens , ont été utilisés en marqueterie dès le quinzième siècle. Sans doute travaillait-on ces bois quand ils étaient encore durs donc avant que plusieurs pousses d’ascophores ne ramollissent cette matière première propice à l’ébénisterie.

Chlorociboria aeruginosa  , plus rare, est proche de la Pézize turquoise. Elle s’en différencie notamment par la dimension des spores plus importante (9-14 x 2-4 µm).

Chlorociboria-aeruginascens.jpg

L’étude ci-dessus de notre récolte du 11 novembre 2017 en Gironde montre bien qu’il s’agit de la Pézize turquoise. Nous avons pu vérifier (hors cette planche) que le sommet des asques octosporées étaient amyloïdes et que les mesures sporales (notre planche) concordaient avec les descriptions de la littérature (1). 

C.-aeruginascens-bois.jpg

Macroscopiquement, c’est cette couleur turquoise qui incite à aller regarder de plus près ces morceaux de bois colonisés par ce champignon (ascomycète de la classe des Leotiomycètes) et de découvrir ou pas ces petits disques concolores finement pédicellés. Les nôtres étaient assez secs mais présents en nombre à différents stades de développement.

M.P.

 (1) Bon p. 332; Courtecuisse n° 10; Eyssartier&Roux p. 1062; Breitenbach&Kränzlin t.1 n° 199 

A la Une de Sud Ouest: trois lignicoles dans la série des comestibles

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Après les Cèpes, les conseils pour la cueillette des champignons, les Coprins, les Girolles, les Chanterelles, le Cercle des idées, sur le site Internet du journal Sud Ouest, s’intéresse à trois champignons lignicoles: la « Souchette » du peuplier, le Pleurote en huître et le Polypore soufré. Quatrième volet mycologique de l’automne 2018 en Une. 

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Après Cèpes, Coprins, Girolles, les Chanterelles en Une du Cercle des idées du journal Sud Ouest

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Après les Cèpes, les conseils pour la cueillette des champignons, les Coprins et les Girolles, le Cercle des idées, sur le site Internet du journal Sud Ouest, s’intéresse aux Chanterelles. Troisième volet mycologique de l’automne 2018 en Une. 

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Après Cèpes, conseils, Coprins: les Girolles en Une du Cercle des idées du journal Sud Ouest

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Après les Cèpes, les conseils pour la cueillette des champignons, les Coprins, le Cercle des idées, sur le site Internet du journal Sud Ouest, s’intéresse aux Girolles. Deuxième volet mycologique de l’automne 2018 en Une. 

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Après les Cèpes, d’autres comestibles tels certains Coprins

Une-Sud-Ouest

Dans « Le cercle des idées » du journal « Sud Ouest », après La magie du cèpe , débute une série sur d’autres comestibles. Premier volet sur les Coprins accompagné de quelques conseils avant cueillette. Volet à venir: les Girolles.

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Un lentin « de la sécheresse »

La période de sécheresse vécue ces derniers jours en région bordelaise, et cela jusqu’en octobre!, nous laisse sur notre faim. Nous avons bien vu très récemment  dans un bois breton du Finistère pléthore de Scleroderma citrinum et deux Amanita citrina. Rien d’autre. Nous revient en mémoire cette récolte (en 2016) sur « nos terres » quand la sécheresse sévissait: un lentin dont l’étude suit.

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

Ce Lentin que nous avons rencontré sur un tronc de résineux moussu à terre depuis bien longtemps était seulabre sur son arbre. Il ne justifiait pas ici son appellation de suffrutescens qui, si l’on en croit le Dictionnaire étymologique des noms scientifiques des champignons d’Yves Bresson édité en 1996 par l’Association Mycologique d’Aix en Provence, signifie: « produisant quelques rejetons, subcespiteux ». En consultant Mycodb on voit des images de cette espèce justifiant les rejetons et le caractère cespiteux. En revanche les épithètes squamosus (écailleux, squameux, rugueux) et lepideus (couvert d’écailles, de squames) lui collent ici à la peau de la tête au pied.

On remarquera dans notre illustration de tête plusieurs appellations binomales dont la première partie va de Panus à Neolentinus en passant par Lentinus. Pierre Roux dans Mille et un champignons (2006 pages 286 et 287) le place dans la tribu Lentineae Fayod (chair coriace présentant au microscope une structure dimitique; boucles+; avec ou sans cystides métuloïdes), dans le genre Lentinus Fr. (lames non fourchues; chair charnue et coriace), dans le sous-genre Panus (Fr.) Pegler (hyphes squelettiques ou squeletto-ligatives le plus souvent non rameuses, « hyphal pegs » absentes, cystides parfois présentes) et enfin dans la section Squamosi Fr. (arête dentelée, pas de gléocystides ou de cystides métuloïdes).

Dans la littérature (papier et numérique) il est décrit comme apparaissant « plus facilement les années de sécheresse ». Il est vrai que le 30 juillet 2016 sur le lieu de notre récolte on comptait les espèces présentes sur les trois doigts d’une même main. 

Les auteurs (voir bibliographie en pied d’article) soulignent aussi son odeur « aromatique », « un peu de cannelle ou parfois anisée », « de cannelle ou de dentifrice ». Sous notre exemplaire, donc on se gardera bien de généraliser, nous percevons une senteur légèrement d’alcool fruité puis une note de cannelle et à tout le moins d’épice à la dessication laquelle jaunit le sporophore.

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Autre caractère outre les squames (sur notre planche ci-dessus chapeau haut droite, stipe pied centre), des lames denticulées (bas doite).

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La sporée est blanche. Les spores cylindriques à cylindriques elliptiques apparaissent bien guttulées dans le lugol (notre photo) et seulement finement granuleuses dans le congo. Leurs dimensions moyennes pour notre récolte sont de 9,9×3,7µm. Breitenbach, par exemple, indique 7,5-12×3-4,5µm.

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Les lames sont nettement décurrentes.

Etude Michel Pujol

Bibliographie Courtecuisse&Duhem n° 140; Eyssartier&Roux p. 550; Bon p. 122; Breitenbach vol.3 n° 238; Roux p.292

Sur le Net: MycodbGroupe Mycologique VosgienChampYvesMycocharentes 

Poulet des bois, du soufre jusque dans l’assiette

Voitures à droite, cyclistes et promeneurs à gauche devaient se demander ce que pouvait bien faire ce photographe au pied d’un chêne majestueux bordant la route de Canéjan à Gradignan en Gironde. Il semblait s’intéresser à ces grosses taches jaunes à la base de l’arbre. Des champignons! Et si ça se mangeait …

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C’est que ce n’était pas la première fois que nous trouvions Laetiporus sulphureus sur ce chêne. Le Polypore soufré, chicken of the woods  pour les anglo-américains y développe son mycélium et, peut-être, aurons-nous l’occasion de l’y récolter une prochaine fois. Ce vendredi 24 août, en passant en voiture, c’est notre épouse qui le vit et le reconnut.

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Restait à aller sur place et examiner cette pousse, ce qui fut fait sans trop attendre et très … tendre était le bord des carpophores en console. Une pousse très récente. Nous avons souvent vérifié que quand une espèce apparaît il n’est pas rare de la retrouver en d’autres endroits. Ainsi en-a-t-il été pour ce polypore. En effet, le lendemain, sur une autre station connue (une souche tronçonnée à terre), toujours à Gradignan, nous retrouvions encore le Poulet des bois mais déjà très desséché et donc bien plus pâle, hors consommation.

Celui du bord de route, lui, se révélait très souple à ses extrémités prises entre le pouce et l’index. Après récolte (1), nous avons découpé la partie la plus tendre en lanières de l’épaisseur de frites (2) puis égoutté après un passage au micro-ondes (3). Enfin passage en poêle dans l’huile d’olive chaude pour finir de les cuire en les dorant doucement et assaisonnement sel, poivre et ail en poudre pour en exhausser la saveur (4). 

Polypore-soufré-cuisiné.jpg

A la dégustation (5), en quantité raisonnable, il évoque le goût du poulet. Bien entendu on aura bien identifié l’espèce avant la phase cuisine.

Il est intéressant de consulter la littérature à propos de la comestibilité de ce champignon. Pour des publications récentes (Guillaume Eyssartier & Pierre Roux « L’indispensable guide du cueilleur de champignons » Belin 2014 page 220 et Le guide des champignons France et Europe Belin 2011 page 1028) il bénéficie d’un logo comestible dans le second ouvrage et d’une fourchette sur une échelle de trois dans le premier. Chez André Marchand (Champignons du nord et du midi tome 3 n°277 diffusion Hachette 1975) on peut lire « Encore mous et gonflés de suc, les jeunes spécimens seraient comestibles! ». Didier Borgarino & Christian Hurtado (Le guide des champignons Edisud 2006 page 80) le donnent « Non comestible ». Sur Internet Mycodb l’estime « sans intérêt », chez champyves il est « comestible… », pour la societé d’histoire naturelle du Jura « ce champignon peut provoquer des désordres gastro-intestinaux chez certaines personnes sensibles ».

Nous ne serions donc pas des « personnes sensibles » pour avoir consommé à plusieurs reprises, en famille et entre amis, cette espèce dûment identifiée mais vous voilà prévenus.

M.P.

Drôles d’oiseaux: Caloboletus radicans au Teich

Le Bolet radicant, il n’y a pas si longtemps Boletus radicans et maintenant Caloboletus radicans apparaît fréquemment en ce mois d’août 2018 dans les pages Facebook dédiées à la mycologie. Le caractère thermophile de cette espèce s’y prête. En août 2013 nous l’avions « récolté » lors d’une balade dédiée … aux oiseaux. Retour sur images.                                  M.P.

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 La Réserve ornithologique du Teich, en Gironde, est un paradis animalier au bout des jumelles et des téléobjectifs. Les plumes naturalistes en ont décrit toutes les espèces de grande ou petite envergure. La fonge, discrète ici, n’est pas l’objet de tous les regards, tournés plutôt vers les hérons cendrés et autres échassiers. 

Quelques bolets au pied de chênes pédonculés avaient été poussés du bord du chemin par quelque pied pressé d’aller, de cabane en cabane (il y en avait vingt numérotées en 2013…) observer les volatiles du delta de la Leyre et du fond du Bassin.

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Autrefois du genre Boletus, radicans faisait partie de la section Calopodes tout comme Boletus Calopus en en partageant le chapeau plutôt pâle, les pores jaunes, le stipe réticulé et la saveur amère. Nous n’avions pas noté sur notre récolte d’amertume prononcée. La base est apointie d’où son nom de radicant. Les auteurs  évoquent notamment une odeur « désagréable ». Pour notre part nous avions perçu une odeur de chicorée et de sardine à l’huile.

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 Le bleuissement est très net à la coupe (ci-dessus) puis s’estompe progressivement (ci-dessous).

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Les tubes bleuissent également à la pression. La tendance des stations serait calcicole lié sans doute à sa thermophilie. Nous l’avons rencontré en effet à plusieurs reprises en période de chaleurs assez fortes.

Petite bibliographie

Internet mycodb mycocharentes

Littérature Courtecuisse n°1662, Bon page 36, Guide écologique Eyssartier&Coustillas&Lacombe page 96

Suivi de station: verdettes et soleil

Tous les ans quasiment nous récoltons cette espèce thermophile sur une même station. L’endroit, dans un parc, au pied de feuillus,  est assez aéré donc exposé directement au soleil. Ces derniers jours de très beau temps avec très peu de pluie ont favorisé sur cette station la pousse de Russula virescens . A l’entour très peu d’autres espèces osent pointer, en ce moment, le bout de leur chapeau.

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Premier passage le dimanche 22 juillet

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Autre visite, à tout hasard, aujourd’hui mercredi 1er août. 

Des toxiques à la peau dure

Il n’est pas rare que les Centres antipoison aient à connaître des cas de consommation de Sclérodermes, un genre dont le nom indique que « leur peau est dure ». L’exoperidium, tel un sac de cuir, en protège la gleba où murissent les spores qui s’envoleront dès l’ouverture naturelle ou fortuite de ces gastéromycètes.

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En effet, un jeu de gamin pas du tout vilain et même propagateur de l’espèce consiste à écraser fortement du talon ces boules bien mûres et créer l’envol du nuage de spores bien sombre. Les enfants connaissent ainsi souvent leur premier contact avec un champignon.

Jouer n’est pas manger car ces Sclérodermes sont toxiques. Nous avons lu et entendu dire qu’ils auraient servi, il y a sans doute longtemps, de substitut aux truffes pour orner indûment des pâtés.  

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Appelé souvent improprement « vesse de loup » (réservé plutôt aux genres Lycoperdon et Vascellum) Scleroderma citrinum ,le plus répandu, borde les chemins et ne déteste pas les endroits secs à proximité de feuillus et conifères.

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Cette espèce de scléroderme se reconnaît facilement à sa couleur citrin.

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Microscopiquement, la gleba déborde de spores globuleuses épineuses d’une dizaine de microns de diamètre. Leur densité se prête à l’envol des nuages enfantins. 

 Orné d’aréoles

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Autre Scléroderme, bien plus petit que le précédent et tout aussi toxique, S. areolatum, le Scléroderme aréolé. Nous l’avions rencontré (photo ci-dessus) sous couvert de feuillus tout près d’un chemin dans la ripisylve de l’Eau Bourde à Canéjan (33) ces sclérodermes étaient une des rares espèces présentes en ce jour de sécheresse récurrente.

Macroscopiquement ils se différencient notamment par leur taille (1 à 3 cm de diamètre pour notre récolte) du Scléroderme vulgaire (S. citrinum) plus massif et au péridium plus épais et craquelé une fois mature. 

Chez Scleroderma areolatum les rhizomorphes abondent. Sur notre photo, des grains de sable y sont attachés. Le caractère sans doute le plus discriminant de cette espèce est la ponctuation aréolée du revêtement Certains auteurs parlent de « peau de léopard ». D’autres évoquent une odeur faible de caoutchouc que nous avons ressentie sur notre récolte surtout dans la phase de primo-dessication.

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Microscopiquement (montage ci-dessus) les spores (11,4 X 11µm en moyenne dans notre étude) sont globuleuses et nettement épineuses.

M.P.

Bibliographie: Eyssartier&Roux p. 1048; Courtecuisse&Duhem n° 1727; Bon p.302

Sur le Net (par exemple)Myco DB mycocharentes mushroomexpert fauneflore-massifcentral.fr

La planche à bolets

C’est moins dispendieux que la planche à billets mais il faut se rappeler que la comestibilité de certains bolets ne doit pas être prise pour argent comptant. L’overdose, le manque de fraîcheur, les lieux de récolte pollués et la fausse monnaie (confusions) invitent à ne pas jouer à pile ou face avec ces champignons à tubes. Voici quelques espèces récoltées un même jour dans les bois d’une commune de « Bordeaux Métropole ». Point de Cèpe de Bordeaux (plus automnal) en ce 19 août 2014. De ces quatre espèces Boletus aestivalis est le plus fréquentable dans l’assiette. Les autres, très amer (Bradicans ) ou présentant des risques de confusion (B. castaneus ou B. luridus) sont à écarter.

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Suillellus luridus est le nom actuel de l’ex Boletus luridus millésime 2014. De même le Bolet de Satan, ex Boletus satanas est aujourd’hui appelé Suillellus satanas . Pour être complet, dans la liste des espèces citées dans cette planche à bolets, ajoutons que l’appellation Caloboletus radicans a remplacé Boletus radicans .

M.P.

L’effet foot!

Nous avions vu ces champignons qui peuvent atteindre la taille d’un ballon de football à la proximité de la plaine du Haillan (33) où s’entraînent les Girondins de Bordeaux. Calvatia gigantea (syn. Langermannia gigantea), la vesse de loup géante nous a semblé tout a fait adaptée pour honorer la victoire des Bleus de ce jour.

N’ont-ils pas tout au long de leur affrontement, face aux vaillants Croates à Moscou, … appuyé sur le champignon dans un match GEANT!

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A la veille du défilé, des champignons « parachutistes »

Demain 14 juillet la France défile. Après-demain soir, la finale où la France n’a pas l’intention de … se défiler. Tout rond comme un ballon, en rangs serrés comme des militaires et autant de parachutes blancs déployés autour du collarium uniforme le Marasme petite roue nous a paru tout à fait d’actualité. Nos récoltes illustrées ici (11/7/2014 et 9/7/2012) démontrent, s’il en est besoin, que cette espèce est tout a fait de saison.

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Macroscopiquement ce petit Marasme se reconnait aisément à son chapeau en forme de parachute et au pseudo collarium où s’insère son pied sombre à la fois mince et robuste et bien incrusté sur brindilles et branches de feuillus à terre ou enterrées. Ci-dessus, trouvé en nombre dans un sous-bois de feuillus.

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Microscopiquement, ce basidiomycète rentre dans le rang de nombreuses espèces aux spores ellipsoïdes. Aligné sur bien d’autres pour un défilé parfait.

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  Le dessous du « parachute » vaut à Marasmius rotula (Scop. :Fr.) Fr. le nom de Marasme petite-roue tant ses lames régulières et épaisses en rayons non fourchus rappellent une roue d’un modèle très réduit. « Ce qui est petit est beau », vérité réductrice grandement répandue n’est-il pas?

Souhaitons un atterrissage bienheureux à nos vaillants représentants bleu-blanc-rouge dans ce pays blanc-bleu-rouge face aux damiers rouge-blanc. Le bonheur et pas … le marasme.

M.P.

Petite bibliographie: 

Mycodb

Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier & Pierre Roux page 436 

Champignons de France et d’Europe occidentale Marcel Bon page 174

Guide des champignons de France et d’Europe Régis Courtecuisse & Bernard Duhem n° 498

En étoile: Astrée hygrométrique d’un samedi l’autre

Autant est-il hasardeux, pour une récolte éventuelle, de laisser en place, dans un lieu public et fréquenté, quelques cèpes pour les regarder grandir jour après jour. Autant peut-on se livrer à cet exercice, par exemple au printemps, avec des espèces qui risquent au plus le coup de pied à défaut de coup de cœur.

Un tantinet en arrière, en avril 2012… Ils étaient en bord de chemin, posés sur les feuilles de charme et de chêne à peine humides, détachés du sol après avoir atteint leur maturité qui les fait s’ouvrir en étoile. Si ce n’était une station autrefois découverte, donc incitant à la vigilance, ils seraient sans doute passés inaperçus.

Espèce assez thermophile, l’Astrée hygrométrique est un gastéromycète dont les « pieds » se replient, en séchant, sur l’endoperidium pour ne faire qu’une boule. Un samedi après-midi, ils s’ouvraient grâce à deux jours de pluies intermittentes pour un spectacle de danseurs étoiles. 

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La microscopie de la gleba montre un capilitium banal où s’accrochent des spores globuleuses à verrues épineuses apparaissant quelquefois tronquées. Celles que nous avons mesurées allaient de 7,5 à 10 µm de diamètre.

Dans le détail, une série de spores d’une gléba vraisemblablement plus mature donnait les calculs suivants (méthode Piximètre):

8 [8,8 ; 9,2] 10 x 7,8 [8,4 ; 8,8] 9,5 µm

Q = [1 ; 1,06] 1,1 ; N = 18 ; C = 95%

Me = 9 x 8,6 µm ; Qe = 1

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Du samedi 7 avril…

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… au lundi 9 avril…

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…se refermant, en ayant séché, le samedi 14 avril

M.P.

Laetiporus sulphureus: poulet soufré

D’un jaune soufre éclatant, le Polypore soufré ( Laetiporus sulphureus) apparaît à fleur d’arbres les plus divers. Dans la littérature, il est le plus souvent décrit poussant sur des feuillus. Nous l’avons rencontré sur hêtre à Bellême après l’avoir vu sur robinier à la Plaine du Haillan (33). Annie Ehrsam l’a photographié sur prunus à Bossugan (33) . En Corse (septembre 2012) il s’épanouissait sur un eucalyptus. En août de la même année à   Gradignan (33) il trônait sur un châtaigner. Cette liste d’essences propices est indicative et non exhaustive.

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Sur robinier

Donc un champignon très ubiquiste qui est (Roger Phillips , Les champignons pages 222 et 223) comestible très jeune et frais. En 1981 Phillips signale qu’il est très considéré à cet égard en Allemagne et en Amérique du nord. En surfant sur Internet on trouvera sans peine quelque recette pour accommoder ce champignon que les anglo-américains appellent chicken of the woods en référence à son goût qui rappelle celui du poulet. Bien sûr la mise en bouche se saurait se faire que si on est absolument sûr d’avoir déterminé une espèce comestible.

Laetiporus-sulphureus-Bossu.jpg
Sur prunus

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Sur hêtre

La dernière fois (très récente) que nous avons dégusté le poulet des bois (jeune et tendre découpé en fines tranches) nous l’avons précédemment fait doucement mijoter dans un bouillon de légumes avant de le poêler. Pas mal du tout.

Polypore-soufré-MP2.jpg

M.P.

Petite bibliographie:

Mycodbmycocharentes

Bon p. 316; Eyssartier&Roux p. 1028; Borgarino&Hurtado p.80; Marchand t.3 n°277

CHAUD, SHOW VERDETTE : ETOILE DES RUSSULES COMESTIBLES

Quelques pas en arrière. Les années ont passé. Si peu depuis 2009. Hier comme aujourd’hui nos cueillettes avaient un goût de … madeleine.  Neuf ans se sont écoulés:

« Elle craquelle dur depuis quelques jours dans les bois de feuillus (acidophiles), chemins et orées de bois Girondins. Russula virescens appelée ici Verdette, ailleurs Palomet ou encore plus communément  Russule verdoyante régale les yeux et les papilles. Très thermophile, ce champignon trouve ces jours-ci (juin 2009) les conditions propices à son apparition.

Chaque coup d’œil est différent mais on le reconnaît sans peine. J’aime retrouver son chapeau velouté, bombé dans sa jeunesse, étalé plus tard et sculpté, crevassé, craquelé, étoilé par la chaleur ; ses teintes de vert pâte d’amande délavé moucheté de blanc. Un vert franc au début qui est, dans la croissance,  comme gommé peu à peu et se  tachant de blanc. Les auteurs évoquent un vert « moisissure » sur fond blanc (cf. Courtecuisse*) , un vert bleuté ou vert de gris particulier sur fond blanchâtre, mat aspect moisissure verte  (cf. Bon**). Dans le genre Russule les couleurs d’une même espèce peuvent être très variables. Celles de la virescens demeurent, par comparaison, très constantes.

Ses lames blanc crème sont peu serrées. Sion a la patience de couper son pied blanc et déposer son chapeau, lames en bas, sur un papier sombre, de recouvrir le tout d’un verre large ou d’une cloche de verre avec un bout d’essuie-tout ou un coton imbibé d’eau à l’intérieur pour maintenir de l’humidité, alors, après quelques heures on obtiendra une sporée blanche. Ce « jeu » du dépôt provoqué des spores a quelque intérêt avec les nombreuses espèces de russules si bien qu’il existe un nuancier très codé pour les différencier grâce à la couleur de leurs sporées.
R.virescens MP2
Dans la chaleur qu’elle aime, la Verdette se prend pour une star et… s’étoileR.virescens MP3

Pour être un peu plus complet dans cette description, il convient d’ajouter que Russula virescens se teinte de rose orangé vif quand on gratouille le pied avec du sulfate de fer cristallisé (le fer pour les initiés) et, qu’au microscope, ses spores à ornementation variable mesurent en moyenne 9X6.µm. En poussant jusqu’à l’étude de l’épicutis, toujours au microscope, on remarquera des poils courts atténués ou subcelluleux  (cf. Bon**)  

Quant aux papilles… La Verdette est réputée, à juste titre, la meilleure dans le genre dépassant, à cet égard Russula vesca (Russule comestible) et Russula cyanoxantha (Russule charbonnière). Goût de noisette crue. Craquante à tous les points de vues cuite. »

*Guide des champignons de France et d’Europe page 380 n°1415

**Champignons de France et d’Europe occidentale page 56

Petite russule je te mangerai… ou pas

Ce tableau de chasse témoigne du peu de trouvailles, avant-hier, en matière de russules mais aussi des espèces susceptibles d’être consommées dès les premiers jours de l’été ou bien avant selon conditions climatiques et particularités des biotopes. Il n’est pas inutile de rappeler qu’outre une identification précise de l’espèce reconnue comestible aujourd’hui, l’état non dégradé du champignon, son lieu non pollué de pousse, les conditions de cuisson etc. sont autant de facteurs à prendre en compte avant d’envisager de conjuguer mycologie et gastronomie.

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Ainsi ces Russules verdoyantes appelées « verdettes » et « palomet » selon les régions ont été bien identifiées, récoltées dans des lieux sains mais leur état dégradé ne leur a pas permis de dépasser le stade de la photo. Point d’assiette.

Russula-virescens-M.P-(2).jpg

En revanche, dans cet état (récolte d’une année précédente), l’assiette est une destination possible.

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Ces Russula vesca (nous avons vérifié la réaction au sulfate de fer) étaient, avant-hier, en assez bon état pour les cuisiner. Certains auteurs disent de cette russule « vieux rose », « comestible » qu’elle montre les dents. Ses lames blanches débordent un peu du bord du chapeau sous un certain angle. Celui de notre prise de vue le révèle bien avant … la mise en bouche.

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Celle-ci, bien sympathique dessus et dessous, n’avait pas subi les affres de la sécheresse. A consommer avec modération.

M.P.

Pas tout à fait star, sauf du pied

On ne peut pas dire que cette Amanite monterait le grand escalier de Cannes et pourtant, avec son pied en … étoile, elle brille en ce moment par sa présence. Aux alentours de Bordeaux le manque d’humidité nous l’a fait remarquer bien seulette en bord de chemin près de chênes et de charmes.

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Comme l’ Amanite citrine Amanita asteropus sent la rave, la pomme de terre crue. On remarque, en la dégageant, un bulbe épais comme sculpté en étoile bien évident en coupe (ci-dessus).

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 Son port est assez reconnaissable avec un chapeau-bonnet un peu allongé, légèrement déporté puis étalé façon béret remodelé d’un pincement de doigts. Les taches de brun roux sont caractéristiques de l’espèce. Il n’est pas rare de la trouver quasiment en ligne en sept ou huit exemplaires sous feuillus et conifères (mélangés ici sur de la terre à bruyère lors d’une récolte de juillet 2012).

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Pour l’instant point de profusion de cette espèce sur nos chemins et sous-bois proches mais les jours à venir sans doute…

M.P.

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Le Coprin chevelu, un blanc qui décoiffe les papilles

La finesse de la mise en bouche.

 Ce champignon blanc qui se dresse le plus souvent en troupes dans les prés, les bordures, les chemins, les chaumes, peut-être dans votre jardin, mérite bien mieux qu’un regard en biais, voire, ce que je condamne en toutes circonstances à l’encontre de toutes les espèces : un méchant coup de pied.

Il n’y a pas que le cèpe et la girolle, il y a aussi, entre autres, le coprin chevelu (1) (Coprinus comatus). Pas besoin de savoir couper les basidiophores en quatre pour le reconnaître. Quand on s’est pris la tête, autrefois, avec les cachets d’aspirine, on retrouve cette forme de tube tout blanc recouvert d’écailles un tantinet brunâtres qui s’effilochent en mèches blanches imbriquées.

A croquer jeune
Spores noires et tablier blanc

Les auteurs parlent de chapeau ovoïde ou oblong, puis d’allure de cloche quand il commence à noircir. Son aspect chevelu prédomine indiscutablement dans sa reconnaissance. L’avoir sur la langue ferait-il zozoter de plaisir ?

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Blanc, rose, noir, vers la déliquescence reproductrice

Fin et savoureux, il se consomme jeune, cru ou légèrement cuit. Très jeune car le drôle grandit vite en déliquescence. Du blanc immaculé, il passe au rose, puis au noir, et coule en encre de chine. Ses spores sont alors mûres et susceptibles de créer un nouveau mycélium. 


 Sournois, il présente bien, tout droit sur son pied élancé, presque tout blanc, mais, au bas du chapeau, des traces noiraudes présagent le début de la fin à l’intérieur.
Trop tard pour les mycophages. Il leur faudra se contenter de ne ramasser que les exemplaires clairs dessus et dedans, donc lames blanches, et les préparer très vite. On aura compris que ce coprin est un comestible très fin, savoureux quand il est jeune, mais qu’il ne voyage pas très longtemps.
                                                                                                                                                           
1_ reprise d’un article du même auteur paru dans le numéro 2 d’Aqui! en octobre 2004 et consultable  sur le site Internet Aqui.fr

Redoutable confusion avec

le Coprin noir d’encre

Coprin-noir-d'encre-MP.jpg

On entend souvent dire « pas d’alcool avec le coprin ». En fait nous n’avons jamais connu d’effet désagréable en arrosant en bouche avec modération nos coprins chevelus (accommodés comme on le verra plus bas) avec vins ou apéritifs divers. Ce n’est pas le cas avec son « cousin » le Coprin noir d’encre (Coprinopsis atramentaria) . Ce dernier (photo ci-dessus) pousse le plus souvent en touffes sur des déchets végétaux, résidus de bois etc., est plus ovoïde puis conico-convexe. Accidentellement consommé avec de l’alcool il est responsable de l’effet antabuse . Comme on le lira en suivant le lien précédent c’est particulièrement désagréable d’autant que pendant 72 heures cet effet perdure en consommant de l’alcool sans Coprin noir d’encre associé. Donc à ne pas confondre!

COPAINS ET COPRINS

Pour de vrais amis…
Vous avez quelques coprins (les vrais chevelus) encore jeunes, aux lames blanches, ramassés le jour même et conservés non tassés au réfrigérateur.

Coprin-chevelu-recette-MP.jpg

Brossez délicatement les têtes des chevelus.

Pas de poux mais un peu de sable à écarter.

  • Coupez en deux dans le sens de la hauteur.
  • Jetez les pieds et ne gardez que les demi-chapeaux.
  • Un peu de fleur de sel et de beurre à votre goût dans le creux des demi-chapeaux.
  • Passez 10 à 15 secondes à four chaud, plus selon quantité.
  • Au micro-ondes, c’est pas mal non plus.
  • Très surprenant à l’apéro 


Michel Pujol        

 

Megacollybia platyphylla, des fils aux pattes et de larges lames

C’est au pied du pied notamment que l’on reconnait cette Collybie à larges feuillets. Ses longs rhizomorphes épais s’ancrent dans le substrat de feuilles et déchets de bois. Blancs comme les lames et le stipe alors que le chapeau, fibrillo-vergeté, mamelonné est gris à brun. Espèce courante dès le printemps (notre récolte -photo ci-dessus et en fin d’article- est du 9 mai 2018) Megacollybia platyphylla   annonce souvent les prochaines pousses d’autres espèces « précoces ».

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Sur cette étude macro-micro lors d’une récolte d’une année passée (un 19 mai), nous avons étalé les rhizomorphes sur un bout de bois (notre planche) pour qu’ils se détachent visiblement sur notre photo.

Au microscope (préparation dans le rouge congo), les stérigmates des basides, majoritairement tétrasporiques, sont assez longs. Les cheilocystides apparaissent clavées pour la plupart et quelquefois lagéniformes. Les spores (dimensions sur la planche) en formes font penser à un ballon de foire pour les enfants, gonflé à l’hélium. Trop petites bien sûr pour s’envoler? Les nuages n’en transportent-ils pas …

 M.P.

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Encore là après la tempête

Hier samedi 26 mai le département de la Gironde a « essuyé » des cataractes de pluie et de grêle. En fin d’après-midi les orages avaient cessé. L’occasion alors, autour de Bordeaux, de suivre quelques stations et d’entrevoir des pousses nouvelles.

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Elles avaient fait leur apparition le  19 mai . D’autres Girolles pruineuses (ci-dessus) étaient au rendez-vous hier. Très petites à cause vraisemblablement du manque d’eau.

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Petit aussi ce Cèpe d’été au pied creusé par les limaces. Bien moins imposant que ses congénères des 9 mai , 11 mai  et  23 mai et sur la même station que lors des deux premières dates citées.

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Quelques Russules vieux-rose avaient commencé leur pousse les jours précédents et se trouvaient en plus grand nombre (une bonne dizaine) que le  9 mai ,bien entamées par les petits dévoreurs de champignons de la forêt.

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 Cette amanite rougissait encore plus de vieillesse

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tandis que cette jeunette se frayait un passage pour son chapeau-parapluie. Des pousses d’A. rubescens s’étaient déjà produites bien avant.

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En revanche, nous n’avions pas encore vu dans ce bois d’Amanite épaisse

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ni de Bolet des charmes. Avec toute l’eau qui est tombée les affaires devraient reprendre …

M.P.

 

Solitaire

Nous l’avions trouvé à Gradignan  une fois  le  9 mai puis retrouvé sur la même station  deux fois   ,deux jours après, en Gironde bien sûr eu égard à nos amis Belges parmi lesquels d’excellents mycologues. Il a fallu, hier 23 mai, que nous fassions plusieurs kilomètres aux alentours du  Parcours des Graves pour en découvrir un sous chênes.

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La sécheresse des lieux due à très peu de pluie ces derniers jours a fait que sur notre parcours nous n’avons entrevu, à part ce Cèpe d’été  (Boletus aestivalis)  , qu’une Russule charbonnière bien reconnaissable à la couleur de son chapeau (R. cyanoxantha), ses lames lardacées et sa douce saveur. A part ça rien d’autre en matière de champignons. Ce solitaire a fait hier soir le bonheur de nos papilles en suivant un conseil, valable en d’autres domaines: « A consommer avec modération »…

M.P. 

Boletus-aestivalis-can3.jpg

Les premières en mai

Nous guettions leur venue depuis quelques jours. Chaque année en mai-juin elles apparaissent au pied d’un bouquet de charmes, près de chênes. Ce 19 mai, un peu de jaune au sol nous fit écarter les feuilles pour capter leur image (ci-dessus à l’objectif macro). Nous aimerions parodier Patrice de Mac-Mahon qui, le 26 juin 1875, s’écria à Toulouse en voyant la crue de la Garonne « Que d’eau, que d’eau! » mais, bien qu’ici très près de la Garonne, l’eau tombée du ciel se fait rare ces jours-ci et les pousses itou.

Aussi, ces petites  Cantharellus pallens   , nos premières girolles de l’année, nous ont ravi. Elles n’étaient pas encore aussi matures ni aussi nombreuses

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que celles (photo ci-dessus) récoltées sur la même station le 11 juin 2012. L’espèce est reconnaissable à l’aspect clair et pruineux du chapeau (synonyme C. subpruinosus).

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Côté micro, cette planche ci-dessus, faite lors d’une très belle récolte (un très grand panier) lot-et-garonnaise en mai 2014.

Et notre « trouvaille » de ce jour? Nous l’avons laissé sur place en promettant de revenir plus tard et en pensant à ce cher Président Mac-Mahon. N’a t’il pas dit aussi:  « J’y suis j’y reste ». C’était le 7 septembre 1855 et il n’était que général quand il prit la redoute de   Malakoff

M.P.

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Il plie et ne rompt pas: le pied!

Une chronique qui part en vrille? Peut-être pas. S’agissant de Marasmius oreades   , le Marasme des oréades, appelé « bouton de guêtre » dans la région, question de taille, prendre le pied ajoute au plaisir de l’identification.

Petit donc, aux lames écartées et fourchues en bord de chapeau. Poussant en rond d’où oreades  , un clin d’œil voire un  écho  à ces nymphes des montagnes et des grottes se livrant à des danses en « rond de sorcières » comme si elles s’étaient tenues en périphérie du mycélium. Une extrapolation de la mythologie grecque? Certes. Mais les champignons ne sont-ils pas nés bien avant l’Homme donc avant les dieux de ce dernier… 

On tourne en rond. Pas tout à fait. Signalons l’odeur cyanique, un peu amande amère, due pour cette espèce à la présence d’acide cyanhydrique très volatil et toxique (risque d’intoxication consommé cru d’où comestible seulement bien cuit). Revenons au pied.

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Très coriace, le stipe n’ira pas dans l’omelette avec le chapeau. En revanche, il participera de l’identification de l’espèce en complément. En effet, il ne rompt pas quand on le tord en le vrillant, le tenant à ses deux extrémités sans bien sûr trop exagérer la pression. Ce n’est pas la seule espèce avec un pied aussi coriace mais c’est un critère déterminant pour les espèces de même taille et de proche apparence que l’on pourrait confondre avec le faux mousseron. Ce terme de faux mousseron qu’on lui attribue, à rapprocher du « vrai » mousseron   Calocybe gambosa viendrait du fait qu’il fréquente les prés tout comme le Tricholome de la Saint Georges. De plus la période de pousse du « faux » s’étend du printemps à l’automne alors que le « vrai » n’est que printanier.

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Côté micro, ci-dessus une planche élaborée lors d’une récolte précédente. Nous avons effectué une mesure de spores sur les exemplaires trouvés dernièrement, le 29 avril à Gradignan (les autres photos que la planche). Voici ces mesures (Piximètre):

7,1 [7,6 ; 7,8] 8,4 x 4,7 [5,1 ; 5,2] 5,7 µm

Q = 1,3 [1,5] 1,7 ; N = 35 ; C = 95%

Me = 7,7 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

M.P.

Marasmius-oreades-MP3.jpg

 

Sous l’empire d’un Agaric

Dans son genre (Agaricus) l’auguste est reconnaissable entre tous. Un empereur en majesté portant beau son ample chapeau aux écailles concentriques rousses et son anneau floconneux laissant apparaître des lames serrées. Le pied épais, bien droit, est un piédestal en colonne qui ne déplairait pas , au regard de l’Histoire, à un buste marmoréen de Caius Octavius, fils adoptif de son oncle César et empereur romain, comme chacun sait, de 27 av. JC à 14 après JC.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Dans la littérature, Agaricus augustus est décrit comme présent sous feuillus ou résineux. C’est au milieu d’aiguilles (montage photos ci-dessus) que nous l’avons aperçu de loin et son odeur très particulière ne nous a laissé aucun doute sur son identité. Une odeur d’amande amère rappelant celle du gâteau basque aux gastronomes de la Nouvelle Aquitaine et … d’ailleurs.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Replacé, au retour, dans notre jardin sous l’objectif macro ce beau champignon (300 g. pour ce seul exemplaire), appelé auguste à cause de sa stature imposante, justifiait de visu son « impérialité ».

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

Sous les objectifs micro, cet Agaric quadrisporé (au contraire d’A. bisporus à l’origine du champignon de Paris) montre, comme le relève Bon, des cellules marginales en chaînettes. Pour notre récolte la mesure des spores ellipsoïdes est la suivante (Piximètre): 

6,7 [7,7 ; 8,1] 9 x 4,4 [5,1 ; 5,4] 6 µm

Q = 1,2 [1,5 ; 1,6] 1,8 ; N = 30 ; C = 95%

Me = 7,9 x 5,2 µm ; Qe = 1,5

Comestible?

« Bon comestible » d’après Marcel Bon (p. 278 Champignons de France et d’Europe occidentale Flammarion 2004), « au rang des meilleurs comestibles » selon André Marchand (Champignons du nord et du midi tome 2 n° 107 Hachette 1973), « une figure verte qui sourit » à la page 146 du Guide écologique des champignons régions Périgord-Quercy (2008)…

… mais « à rejeter » selon Borgarino & Hurtado ( p. 333 Le guide des champignons Edisud 2006), « comme toutes les espèces de la section (NDLR section Arvenses), la présence hautement probable de substances cancérigènes doit amener à rejeter cette espèce » lit-on en page 1016 de Mille et un champignons de Pierre Roux (2006). Enfin en 2011 dans le Guide des champignons France et Europe de Guillaume Eyssartier & Pierre Roux est écrit à la page 270 « Longtemps considéré comme comestible cet agaric n’est plus aujourd’hui conseillé à la consommation en raison de la présence, dans sa chair, de substances cancérigènes. »

Sur le forum de Champi.net on pourra se faire une idée des raisons qui conduisent aujourd’hui à éviter de consommer cette belle espèce. Retenons par exemple que l’agaritine (AGT) contenue dans les agarics est un dérivé de l’hydrazine qui se dégrade en substances cancérigènes et que, dans la section des Arvenses, dont fait partie notamment Agaricus augustus, on accumule particulièrement métaux lourds et radioactivité. Les exemplaires les plus âgés seraient les plus concernés.  La fin de l’empire?

M.P.

Agaricus augustus, agaric auguste, agaricus, Agaric impérial

  

 

 

Suivi de station: J+2=2

Précédemment nous avions vu apparaître le « premier de la classe » et cherché vainement d’autres Boletus aestivalis à l’entour. Deux jours après, sans vraiment croire à une autre pousse mais après tout on ne sait jamais, nous y sommes revenus en fin de journée. Deux autres cèpes d’été étaient là, très près de l’endroit où nous avions trouvé à J-2 notre premier cèpe réticulé de la saison.

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Une fois dégagés du sol nous constations que leurs pieds avaient attiré quelques dévoreurs de chair fraîche mais leurs chapeaux étaient bien dans leur assiette et le soir dans la nôtre.

Heureux les retraités qui n’ont pas besoin d’attendre le week-end pour courir les bois et qui ont tout loisir de suivre leurs stations. Sans appuyer sur le champignon qui d’ailleurs, quel qu’il soit, ne mérite pas le coup de pied. Encore moins les cèpes. Nous y reviendrons à cette station et, au risque de nous répéter, on ne sait jamais… 

M.P.

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Le premier de sa « classe »

Ce cèpe est le premier dans l’ordre d’arrivée calendaire du genre sans en être le plus goûteux. C’est aussi notre premier trouvé cette année et premier mangé (bien cuit et assaisonné) avec la russule évoquée dans l’article précédent.

Fidèle à la station que connaît Marie-Christiane (le prénom n’a pas été changé) ce Boletus aestivalis bien nommé Cèpe d’été car se rencontrant aussi au printemps… était tout seul ce 9 mai. 

boletus aestivalis, cèpe d'été

L’occasion de le retourner devant l’objectif macro pour en souligner le port, les pores serrées, le réseau bien marqué (cliquez sur la photo pour zoomer le maillage du pied). Pas de liseré blanc au bord du chapeau caractéristique du Boletus edulis. Il faudra attendre encore un peu pour que le Cèpe de Bordeaux n’apparaisse à Gradignan cité de la métropole bordelaise. Contentons nous pour l’instant du thermophile Cèpe d’été qui fut apprécié hier lors d’une dégustation en début d’un repas familial. Le premier!

M.P.

boletus aestivalis, cèpe d'été

Enfin une R. vesca!

Comme indiqué dans une précédente chronique , ces derniers jours nous n’avions pas encore vu le bout du chapeau d’une russule dans un bois, où début mai, nous rencontrons habituellement R. vesca. Par exemple un 3 mai en 2010 et un 6 mai en 2015. Cette année il aura fallu attendre le 9 mai pour en apercevoir une (photo ci-dessus). Bien seulette. Aucune congénère à l’entour ni dans d’autres parties du bois qu’elle fréquente souvent.

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Dégagée du sol, la couleur un peu « jambon polyphosphaté » du chapeau, la chair ferme, la saveur agréable, les lames blanches serrées, le biotope très feuillus, conduisaient sur la piste de Russula vesca dite « Russule vieux rose » et « Russule comestible ». Restait un test que nous ne pouvions pas faire sur place faute de « fer ». 

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De retour à la maison il convenait de la marquer non au fer rouge mai de frotter le stipe avec un cristal de sulfate de fer. La coloration en réaction quasi immédiate rose saumon confirmait l’identification. Quelques minutes plus tard nous allions trouver, pas très loin un cèpe. Lui aussi le premier et le seul. Il fera l’objet du prochain article…

russula vesca,russule vieux rose,russule comestible

Ci-dessus, une étude micro de Russula vesca effectuée lors d’une précédente récolte de cette espèce dans le même bois de Gradignan.

M.P. 

Du rouge sur le B.R.F.

Le bois raméal fragmenté (B.R.F.) est une véritable mine à champignons saprotrophes, un terrain d’éclosion quand ailleurs, en forêt, hors lignicoles « exsiccatés » aucune pousse n’apparaît. Ces derniers jours en plaine, sur nos biotopes girondins de prédilection, les conditions climatiques n’ont pas permis aux habituelles russules et autres de pointer un bout de chapeau de mai. Mais dans des endroits urbanisés où les jardiniers des espaces verts ajoutent moult B.R.F. pour garder l’humidité des arrosages et nourrir les plantes plantées, là donc on entrevoit par exemple des taches rouges et des œufs blancs.

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Le Clathrus ruber  (Clathre rouge, Clathre en cage, Cœur de sorcière) , aime plonger ses épais rhizomorphes dans le B.R.F. pour y puiser sa force qui éclatera en une espèce de brûle parfum marocain aux mailles épaisses.

Le parfum justement ne rappelle pas celui, complexe, de l’entrée d’un magasin de produits de beauté. Pas vraiment N°5 mais affriolant  pour les mouches qui se posent sur la gleba noirâtre puis vont en disséminer les spores. Comme le Satyre puant et l’Anthurus d’Archer, autres phallales, le Clathre rouge vampe les mouches avec sa forte odeur plutôt désagréable pour le nez humain.

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Côté microscopie (ci-dessus une étude à partir d’une précédente récolte) les spores cylindriques sont très nombreuses et de dimensions peu variables (ici moyenne de 4,8 µm x 1,8µm, la structure du réceptacle, portant sur la face interne la gleba, est en « nid d’abeille » (en haut de la planche). Ainsi que le remarquent Breitenbach & Kränzlin, les hyphes de l’exopéridie sont cloisonnées non bouclées alors que celles de l’endopéridie sont cloisonnées et partiellement bouclées (en bas à gauche sur notre planche).

 Quant aux appellations, que diable! le rouge sied aux flammes de l’enfer que l’on vouait aux sorcières et Courtecuisse indique que « Le nom [Cœur de sorcière] est adapté des noms vernaculaires espagnol et serbe ».

M.P.

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Petite bibliographie:

 Breitenbach & Kränzlin Champignons de Suisse tome 2 n° 524

Courtecuisse & Duhem Guide des champignons de France et d’Europe n°1750

Marchand Champignons du Nprd et du Midi tome 4 n° 379

Eyssartier & Roux Le guide des champignons France et Europe page 1054

Mycodb

Sur la piste de morilles « contrariantes »

Nous avions à la même période en 2012 tenté d’y voir un peu plus clair dans le genre Morchella. « Omnes Morchellae inter se nimis affines »  remarquait Fries (si voisines entre elles que puissent se révéler toutes les morilles) cité par André Marchand dans son premier tome des champignons du nord et du midi (n°85 Morchella conica). L’article  que nous avions écrit et illustré en 2012 s’était enrichi ensuite de remarques de Philippe Clowez avant que ce spécialiste ne publie dans le Bulletin de la Société Mycologique de France (SMF Tome 126 fascicules 3-4 2010 p.199-376) « Les morilles, une nouvelle approche mondiale du genre Morchella » .

Quand donc , le 8 avril 2018, nous avons rencontré près de bordures adossées à de la castine, sur un terrain par conséquent plutôt calcicole et  ombré par des chênes et quelques charmes

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ces morilles (ici alignées sur le sol après examen macroscopique in situ), 

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nous avons parcouru, au retour avec notre récolte, la littérature en ne perdant pas de vue que la nomenclature du genre évolue grandement. Il n’était pas inutile de relire le tome 1 de Marchand (85 M. conica, 86 M. conica var. costata, 87 M. conica var. deliciosa,88 M. conica var. intermedia, 89 M. elata, 90 M. esculenta, 91 M. esculenta var. crassipes, 92 M. esculenta var. rotunda) qui décrit là huit espèces. Bon (2004 p. 326) en cite 5 (rotunda,esculenta, vulgaris, costata, conica) et même 6 si on inclut Mitrophora semilibera puisque le morillon est aujourd’hui une morille à part entière. Courtecuisse&Duhem (2011) en dépeignent trois n°12, 13 et 14) et signalent plusieurs formes et variétés. Eyssartier&Roux (2011) examinent deux espèces et en citent d’autres dans les remarques. Ces ouvrages s’attachent à décrire des espèces européennes.

Il nous semblait, dans notre récolte girondine, avoir affaire à deux espèces différentes une petite très brune sans vallécule marquée proche de M. conica et une autre plus claire, plus éponge ovale à alvéoles profonds et à vallécule marquée.

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La relecture attentive des près de deux cents pages de Philippe Clowez « Les morilles, une nouvelle approche mondiale du genre Morchella » nous plongeait dans la complexité et la perplexité. Après échanges amicaux avec l’auteur que nous remercions bien vivement pour son aide « nos » morilles (qui en fait avaient été repérées par un jogger qui nous avait amené aimablement sur les lieux de sa découverte), « nos », « ses » morilles « ressemblaient fortement à Morchella importuna » aux yeux de l’ami Philippe. A ce dernier nous avions envoyé (sans y nommer l’espèce comme ci-dessous) ces fiches macro-micro. 

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Nous faisions part à Philippe Clowez des dimensions sporales différentes pour ce que nous pensions être des espèces distinctes. D’après ce grand spécialiste  » en vérité la sporulation des morilles est très compliquée pour certaines espèces comme par exemple Morchella vulgaris qui sporule juste avant de pourrir. La présence de spores de différentes tailles n’est pas rare ». Et il ajoutait: « Je l’ai constaté au micro avec cette même morille. »

Sur le site Mycocharentes on lira avec intérêt la fiche réalisée en mars 2018 par Patrice Tanchaud.  Morchella importuna M. Kuo, O’Donnell & T.J. Volk y est synonymisée avec  M. costataM. elata ss. auct. On peut lire la même remarque sur Mycodb . 

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Michael Kuo qui a créé cette espèce la décrit sur  mushroomexpert.com « une morille fascinante qui semble être limitée aux sites d’aménagement paysager, aux jardins … En Amérique du Nord elle est assez commune dans le nord-ouest où elle apparaît en milieu urbain à la fin de l’hiver et au début du printemps… » Il met en exergue son caractère saprophyte « … un bon candidat pour la culture comme M. rufobrunnea …  » envisage-t-il notamment. 

Le biotope, très urbain, de notre lieu de récolte va dans le sens des remarques à propos de cette espèce dont la dénomination latine mérite, selon nous, quelque attention. Importunus, a, um (adj.) renvoie notamment à brutal (cruel) qui tient de la brute; contrariant, de nature à contrarier; fâcheux, qui amène des désagréments; incommode, qui cause de la gêne; intraitable, inflexible; malencontreux, qui survient mal à propos ; impraticable; inabordable. Etonnant non!

M.P.

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23 avril: la Saint Georges et … les Tricholomes du même nom

Le mousseron, le vrai, celui qui sent la farine fraîche (d’autres parlent de farine mouillée), sent aussi le printemps. Sa dénomination de Tricholome de la Saint Georges incite à ce qu’on lui fasse sa fête autour du 23 avril mais le drôle aime que l’Homme ne lui pourrisse pas la vie avec sa manie des désherbants et autres produits chimiques. Alors il ne continue à apparaître que dans des endroits proprets, non pollués, non fortement anthropisés.  Ainsi il se fait de plus en plus rare là ou pourtant on le rencontrait en cinq ou six endroits différents d’un espace public girondin. Au fil des ans, dans ce dernier endroit, des jardiniers tondeurs d’herbe à ras et élagueurs forcenés sont peut-être venus à bout de ce champignon trapu au doux nom scientifique de Calocybe gambosa.

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Allons voir si l’herbe est plus verte ailleurs dit-on car cela plait aux mousserons et les hasards de la balade nous les ont fait rencontrer (photo ci-dessus). Yves, dépité de ne plus les trouver à l’endroit cité plus haut, avait un large sourire le 19 avril (autour du 23 n’est-il pas?) en nous les montrant. Une nouvelle station car en ce lieu précis il ne les avait jamais vus.

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Pourquoi « vrai » et « faux » mousseron? Pourquoi celui du dessus est le vrai et celui ci-dessous le faux. Autant Calocybe gambosa  (littéralement belle tête et jambe) est trapu avec des lames très serrées. Autant Marasmius oreades , le Marasme des oréades est frêle avec des lames espacées et fourchues en bord de chapeau. De plus il est facile de lui tordre le pied sans qu’il ne casse. Essayez donc avec le « gros »… De fait le terme mousseron est employé pour ces deux champignons dissemblables et pour bien d’autres aussi selon les régions.

Dans Wikipédia , à propos de Calocybe gambosa et de l’origine de Mousseron, il est relevé que : «  En français « mouceron » (1380) a précédé l’actuel « mousseron » en 1542, qui inspira l’anglais Muschroom (Old English 1561), « champignon ». » 

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Une fois bien identifié (période et lieux de pousse, caractères macroscopiques, odeur etc.) Calocybe gambosa est un excellent comestible.

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Les végétaux le recouvrent parfois un peu mais sa belle couleur crème clair jaunissant légèrement à l’état sec tranche sur le vert des feuilles et de l’herbe. C’est un des premiers champignons de l’année (avec les morilles qui feront l’objet d’une prochaine chronique) à déguster, bien cuits et … avec modération.

M.P.

 

L’asco semi hypogé du Lac

 

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L’ami Yves Mortureux nous l’avait fait connaître in situ en 2010. Plusieurs stations sous les pins au bord du Lac de Bordeaux. Tous les ans, fin mars début avril, nous guettons la pousse de cette belle espèce aux reflets bleus. Le 8 avril nous avons bien vu quelques amanites jonquille et bolets de bouviers mais les pézizes couronnées n’avaient pas encore soulevé le tapis d’aiguilles. En revanche,

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   le 19 avril nous les avons retrouvées avec les amis Yves et Jean-Claude. La pousse avait dû se produire peu de temps après notre premier passage parce que les champignons étaient déjà, pour la plupart,  plutôt desséchés (photo ci-dessus).

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Cette pézize est décrite par beaucoup d’auteurs (biblio en fin de texte). Elle  est nommée « étoilée », « couronnée » ou « en couronne » ainsi que s’ouvre la sphère enterrée pour livrer son hyménium vite violet. Au fil des publications Sarcosphaera coronaria est devenue totalement infréquentable dans l’assiette. André Marchand en 1976 remarquait: « On s’abstiendra de manger ce champignon à l’état cru…. Par contre après cuisson et rejet de l’eau de végétation… » Dans Le guide des champignons France et Europe (édition 2011) Eyssartier&Roux soulignent en rouge que cette pézize « peut être mortelle à l’état cru, et est toujours très toxique une fois cuite ». Cette toxicité est affirmée par tous les auteurs aujourd’hui. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en matière d’intoxication par les champignons il est risqué de suivre les indications de comestibilité de livres anciens pour des espèces qui se sont révélées très toxiques ensuite.

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Microscopie

Spores: hyalines colorées ici au lugol (haut droite et bas gauche) et congo ammoniacal (centre gauche), elliptiques arrondies aux extrémités. Mesures observées pour cette récolte:

Spores (11,3) 13,8 – 17,1 (17,6) × (6,2) 6,4 – 8,1 (8,5) µm

Me = 15,4 × 7,3 µm ; Qe = 2,1

Paraphyses: mises en évidence ici dans le bleu lactique (en bas à droite), cylindriques granuleuses en forme de massue au long manche;

Asques: octosporées à sommet amyloïde (en bas à gauche).

                                                                                                                                                             M.P.

petite bibliographie:

Myco Db Sarcosphaera coronaria

Marchand 199

Eyssartier&Roux p. 1064

Bon p. 331

Courtecuisse n°25

Breitenbach t.1 n°34

Borgarino&Hurtado p.50