Ces Chanterelles qui enchantent autour de Noël

 

Saviez-vous que Lanza del Vasto surnommait son épouse Chanterelle? Née Simone Gébelin en 1908 d’une célèbre famille musicienne elle avait une voix très pure. Elle l’accompagnera dans le monde entier pour chanter avec lui. La chanterelle, la corde la plus aigüe d’un instrument … à cordes comme par exemple celle, entre six d’une guitare, source des sons les plus hauts de sa gamme. Et puis allons faire un tour chez les Grecs qui ne manquent pas de mycologues: Kantharos la coupe à boire, trait commun du groupe des Cantharellaceae dont l’hymenium est porteur de plis et non de lames. Ecartons le sous-groupe des Cantharellus dont C. cibarius, la Girolle souvent nommée chanterelle et arrivons, dans le sous-groupe des Craterellus, à nos « Chanterelles qui enchantent autour de Noël ». Plus précisément Craterellus lutescens (la Chanterelle jaune) et Craterellus tubaeformis (la Chanterelle en tube).

C.-tubaeformis-Martillac.jpg

On retrouvera notamment une précédente chronique consacrée aux girolles pour écarter la confusion avec les Chanterelles s.s.

S’agissant de la période des pousses de C. lutescens et C. tubaeformis , cette année comme les précédentes, elles sont apparues, en nombre, fin novembre et courant décembre et nous nous attendons, comme d’habitude à quelques présences en janvier. En somme, largement autour de Noël.

craterellus  tubaeformis, craterellus lutescens, chanterelle en tube, chanterelle jaune

Fin novembre les Chanterelles jaune « fleurissaient » par exemple dans la pinède littorale du Porge (33) et début décembre

craterellus  tubaeformis, craterellus lutescens, chanterelle en tube, chanterelle jaune

nous les rencontrions à Saint Genès de Castillon d’où l’on pouvait apercevoir, au loin, la Tour de Michel de Montaigne en terre périgourdine.

craterellus  tubaeformis, craterellus lutescens, chanterelle en tube, chanterelle jaune

C’est à Martillac (33), récemment, que poussaient, côte à côte, Chanterelles en tube et Chanterelles jaune. On remarquera combien les plis chez la première espèce sont affirmés et, au contraire, subnuls chez C. lutescens.

craterellus  tubaeformis, craterellus lutescens, chanterelle en tube, chanterelle jaune

Pour les récolter, armez vous de patience et d’une (petite) paire de ciseaux. Coupez vers le milieu du pied pour les avoir proprettes et, éventuellement, après nettoyage (qui sera plus rapide) passage au micro-ondes pour en réduire le volume. Egouttez bien sûr. Et cuisinez de suite en partie pour dégustation. Eventuellement, après refroidissement, congelez le reste en prévision , par exemple du menu de Noël. Bonnes fêtes à toutes et à tous.

                                                                                                Michel Pujol

A la rencontre de la diversité fongique

Canéjan-1-MP.jpg

Ce dimanche 17 novembre l’association « A la poursuite des champignons » conviait ses adhérents et contacts récents à une sortie à Canéjan, en Gironde. L’occasion pour les animateurs de partager quelques connaissances et beaucoup de leur passion mycologique avec les participantes et participants à cette balade matinale. Si, la veille, la pluie était tombée drue, là les nuages cachaient quelque peu les rayons dominicaux mais l’eau imbibait le sol et surtout… les champignons. Les chapeaux des Agarics pintades matures (Agaricus moelleri), par exemple, semblaient tracés de rose tant ils étaient imbus et il fallait beaucoup de précaution pour éviter que le pied d’une Russule présumée fragilis (l’odeur de coco ne semblait pas au rendez-vous) ne se casse un peu trop vite. Bref, mouillé de chez mouillé mais une grande diversité d’espèces (liste en fin de texte) eu égard aux biotopes traversés à pas comptés en l’espace de deux heures.

Canéjan-2-JCB.jpg

La visite commençait par la clairière près du Centre Simone Signoret où, à proximité de pins, des Suillus, entre autres espèces, luisaient en nombre. Le groupe descendait ensuite vers le Moulin de Rouillac pour inspecter le bord du canal habité habituellement par une station d’ Amanites phalloïde (pas de pousse ce jour-là contrairement à quelques semaines précédentes). Le pont sur l’Eau Bourde était franchi et, sur la droite, on cheminait sur une partie du parcours des Graves  décrit dans une précédente chronique (cliquer sur le lien).

Canéjan-3-MP.jpg

Les biotopes divers qui bordent l’Eau Bourde permettaient de présenter au groupe quelques ascomycètes telles l’Helvelle crépue, l’Oreille-de-lièvre et la Pézize orangée et bien sûr bon nombre de basidiomycètes de tous genres Agarics, Amanites, Russules, Lactaires, Bolets, Lépiotes, Coprins, Psathyrelles, Tricholomes, Mycènes, Hébélomes, Cortinaires, Inocybes, vesses etc. sans omettre quelques Aphyllophorales.

Canéjan-4-JCB.jpg

L’accent était mis notamment sur les risques de confusion, fréquents en cette période entre, par exemple, la Coulemelle et Chlorophyllum brunneum. La présence de Coprins chevelus et de Coprins noir d’encre tombait à pic pour décrire l’effet antabuse de la deuxième espèce.

Liste des espèces rencontrées

BOLETUS aereus 1ex
BOLETUS edulis 2ex
SUILLUS granulatus une station de quelques ex.

Suillus-MP.jpg

HORTIBOLETUS rubellus 2ex
XEROCOMUS sp +
AMANITA citrina++
AMANITA fulva 1ex
AMANITA muscaria ++
AMANITA pantherina +
AMANITA rubescens ++
AGARICUS moelleri ++ à maturité

Agaricus-moelleri-MP.jpg

AGARICUS impudicus/variegans 1ex
MACROLEPIOTA procera 4 beaux exemplaires
MACROLEPIOTA cf. konradii 1ex à maturité
LEPIOTA cristata 2ex
LEPIOTA ignivolvata 1ex
LEPIOTA subincarnata (= L.josserandii) 4ex
COPRINUS comatus 3ex
COPRINOPSIS atramentaria 2ex
COPRINOPSIS picacea +
COPRINELLUS cf. micaceus ++
PARASOLA cf. plicatilis ++ à maturité
PSATHYRELLA conopilus 3ex
PSATHYRELLA cf. multipedata 2 belles touffes
TRICHOLOMA album +
TRICHOLOMA sulphureum ++
TRICHOLOMA terreum +

TRICHOLOMA scalpturatum +

Tricholoma-MP.jpg

TRICHOLOMA ustaloides 1 ex (cuticule amère)
PARALEPISTA flaccida ++++
MYCENA galopus 3ex (lait blanc lorsque l’on coupe le stipe)
MYCENA pura+
MYCENA rosea+
MARASMIUS oreades un demi-rond de « sorcière ».
LACCARIA amethystina +
LACCARIA cf. affinis +
HEBELOMA sinapizans ++
HEBELOMA sp ++
INOCYBE bongardii 1ex
INOCYBE geophylla var.lilacina++
INOCYBE sp+
CORTINARIUS infractus 2ex
CORTINARIUS cf. cedretorum 1ex
HYPHOLOMA fasciculare ++++ présence en de nombreux secteurs

Hypholoma-fasciculare-MP.jpg

CREPIDOTUS cf. luteolus ++ exemplaires sur brindilles.
RUSSULA vesca +
RUSSULA cf. fragilis +
LACTARIUS necator 3ex
LACTARIUS quietus ++

LACTARIUS lacunarum +

Lactarius-quietus-MP.jpg

LACTARIUS subdulcis ++
VASCELLUM pratense +
CALVATIA excipuliformis 2ex

Calvatia-excipuliformis-MP.jpg

SCLERODERMA cf. bovista 2ex à maturité
FISTULINA hepatica 1ex à maturité
STEREUM hirsutum ++
TRAMETES versicolor +++
BJERKANDERA adusta ++
XANTHOPORIA radiata ++ lignicole sur Alnus
GANODERMA applanatum + vieux exemplaires.
FOMES fomentarius ++
PHAEOLUS schweinitzii 1ex à maturité
RAMARIA stricta 3ex.
PHALLUS impudicus 1ex

Phallus-impudicus-MP.jpg

CLATHRUS archerii +++ plusieurs ex. à maturité et non développés.

Clathrus-archeri-MP.jpg

TREMELLA mesenterica 1ex
ALEURIA aurantia 1ex
OTIDEA cf. onotica ++
HELVELLA crispa ++++

Helvella-crispa-MP.jpg

PAXILLUS cf. olivellus +++
++++ Très abondant
+++ Abondant
++ Peu abondant
+ Rare
70 ESPECES

NDLR. photos d’illustration d’espèces réalisées deux jours après, sur le même parcours. Cliquer sur les images pour les agrandir.

                                                                      Jean-Christophe Blanchard

                                                                               et Michel Pujol

Canéjan-5-MP.jpg

 

Lune? Quelques croyances et fausses vérités

Lune-champignons.jpg

La lune et son influence sur la pousse des cèpes? Une simple croyance qui n’a jamais été prouvée scientifiquement 

 Leurs pousses dépendraient des phases lunaires, leur comestibilité serait avérée par les limaces ainsi que par leur couleur et leur odeur. Il faudrait les cueillir en leur coupant le pied pour qu’ils resurgissent mieux… Les champignons, depuis des lunes, génèrent convoitises et fausses vérités. Pas bien grave sauf que certaines espèces sont mortelles.

 Ecartons d’emblée l’idée, entendue dans mon enfance, qu’ils s’arrêtent de pousser quand on les regarde et tirons au clair l’incidence, hors marées, du plus proche satellite de notre Terre.

En septembre 2012 « le Mag » avait consacré un dossier au Cèpe au cours duquel notre ami Jacques Guinberteau, mycologue de renommée internationale, interrogé par Olivier Plagnol sur « l’influence de la Lune sur la pousse des cèpes : légende ou réalité ? » répondait : « C’est une simple croyance qui n’a jamais été prouvée scientifiquement. Aucune étude n’a montré le moindre lien entre les phases lunaires et la fructification. ».

Autour du 14 juillet 2017 le marché aux cèpes de Mussidan ouvrait trois jours pour écouler une récolte abondante en Dordogne. Dans l’édition périgourdine de « Sud- Ouest », sous la signature d’Hervé Chassain, était relaté cet évènement. Daniel Lacombe le président d’alors de la Société mycologique du Périgord y déclarait qu’il était tombé près de 100 millimètres de pluie fin juin et qu’une poussée 15 jours plus tard, surtout avec la chaleur, était normale. La période faisait aussi sourire le scientifique, puisque la Lune n’était pas montante comme le veut la croyance locale : « Ce qui compte, c’est la chaleur et l’humidité, insistait-il. Les champignons ont aussi besoin d’un contraste thermique. »

« Fructification »

Et c’est bien là qu’il faut rappeler, en usant par exemple de la métaphore du pommier, que ce que l’on appelle champignon est un appareil reproducteur, un fruit, porteur de « graines », de spores, produit par le mycélium, « l’arbre », enterré. Quand les conditions (masse mycélienne, hygrométrie, saison, rupture thermique etc.) sont réunies, le « pommier » mycélium donne naissance à la « pomme », le champignon et ce dernier va épandre ses « graines », les spores, lesquelles vont germer, induire des mycéliums primaires de charge positive ou négative qui, se réunissant donneront un mycélium secondaire susceptible de faire éclore d’autres « pommes », les champignons. D’une espèce à l’autre les modes de reproduction et conditions « d’éclosion » sont variables et la Lune, en l’état actuel de nos connaissances, n’apparaît pas comme l’élément déterminant déclencheur de la « fructification ». On parle bien sûr ici de champignon et non de plante ou de cheveu.

Cueillir en entier

Cueillir-en-entier.jpg

Reprenons notre pommier (le mycélium) et sa pomme (le champignon). Détacher la pomme en entier n’abîme pas le pommier mais largement ébrancher l’arbre peut lui nuire. Alors prélevons dans son entier le champignon (en le déterrant délicatement si besoin) et examinons-le consciencieusement. Déterminons-le. Les volves ou bulbes enterrés des Amanites, par exemple, apparaîtront (ci-dessus à gauche) et des confusions facilitées par les pieds coupés près du chapeau pourront être évitées.

Cela n’empêche pas -contrairement à une idée reçue- la survenue d’autres pousses sauf si on laboure le terrain notamment à coup de râteau. Les stations saccagées de Chanterelles (Craterellus lutescens) ont, entre autres espèces, du mal à « refleurir » alors que le mycélium du Bolet bai (Imleria badia = Xerocomus badius) fracturé par des engins d’entretien des forêts fructifie en abondance pour se reproduire et survivre.

Le règne des champignons, ni végétal, ni animal, est complexe et requiert une extrême prudence de la part des mycophages : reconnaître avec certitude avant de mettre dans l’assiette, cuire et consommer avec grande modération. Consulter la littérature la plus récente. Demander l’aide de personnes compétentes. Ne pas se fier à une simple photo. Sur Internet, aller sur des sites sérieux et recouper ses informations. Dans le doute, on écarte.

Limace

limace.jpg

La limace n’appartient pas au genre humain. Elle va moins vite quoique… et son alimentation en matière de champignons (ci-dessus un Lactaire très piquant et une Amanite phalloïde mortelle pour l’Homme) démontre qu’elle ne partage pas avec nous les mêmes enzymes, qui facilitent l’assimilation et la digestion. Donc la limace n’est surtout pas un indicateur de comestibilité. Bien sûr elle ne reculera pas devant un Cèpe mais évitera les Girolles à la consistance trop dure pour elle et ingurgitera sans dommage des champignons très toxiques voire mortels pour l’Homme.

Couleur

satan-pied-rouge.jpg

Il bleuit donc il est mauvais entend-on dire à propos de Bolets. La chair du Bolet Satan (ci-dessus à gauche) bleuit très faiblement alors qu’il est toxique. Celle, jaune, du Bolet à pied rouge (ci-dessus à droite) bleuit franchement à la coupe et il est … comestible. En revanche, la présence de tubes rouges sous le chapeau doit inciter cueilleuses et cueilleurs à identifier précisément l’espèce rencontrée sous peine de confusions fâcheuses.

Bolets-chair-blanche.jpg

Chair blanche immuable et bolet : n’est-ce pas un Cèpe ? Pas forcément. Le Bolet de fiel (ci-dessus à gauche) quand il est jeune et qu’il n’a pas encore de rosissement sur les tubes pourrait être pris, par exemple, pour un Cèpe d’été (en haut à droite). Si vous le mélangez avec de vrais cèpes il rendra le plat immangeable. Une des fausses vérités dure à avaler…

Odeur et goût

Odeur.jpgIl sent bon et il a bon goût. Alors il est bon ! Le Meunier et la Truffe (ci-dessus) sans doute mais l’Amanite phalloïde n’a pas de mauvaise odeur et n’aurait pas mauvais goût (inutile de tester…). Le goût et l’odeur sont des critères de reconnaissance bien utiles, entre autres, pour Lactaires et Russules. L’odeur farineuse commune au toxique Entolome livide (Entoloma sinuatum = Entoloma lividum) et à l’excellent comestible Tricholome de la Saint-Georges (Calocybe gambosa, « vrai mousseron ») est à l’origine, en cette période d’octobre, de nombreuses intoxications et cela bien que le bon ne pousse qu’au printemps (à la Saint-Georges) et le toxique à l’automne.

Prudence

Cette revue de détail des « fausses vérités » ne prétend pas être exhaustive. Les champignons sont ancrés dans nos cultures locales. Les « on dit » remontent à quelques lustres et méritent donc d’être éclairés à la lumière des connaissances récentes démontrées scientifiquement. Internet est un merveilleux outil. Tapez « cèpe et lune » sur un moteur de recherches et vous obtenez 204000 résultats !

Le mieux est de vérifier par soi-même. Aller tous les jours à la poursuite des champignons permet de se faire une idée, dans les endroits autorisés en ne perdant pas de vue que le propriétaire des lieux privés est seul propriétaire d’une récolte éventuelle et que dans des endroits publics il est toléré -sauf indication contraire- une récolte de 5 litres pas personne. Et, comble du bonheur, on n’a jamais fini d’apprendre et de vérifier ce bon mot d’Alphonse Allais « Les champignons poussent dans les endroits humides. C’est pourquoi ils ont la forme d’un parapluie. ». Mais prudence, attention aux pépins des intoxications. Le 20 octobre l’Anses relève que « depuis début octobre, 87 cas d’intoxication liés à la consommation de champignons, dont 3 cas graves, ont été signalés aux centres antipoison et de toxicovigilance. »

Michel Pujol

 Articles du même auteur publiés dans le Cercle des idées de « Sud Ouest »:

Quelques croyances et fausses vérités

Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes et en trouver

Pour tout savoir sur les Girolles…

Cueillis sur l’arbre

Délicieuses chanterelles

Comestibles dont Coprin chevelu et … toxiques

 

Rencontres d’octobre

L’appareil photo, voire le smartphone, sont autant de carnets de notes lors de quêtes mycologiques autour de chez soi. Quelques pas déterminés dans les endroits déjà fréquentés ne conduisent pas forcément à des déterminations certaines de certaines espèces. Un peu de littérature mâtinée d’Internet, quelques souvenirs et expériences et l’approche devient plus précise. Sans aller vite mais en appuyant, doucement, sur le champignon pour en extraire, in-situ, une couleur, une odeur, une courte saveur vite recrachée; un coup de micro si besoin au retour. Bref tout le plaisir de la quête-enquête dans La Nature.

Presque trois semaines d’octobre autour et dans l’agglomération bordelaise, à petits pas sans noter la foule de Collybies dits du chêne, d’Armillaires, d’Aphyllophorales etc. mais quelques arrêts images à Haut-lévêque, Thouars, Le Burck, Laurenzanne, Cayac et même en bordure d’une voie de Pessac dédiée au créateur de la Tour parisienne et de la Passerelle bordelaise, le bien nommé et renommé Gustave Eiffel.

bois de thouars,fistulina hepatica,lactarius zonarius,chlorophyllum brunneum,gustave eiffel,boletus edulis,leccinellum pseudoscabrum,laurenzanne,suillelus queletii,cayac,agaricus bresadolanus,agaricus xanthodermus,parc du burck,leucoagaricus leucothites,haut-lévêque,clitopilus prunulus,marasmius oreades,vascellum pratense,agaricus campestris,hortiboletus rubellus

Cheminement dans des espaces publics en commençant le 2 octobre par le parc de l’hôpital Haut-lévêque à Pessac. Pas grand chose sous les couverts. En revanche, une prairie bien ouverte à la lumière recélait, en peu d’espace, quelques espèces. Une limace (au centre ci-dessus) s’intéressait à ce groupe de bolets dont elle avait grignoté le bord de l’un d’eux.

Hortiboletus-rubellus-MP1.jpg

Une friandise que ce Bolet framboise pour notre gastéropode sans coquille. Rappelons au passage que ce n’est pas parce qu’un escargot consomme un champignon qu’il est comestible pour le genre humain. Combattons les fake news avec la plus grande énergie!

Agaricus-campestris-MP2.jpg    La limace, ce n’était pas le cas, aurait pu grignoter ces Rosés des prés (photo smartphone) qui étaient à proximité et qui sont tout à fait comestibles pour le genre humain.

Agaricus-campestris-MP1.jpg

On en discerne mieux les caractéristiques sur la photo ci-dessus. En particulier la couleur des lames, la marge enroulée du chapeau, la forme du stipe et l’anneau très apprimé. Nous verrons plus loin qu’en matière d’Agaric la détermination, c’est à dire la reconnaissance de l’espèce, est de rigueur.

Vascellum-pratense-MP.jpg

Autre espèce présente, en quantité, dans le même environnement aussi bien jeune que mature (à gauche) cette Vesse et …

Marasmius-oreades-MP.jpg

… les très fréquents faux mousserons que nous avons rencontré en ce mois d’octobre en bien de lieux autres que Haut-lévêque, dans des endroits souvent rudéralisés.

La-mère-du-cèpe-MP.jpg

Et puis, près d’un tout petit B. edulis un petit « blanc » qui sentait bon et très fort la farine fraîche : le « meunier » Clitopile petite prune (Clitopilus prunulus). Sa proximité avec les cèpes (ils partagent le même biotope) le fait nommer souvent Mère du cèpe. Vous le trouvez et … vous cherchez autour! Bien vérifier l’odeur et, à maturité, le rosissement des lames (sporée rose) sous peine d’avoir affaire à des clitocybes blancs très toxiques.

Leucoagaricus-leucothites-M.jpg

Un peu plus tard, le 6 octobre à Mérignac en bordure du Peugue dans le parc du Burck nous trouvions cette espèce qui, bien que comestible, peut faire l’objet de confusions notamment avec des amanites blanches mortelles. Leucoagaricus leucothites certes ne comporte pas de volve et la base du pied est « en massue ».

Agaricus-xanthodermus-MP2.jpg

Deux jours après, dans le parc de la mairie de Gradignan, toujours en milieu ouvert, notre regard était attiré par une troupe disposée en arc de cercle. Rosés des prés?

Agaricus-xanthodermus-MP1.jpg

Que non! De près, anneau ample et non apprimé comme vu plus haut pour le vrai Rosé des prés et jaunissant au grattage: Agaricus xanthodermus à l’origine, ces derniers jours, d’intoxications désagréables pour des cueilleurs un peu trop rapides en détermination.

Agaricus-bresadolanus-MP.jpg

Sur les bords de l’Eau Bourde, entre Cayac et Montgaillard nous rencontrions le 10 octobre un autre Agaric toxique reconnaissable, entre autre, à ses cordons mycéliens à la base du pied. Il est toujours utile d’examiner un champignon en son entier donc de le dégager du sol amplement. Un plantoir par exemple aide à mettre au jour une volve, des rhizomorphes etc.

Trois-agarics-MP.jpg

Sur ce montage, nos trois espèces d’Agarics rencontrées en ce début d’octobre. Seule celle de droite est comestible.

Suillellus-queletii-MP.jpg

Le 12 octobre, retour à Laurenzanne pour y découvrir entre autres bolets (notamment S. granulatus) celui de Quélet reconnaissable à son pied betterave encore plus visible à la coupe.

Eiffel-15.10-MP.jpg

Le 15 octobre entre piste cyclable et clôture d’entreprises dans une zone industrialo-artisanale, avenue Gustave Eiffel à Pessac, un petit cèpe se dressait et un peu plus loin quelques bolets voisinaient, derrière le fossé, leurs charmes favoris.

Chlorophyllum-brunneum-MP.jpg

Nous terminerons cette balade automnale par le Bois de Thouars à Talence avec d’abord cette espèce toxique confondue avec la Coulemelle. On note encore de nombreux cas d’intoxications dernièrement avec Chrorophyllum brunneum qui n’a pas le pied chiné comme Macrolepiota procera. De plus, les lames de la Lépiote des jardins se teintent de brun rouge ainsi que sa chair.

Lactarius-limace-MP.jpg

Revenons à nos limaces qui… Celle-ci avait bien entamé son festin de lactaire. Nous l’avons délogée pour goûter (et vite recracher) un tout petit morceau de son repas: très piquant.

Lactarius-zonarius-MP.jpg

Une façon de préciser la détermination de Lactarius zonarius à la saveur de la chair et du lait très piquante.

Fistulina-hepatica-MP.jpg

Quelques pas plus tard le piquant avait quitté notre langue quand nous avons admiré, au pied de leur chêne, ces Langues de bœuf, muet d’admiration.

                                                                                                                     Michel Pujol

 

 

 

 

 

Tirer la (les) langue (s) de soif!

 

CHAUD hier 18 septembre. Tout comme aujourd’hui. Pas de pluie depuis plusieurs jours. SOIF à tirer la langue. Un bœuf sur la langue? Plutôt langue de bœuf! P’tit tour dans le bois d’à côté. Précédemment nous avions évoqué la non résistance ou la résistance de lignicoles (Desarmillaria tabescens et Fomes fomentarius) à la chaleur. Hier donc nous n’avons rencontré que trois autres espèces (ci-dessus). G.l. traduisez Ganoderma lucidum, le Ganoderme luisant; L.s. Laetiporus sulphureus, le Polypore soufré et F.h., Fistulina hepatica, la Langue de bœuf. Tous tiraient la langue sur des chênes où, apparemment, ils vivaient … heureux.

Fistulina-hepatica-1MP.jpg

Sans guitare, il nous était difficile d’entonner « Auprès de mon arbre » ou bien « L’Auvergnat » mais l’appareil photo, tiré du sac, saisissait (ci-dessus) les notes rouge (surtout au toucher) de Fistulina hepatica attachée à son chêne puis désenclavée par son pied et présentant le contraste du revêtement sanguin du chapeau et des pores jaunes du dessous.

Fistulina-hepatica-2MP.jpg

Non loin, toujours sur chêne, cette Langue de bœuf à étages commençant à gagner en maturité entre sève du support et sécheresse extérieure. Du rouge sombre comme sang coagulé …

Fistulina-hepatica-3MP.jpg

…  et puis, à proximité, cet exemplaire, sur « la fin », au pied d’un arbre rongé avec sciure apparente (en bas à droite). Nous verrons plus loin qu’il est possible, quand elle est encore jeune, de tirer profit de la Langue de bœuf.

Laetiporus-sulphureus-MP.jpg

Tout comme il eût été possible d’accommoder ce Polypore soufré selon la recette que nous avions donnée l’an passé. Mais en l’espèce, hier, ce bouquet de langues jaunes était d’un sec dur non compatible avec l’assiette. On ne retrouvait aucune élasticité au toucher des extrémités. De véritables exsiccata.

Ganoderma-lucidum-MP.jpg

Ces deux Ganodermes luisant étaient, ensemble, sur un autre chêne (toutes les espèces décrites dans cette chronique se trouvaient dans un rayon de 70 mètres environ) . Nous en avons détaché un pour en montrer le stipe noir très dur et les pores blanchâtres. Faites une recherche  sur Internet en tapant Ganoderma lucidum et vous découvrirez -mais ne le savez-vous pas déjà?- que le Reishi (chez les Japonais) ou Lingzhi (en Chine) « connu depuis des millénaires » est une star de ventes de gélules fabriquées à partir de ce champignon séché. Parfois on lit qu’il « est rare » -d’où cher sans doute- alors qu’on le trouve assez fréquemment dans nos régions. Certaines images de vente de ce produit « miracle » témoigne d’élevage sur bûches de chêne enterrées.

Peu de mentions dans la littérature mycologique sur les « bienfaits » supposés ou avérés de cette espèce. On trouve, par exemple, la mention « non comestible » chez Phillips, Borgarino&Hurtado, Marchand; « intérêt décoratif » chez Bon; un logo correspondant à « sans intérêt ou indigeste » chez Eyssartier&Roux. Le Guide écologique des champignons Région Périgord Quercy précise lui, à la page 294, que « Si le Ganoderme luisant est beaucoup trop coriace pour être comestible, il est toutefois cultivé en Chine et utilisé dans la pharmacopée traditionnelle. Des études récentes démontrent qu’il contient en effet des molécules actives pour soigner certaines affections. »

Parmi les données scientifiques concernant Ganadorma lucidum et d’autres champignons pharmacologiquement intéressants il est possible de consulter cette note de bonne source.

Cela dit nous n’essaierons pas de réduire en poudre notre récolte pour un usage de bien être ultérieur sinon l’utiliser éventuellement pour une recherche microscopique. En revanche il nous intéressait de regoûter la Langue de bœuf. Nous en avions fait l’expérience il y a longtemps et cela ne nous avait pas trop séduit. Donc à midi …

Fistulina-hepatica-4MP.jpg

… après avoir relu la veille quelques conseils de préparation culinaire de cette espèce, nous avons, dans sa partie la plus tendre, pelé la cuticule de Fistilina hepatica, tranché de petites escalopes très fines dans la chair du bas du chapeau. Sautées tranquillement à la poêle dans de l’huile d’olive, salées, poivrées, additionnées d’ail en poudre. Un peu de persil du jardin et dégustation sur le champ dans une petite assiette. C’était pas mal du tout. Pas de cheveu sur la langue et … il y avait à boire. Même pas soif.

                                                                                                      Michel Pujol

 

Non je n’ai pas changé et Nom j’ai changé

 

Nous l’avions remarqué  il y a quatre ans, en septembre à Gradignan en Gironde, luxuriant sur un tronc de feuillu envahi de lierre, à l’entrée d’un bois. Il s’appelait alors Armillaria socialis (syn. Armillaria tabescens). Nous l’avons retrouvé cette année en août dans le même bois, à quelques pas, puis en septembre. Cette dernière fois au même endroit, sur son tronc toujours orné de lierre. Et … il avait changé de nom. L’armillaire sans anneau  doit aujourd’hui porter le nom valide de Desarmillaria tabescens.

2015.2019-MP.jpg

Désarmant!

Quand Christian Rouzeau, un ancien de la Linnéenne de Bordeaux – de qui nous avons beaucoup appris en mycologie- pestait contre les changements de noms de champignons et continuait à les appeler à l’ancienne, cela nous laissait songeur. Aujourd’hui, ayant atteint peu ou prou son âge d’alors, nous le comprenons mieux.

La nomenclature restera certes toujours une difficulté mais, quelque soient les avancées scientifiques, la fluctuation de la dénomination des espèces est déconcertante. De là à penser que les noms de mycologues accolés aux nouvelles dénominations en est une clé? Ce serait regarder par le petit trou de la serrure et, jusqu’à présent nous n’avons jamais vu un carpophore (ce terme a repris du service) émerger d’une serrure…

Alors, en plagiant le bon Julio Iglesias, donnons -s’il en était besoin- la clé du titre de cette chronique. Non je n’ai pas changé (toujours l’Armillaire sans anneau) et nom j’ai changé (feu Armillaria socialis renait en Desarmillaria tabescens). C’est certainement faire beaucoup de cas d’un détail?

Armillaria-socialis-micro.jpg
Cela dit, la micro n’a pas changé. Nous avons laissé sur notre planche le nom à la date de l’étude.
En revanche, nous avons observé, au-delà du nom, non pas sur quatre ans, mais sur une quinzaine de jours la faible résistance à la chaleur de cette espèce lignicole.

Armillaire-2-sem-MP.jpg
Ci-dessus, en haut, des bouquets d’Armillaires encore bien portants et, en bas, les mêmes « destroyed » seulement deux semaines après. Un manque d’eau flagrant pendant cette période.

Amadouvier-MP.jpg

Toutes les espèces ne sont pas logées à la même enseigne. Prenez l’Amadouvier par exemple, une espèce présente et photographiée dans le même bois de Gradignan non loin des Armillaires pré-cités . Hors que son nom n’a pas changé « depuis Fries », cette espèce amadouée par feu l’Homme préhistorique à qui il a montré sa flamme, Fomes fomentarius donc n’a pas (ci-dessus) changé d’aspect en deux semaines. Il lui faut bien davantage.

Fomes-15-19-MP.jpg

Quatre longues années par exemple (ci-dessus, même endroit) pour passer, sur le même arbre, du beau blanc au bien brun. Non, nom, celui -ci n’a pas trop changé!

                                                                                                         Michel Pujol

Au gré des pas à Canéjan en bord d’Eau Bourde

Pt'it-tour-canéjanais-MP.jpg

Cette fin août, aux abords de Bordeaux, la sécheresse n’en finissait pas de tarir les pousses et si … en bord d’Eau … Bourde il y avait quelques frémissements? Revenir en terre connue , se garer près de la Salle Simone Signoret à Canéjan et descendre vers le moulin de Rouillac et puis poursuivre le long de la rivière vers les anciens terrains de feu IBM.

Suillus-granulatus-MP.jpg

Près du parking de départ, sous la pinède, de vieilles connaissances, en troupe serrée avec quelques carpophores desséchés. Il en restait quelques présentables (ci-dessus) pour montrer leur chair jaune, leurs pores serrés, leur stipe comme pointillés et le revêtement du chapeau plutôt « glissant » quand il fait humide. De vrais Suillus qui concentrent les terpènes du Pin en haut du béret donc qui font « aller » dans une mise en selle rapide. Comme un remède de cheval pour mines constipées.

Agaricus-moelleri-MP.jpg

Non loin de là, plutôt sous feuillus cette fois, un autre laxatif quand il est pris, par erreur bien sûr, pour un Rosé des prés. L’Agaric pintade (ci-dessus) tout comme son « cousin » l’Agaric jaunissant (Agaricus xanthodermus) se plait dans les biotopes rudéralisés, anthropisés et, sur ce lieu canéjanais, très agréable pour se balader, la présence humaine est fréquente.

Agaricus-moelleri-mic MP.jpg

Côté micro, l’espèce Agaricus moelleri apparaissait bien comme étant celle de notre récolte. A part deux exemplaires très desséchés de Xerocomus chrysenteron nous ne trouvions pas d’autres champignons et nous quittions le haut du parcours pour aller vers l’Eau Bourde inspecter le long du canal de dérivation du Moulin de Rouillac où, régulièrement, nous rencontrons quelques Amanites phalloïdes. Las, pas une seule. En revanche, plus tard …

Suillellus-queletii-MP.jpg

… après avoir franchi le pont du canal de dérivation puis celui de l’Eau Bourde, au pied d’un talus ce Bolet (ci-dessus) se détachant du tapis de lierre.

Suillellus-queletii-det-MP.jpg

Dégagé du sol, il présentait des tubes orangé se tachant à la pression, un stipe non réticulé dont la base laissait présager l’espèce (ci-dessus à gauche). Restait à trancher la question (ci-dessus à droite). La couleur betterave du pied du pied plaidait bien en faveur du Bolet de Quélet.

Amanita-asteropus-MP.jpg

Restait notamment à jeter un œil dans une dépression, logiquement plus humide, prolixe certaines fois en Lactaires dits délicieux. Là point de lactaires mais (ci-dessus) ces Amanites à bulbe étoilé très ubiquistes. Tout près d’elles, une tache verte (ci-dessous).

A.-P.-MP.jpg

Une Russule? Que non! De fil en aiguille (s) -beaucoup la recouvraient- l’espèce, la plus mortelle d’entre toutes, était déterminée (ci-dessous).

puzzle-Am.-Phal.-MP.jpg

En effet, en creusant autour du sujet (ci-dessus), on distinguait en trois temps le revêtement fibrilleux du chapeau, le reste d’une volve en sac à la base du stipe et des lames blanches. L’état dégradé de l’exemplaire ne permettait pas de voir l’anneau mais c’était bien sûr une Amanita phalloïdes.

Amanita-phalloides-MP.jpg

D’ailleurs, une autre de la même espèce (ci-dessus), cette fois-ci entière se dressait à proximité de l’autre. Il suffisait d’en dégager la base pour mettre en valeur la volve en sac pour cette photo où l’anneau apparaît distinctement.

Amanita-phalloides-mic MP.jpg

Une occasion, au retour, de la scruter au microscope pour la ficher (ci-dessus). La balade n’était pas terminée et nous comptions bien longer la rivière, l’échelle à poissons à l’ombre des Aulnes glutineux qui jalonnent l’Eau Bourde.

Paxillus-rubicundulus-MP.jpg

Et, au pied de l’un deux, nous retrouvions, en quantité (ci-dessus), ce Paxille qui leur est inféodé.

Paxillus-rubicundulus-MP2.jpg

Outre son affinité avec l’Aulne glutineux, P. rubicundulus (ci-dessus) se différencie de P. involutus par sa marge qui n’est pas aussi enroulée et sa couleur plus … rubiconde. Restait à poursuivre le cheminement de l’autre côté via le pont communiquant avec l’ancienne zone de feu l’usine IBM avec l’arrière pensée d’y voir quelques Bolets de la stirpe des Cèpes.

lact.rus.MP.jpg

Faute de grives … Joli Lactaire (L. rugatus? ou aurantiofulvus, aurantiacus, atlanticus etc..) et Russules sèches (R. cyanoxantha?). Nous n’avions pas, notamment, de sulfate de fer dans le sac pour réduire le cercle des hypothèses ni l’envie d’en faire bien sûr, des sujets de consommation. S’il y avait eu quelques cèpes…

Chlorophyllum-brunneum-mic MP.jpg

Sur le retour, au bord du canal du Moulin de Rouillac, des taches blanches élevées. Des Macrolépiotes oui mais à ne pas confondre avec les Coulemelles.

Chlorophyllum-brunneum-2MP.jpg

Il s’agissait de la Lépiote vénéneuse (Chlorophyllum brunneum) très présente en ce moment et, si l’on en croit la Mycoliste , au hit-parade actuel des désordres gastriques.

Lepiota-cristata-mic MP.jpg

Autre Lépiote toxique, croisée près des Paxilles, cette fois bien plus petite et à rejeter comme toutes les petites Lépiotes: Lepiota cristata.

Lepiota-cristata-MP.jpg

La Lépiote à crêtes est bien mignonette mais ne jugeons pas -pour les fréquenter dans l’assiette- les champignons à leur belle allure. Une seule règle: être sûr de l’espèce, de la comestibilité de cette espèce. Si oui, des conditions de préparation (cuisson etc.) et de la nécessité d’actualiser ses connaissances. Vérité d’hier n’est pas forcément celle d’aujourd’hui.

Nous reviendrons à Canéjan. Plût au Ciel qu’il pleuve.

                                                                                              Michel Pujol

 

 

 

 

Mémoire de Truffes: 2_ E. comme Espèces

Le premier volet de cette série évoquait notre rencontre avec T. melanosporum chez Guy Joui début 2008 à Monflanquin. Suite de ce focus sur plusieurs espèces du genre Tuber, objets de découvertes et aussi d’expositions. Aujourd’hui quelques notes sur la Truffe d’été et la Truffe de Bourgogne.

L’exposition de Mably à Bordeaux se tient en début d’année (annulée en 2019). En 2015 notamment, elle offrait aux regards du public (éventuellement à leur porte-monnaie) la Truffe du Périgord bien sûr mais aussi  présentait d’autres espèces hypogées de la même famille (notre photo-montage de tête d’article).

Tuber uncinatum/Tuber aestivum

ou, un crochet par Chatin

T.-uncinatum-MP.jpg

L’espèce Tuber uncinatum , la Truffe de Bourgogne a été « créée » par Adolphe Chatin en 1887. Uncinatum fait référence aux bords des spores où le réseau d’alvéoles présente un aspect recourbé comme crochu. Chatin démarquait, décrochait en quelque sorte T. uncinatum de Tuber aestivum, la Truffe d’été, Truffe de la Saint Jean décrite par Vittadini en 1831. Pour faire court, deux espèces donc en 1887 qui ne faisaient qu’une en 1831. Petit épisode de l’histoire de la nomenclature qui, d’une manière générale, en mycologie, ne cesse d’évoluer.

T.-uncinatum-Chatin.jpg

Ci-dessus, une partie de la planche VII de « LA TRUFFE d’Adolphe CHATIN », ouvrage datant de 1892 réédité en 1984 aux Editions Slatkine. Il s’agit de Tuber uncinatum Ch. légendée ainsi: 1a Tubercule entier (de petite taille); 1b Coupe du même; 1c Verrues, grossies 3 fois; 1d, Tchèque, grossie 475 fois; 1e Une spore isolée, au même grossissement.

Dans sa description de T. uncinatum, Chatin écrit notamment : »Truffe grise de la Bourgogne et de la Champagne, l’une des Truffes dites musquées et Caïettes dans le Midi et le Centre de la France…  Assez semblable au Tuber mesentericum et ayant comme lui des spores à la fois réticulées – alvéolées et pourvues de papilles, le Tuber uncinatum s’en distingue nettement par ses papilles recourbées en crochet, caractère que j’ai voulu rappeler en lui donnant le nom spécifique d’uncinatum (de uncinus, crochet). »

T.-aestivum-Ch..jpg

Ci-dessus, extraite du même ouvrage, une partie de la planche IX consacrée à Tuber aestivum Vitt. légendée ainsi: 1a Tubercule entier; 1b Coupe du même, 1c Une verrue, grossie deux fois, vue de champ; 1d, une verrue, vue d’en haut, montrant bien ses stries transversales; 1e Un sporange contenant 7 spores, vu à 475 diamètres; 1f Une spore, grossie 475 fois.

Comme pour bien démarquer la Truffe de Bourgogne de la Truffe d’été, Chatin écrit notamment à propos de cette dernière: « spores elliptiques, irrégulièrement alvéolées, de couleur bistre plus ou moins foncée; – papilles des spores nulle ou très courtes … Aliment autrefois assez recherché en Italie et dans le Midi de la France, quoique peu sapide et d’un faible arome se rapprochant de la levure de bière » fin de citations.

Tuber-aestivum-MP.jpg

Lors de l’exposition de Mably point de T. aestivum … en janvier! Nous avions photographié en avril 2007 cette récolte confiée par notre ami Gérald Fourcade qui avait trouvé chez lui, à fleur de terre, ces Truffes d’été sous un noisetier.

Des années durant les spécialistes se sont posé la question: s’agit-il ou pas du même taxon, par exemple plus ou moins mature selon la saison ?

Quand on les différencie, on remarque que la Truffe de Bourgogne se récolte légalement entre le 15 septembre et le 15 janvier alors que la Truffe d’été ou Truffe de la Saint Jean (24 juin) est mature bien plus tôt. On évoque le créneau d’avril-mai à fin août, exceptionnellement fin septembre selon ce dossier  bien documenté à propos de Tuber aestivum et de son intérêt culinaire. Pour ce qui est des dernières connaissances scientifiques à propos de T. aestivum versus T. uncinatum on lira avec le plus grand intérêt l’article récent de François Le Tacon  consultable sur le site de Jean-Louis Cheype.

Dans une prochaine chronique, nous poursuivrons ce tour d’horizon de quelques espèces de Truffes, sujet à creuser s’il en est.

Michel Pujol

 

Pieds chauds, de l’éventail à l’étoile

 

Mercredi 10 juillet, 17h 57, 32° à l’ombre. Pas l’ombre d’un champignon. De quoi rester les pieds en éventail en se faisant un peu d’air, façon flamenco, con abanico, sous chênes et charmes immobiles ou dans les prés inondés … de soleil . Et puis, de station en station éloignées , enfin : un éventail de quelques pieds d’amanites quelque peu desséchées. Un chapeau qui avait gardé ses squames et, en grattant délicatement la base des stipes, la reconnaissance de Amanita asteropus  . Seule espèce observée ce 10 juillet en deux endroits proches. Juin 2018 (cliquer sur le lien précédent), juillet 2019 toujours une grande chaleur et l’apparition de l’Amanite au pied en étoile, la star du chaud show.

Amanita-asteropus-2-MP.jpg                                                                                                                                     M.P.

Chaud/show que reste-t-il quand …

 

Caniculi-canicula! peut-on se jouer de la chaleur quand on est champignon? Plutôt déchanter quand opéra le chaud. Ce jour 3 juillet les feuilles sèches crissaient sous nos pas mais, espèce thermophile s’il en est, quelques russules verdoyantes résistaient encore.

R.virescens-MP-détail.jpg

L’une, retournée, avait séduit quelques insectes qui y avaient fait leur trou.

Leccinellum-pseu-MP-1.jpg

Un bolet des charmes faisait bonne figure bien que creusé sous son chapeau.

Leccinellum-pseu-MP-2.jpg

D’autres, plus jeunes et bosselés semblaient à leur aise sans grande concurrence fongique.

IMG_20190703_160138.jpg

Leur pied avait chaussé sans dommage cette terre sèche de sous-bois.

R.virescens-MP-des-des.jpg

Enfin, cette R. virescens présentait dessous-dessous tous les avantages d’un état appétissant.

La liste des reçus en cette période de chaleurs est bien mince. Il faudra repousser les examens … de sous-bois.

                                                                                                                                   M.P.

 

 

 

Faites de la musique et … verdissent les russules!

 

La veille au soir la musique avait été célébrée dans un parc de la ville et le lendemain, non dans ce parc piétiné mais dans un autre , plus tranquille, nous allions voir si les russules verdoyantes aperçues en deux exemplaires minuscules le 18 juin étaient maintenant entrées dans … la danse.Leccinellum-pseudoscabrum-MP.jpgSur le trajet vers la station des R. virescens arrêt photos, au pied de charmes, devant ces deux  L. carpini (aujourd’hui Leccinellum pseudoscabrum). Appétissants pour les yeux dessus, dessous (un coup de lasso magnétique pour le montage) et comestibles si pas … cèpe.Boletus-aestivalis-Amanita fulva MP.jpgUn cèpe? un seul lors de la balade au chapeau grignoté par les hôtes de ce bois qui en avaient aussi grandement creusé le pied. Notre premier B. aestivalis de la saison (un deuxième trouvé ce jour 24 juin plus … entier). Plusieurs Amanites fauve avaient aussi poussé en nombre d’endroits.Megacollybia-platyphylla-1-MP.jpgDe même que les Collybies à larges feuillets jouant à cache-cache avec le lierreMegacollybia-platyphylla-2-MP.jpgou plus à découvert.Cantharellus-pallens-MP.jpgCôté comestibles, nous retrouvions, au même endroit que la fois dernière mais en moins grand nombre, des girolles pruineuses.Russula-silvestris-MP.jpgJuchée sur une grosse souche moussue, cette petite Russule rouge aux lames blanches pas très serrées nous invitait à son identification. Sur place, bien évidemment, première approche, la goûter à peine et .. recracher très vite car ne manquant pas de piquant, d’âcreté et la conserver dans le panier pour, au retour, consulter bouquins et Internet. Dans le « Courtecuisse » (1) , dans les espèces du sous-genre Russula, sous-section Emeticineae  le numéro 1369 nous a paru être la bonne pioche. Outre la saveur « très âcre » déjà observée, le revêtement du chapeau « très séparable », l’odeur « de coco », le biotope (« feuillus ») etc. tout concordait avec Russula silvestris. Sur la fiche de Patrice Tanchaud consultée sur le site de Mycocharentes, la mention « souvent parmi les mousses » et les photos in situ renforçait notre conviction.Russula-violeipes-MP.jpgAutre Russule objet de recherches, celle ci-dessus, à pied lavé de violet, figurant dans le « Courtecuisse », page 420, section Heterophyllae, sous-section Amoenineae au numéro 1418. Nous l’avions,  marquée au « Fer » (FeSO4) et observé la coloration orange en réaction sur le stipe. Enfin, dans la même page 420 de l’ouvrage de référence (1) prend place au numéro 1415 toujours section Heterophyllae mais sous-section Virescentineae notre vedette de tête, pardon notre … verdette, « latinée » Russula virescens.Russula-virescens-1-MP.jpgCelle-ci, hors station habituelle tenait encore debout et menaçait ruines.Russula-virescens-station-MP.jpgUn peu plus loin, sur la même station, où nous avions rencontré deux minuscules verdettes quatre jours avant, des virescens bien matures s’offraient à notre regard comme dansant au gré du vent.Russula-virescens-2-MP.jpgCette fois-ci de bonne taille

Russula-virescens-récolte-MP.jpgpour une récolte dégustée éventuellement … en musique.

M.P.

1_ Régis Courtecuisse, Bernard Duhem, Guide des champignons de France et d’Europe (Delachaux & Niestlé 2011)

Couleurs de juin: vert russule à jaune pruineux

 

Quelques photos, des légendes qui ne durent pas des siècles en ligne (s). Le plaisir de (re) découvrir une Nature généreuse et, parfois, avantageuse, en toute modestie madrée d’humilité. Le 11 juin nous espérions retrouver nos verdettes mais, alors, pas assez de soleil sans doute pour cette espèce réputée thermophile. Aussi, hier 18 juin, journée caniculaire s’il en est du moins en Gironde et donc plutôt en fin d’après-midi nous inspections certains endroits habituellement propices quand…

R.virescens-1-MP.jpg… deux boutons verdâtres, dont un en forme de casque de 2 cm de haut, émergeaient du sol feuillu. Dégagés délicatement:

R.virescens-2-MP.jpglames blanches, revêtement du chapeau moiré de vert, structure crayeuse, biotope habituel, nous retrouvions Russula virescens, « nos » premières de cette saison. Bien sûr nous avions vu notamment sur les pages dédiées de Facebook qu’il y avait déjà eu quelques récoltes de cette russule verdoyante notamment en Gironde.

L.-perlatum-1-MP.jpgNon loin de là, presque aussi minuscules que nos deux « boutons », ces vesses démarraient leur pousse. D’aiguillons en aiguillonsL.-perlatum-2-MP.jpgnous en rencontrions deux autres plus matures. Mignonnes à croquer? D’après « L’indispensable guide du cueilleur de champignons » de Guillaume Eyssartier et Pierre Roux (éditions Belin 2014) elles « sont comestibles, mais leur chair est molle et presque totalement insipide. Tout au plus leur consommation peut-elle être expérimentale, lors de périodes où aucun autre champignon ne pousse! » fin de citation. On verra plus loin que, ce jour-là une autre espèce laissait entrevoir une couleur jaune caractéristique et question sapidité ça ne fait pas un pli ou plutôt beaucoup de plis sous la lame du préparateur.A.-fulva-MP.jpgAvant d’entrer dans le jaune, regardons la couleur fauve de cet amanitopsis, donc sans anneau, mais chaussant une belle volve et arborant des stries en bord de chapeau. Bien en meilleur état que celle rencontrée le 2 juin victime de la sécheresse.G.-fusipes-MP.jpgUn peu de jaune avec ce lignicole reconnaissable, entre autres, à son pied en fuseau quelque soit … l’horaire. Un peu facile mais le rire est le propre de l’homme et souvent du mycologue et de la mycologue, auteur et auteure.C.-pallens-1-MP.jpgEnfin, caché un peu sous le feuillage puis offert à l’objectif ce basidiophore un peu sec mais pas tout à fait déséché etC.-pallens-2-MP.jpgen cherchant très près autour ces exemplaires plus « frais » etC.-pallens-3-MP.jpgune fois rassemblés en récolte tous plis dehorsC.-pallens-4-MP.jpgpuis alignés militairement en rang. La classe quoi!

Au programme ce soir, dégustation de girolles. Avec jaune d’œuf ou pas. On verra…

                                                                                                                                               M.P.

 

 

 

 

Couleurs de juin: du lion fauve au rouge sorcière

Pas terrible la chaleur avant ce 11 juin mais la pluie tout de même … Envie d’aller faire un saut, en quelques enjambées, et d’inspecter, pieds joints, cette station de verdettes qui, chaque année, enchante nos yeux et nos papilles. Une station bien aérée ouverte au soleil et plusieurs endroits à l’entour plus protégés mais aussi riches en Russula virescens. Que nenni, ce 11 juin point d’espèce succulente  vert moucheté mais un lignicole haut en couleur.

 

Ce Plutée se reconnait de loin à sa couleur jaune décrite « jaune de lion ». Cet animal plutôt fauve n’est pas de dimension léonine et rappelle, à cet égard, la stature du Plutée couleur de cerf .

Pluteus-leoninus-macro-MP.jpg

Outre la stature, il partage avec cet « animal » les lames rose saumon à maturité, caractères entre autres du genre Pluteus. Sur notre récolte, on observe le mamelon bien prononcé au centre du chapeau et la marge striée, ce dernier caractère s’accentuant par temps humide.

Pluteus-leoninus-micro-MP.jpg

Lors de notre rapide examen microscopique nous n’avons pas observé de pleurocystides ornées d’excroissances apicales. Les cystides nous sont apparues fusiformes souvent de dimensions importantes par rapport à celles des spores (ci-dessus, une des plus petites cystides à l’échelle).

Pluteus leoninus, Plutée couleur de lion,

A proximité du « lion », un cœur de sorcière, cette étoile rouge qui attire les mouches lesquelles disséminent les très nombreuses spores de la gleba noire et gluante qui en orne les branches rouges.

Pluteus leoninus, Plutée couleur de lion,

En écrasant une minuscule goutte noire sur une lame on observe d’ailleurs, au microscope, pléthore de spores allongées. La structure de la chair rose regorge de cellules rondes.

pluteus leoninus,plutée couleur de lion

Pas loin de l’Anthurus d’Archer, quelques vestiges de Clathre rouge que nous avons aussi « microscopés » (la photo de l’espèce sur la planche n’est pas celle des débris recueillis mais les images de microscopie si). Spores de même forme, plus petites et structure de la chair quasi à l’identique. Deux espèces très proches. De l’étoile au brûle-parfum il n’est qu’un champignon.

pluteus leoninus,plutée couleur de lion

Ensuite, ce 11 juin le fil à la patte de deux Collybies aux larges feuilles

pluteus leoninus,plutée couleur de lion

avec un focus sur l’ornementation du dessus du chapeau et l’insertion des larges lames.

pluteus leoninus,plutée couleur de lion

Enfin, en queue de liste et de parcours une espèce courante sous chênes mais pas que, Collybia dryophila (nous l’avons apprise sous cette appellation) , dénommée aujourd’hui Gymnopus dryophilus. Souvent noms varient mais l’amour des arbres (dryophile) perdure.

                                                                                                                                                M.P.

 

 

 

Girolles lot-et-garonnaises: même station en trois temps-trois ans 14/17/19

A chacune et chacun ses coins, ses stations. Y revenir année après année quand le biotope n’a pas trop changé, que les conditions climatiques sont favorables aux pousses, permet d’en suivre l’évolution. De récolter aussi les fruits de patientes observations quand, d’aventure, les sporophores visés sont comestibles. Ainsi en est-il des girolles et plus particulièrement de Cantharellus pallens (= C. subpruinosus), la girolle pruineuse qui apparaît généralement en mai quelque part en Lot-et-Garonne…

Avec Yvette et Roland, le 16 mai 2014, nous avions découvert leur biotope où, déjà les années passées, ils avaient récolté cette espèce à propos de laquelle Guillaume Eyssartier et Pierre Roux* écrivent « Neuf fois sur dix, c’est cette girolle qui est consommée et vendue sur les marchés, au lieu de la vraie girolle Cantharellus Cibarius ».

Station-girolles-MP.jpg

Point de cabane au fond du jardin dans cette chênaie bien qu’on ne soit pas trop éloigné des terres de Francis Cabrel et, tout de même, quelques ca-ailloux et , sous la chaussure et dans le panier d’Yvette

cueillette-girolles-MP.jpg

des pépites jaunes plutôt pâles

Girolles-mousse-MP.jpg

poussant ici dans les endroits moussus et aérés et montrant leur chapeau pruineux.

panier-girolles-MP.jpg

La cueillette allait être intéressante pour une dégustation lors du repas suivant l’après-midi de la balade sans bruine ni grosse pluie.

Cantharellus-pallens-planch.jpg

La récolte abondante eut quand même une dimension … microscopique comme l’atteste la planche ci-dessus qui détaille notamment épicutis, spores et basides.

Deux ans plus tard

Girolles-2017-YRD.jpg

Les mêmes causes produiraient-elles les mêmes effets en matière de champignons à condition toutefois que le biotope n’ait pas changé? Il semblerait car, deux ans plus tard, le 17 mai 2017, nos amis Yvette et Roland retrouvaient sur la même station leurs « pépites jaunes »

Girolles-cep-2017-YRD.jpg

et, une semaine plus tard, le 24 mai 2017, d’autres jaunettes rejoignaient leurs paniers en compagnie de deux cèpes d’été (Boletus aestivalis) au premier plan ci-dessus.

Cette année

Et, que croyez-vous qu’il advienne ce 30 mai 2019?

girolles-30.5-YRD.jpg

Elles étaient là, fidèles au rendez-vous, qui avaient fleuri dans la chênaie moussue lot-et-garonnaise. Ces girolles seraient-elles notre avenir? Sans doute les témoins de la bonne santé de nos espaces naturels et de leur respect.

                                                                                                                                                 M.P.

* Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier&Pierre Roux (Editions Belin 2011) page 590

Timides pousses mais … une girolle

 

Chaud-chaud ce premier Week end de juin. Après trois semaines hors métropole non sans surveiller quelques pages dédiées aux champignons sur facebook , l’envie de visiter quelques stations et, en particulier une, très proche, où point  Cantharellus pallens . Certes, l’année dernière nous en avions trouvé à la mi-mai (lien précédent) mais pourquoi pas un 2 juin? Donc, ce dernier jour, sous le couvert de charmes, non loin de chênes, apparaissait un seul point jaune que nous allions photographier sous plusieurs angles (ci-dessus) pour en montrer les plis concolores sur la masse trapue accentuée par un trop plein de sécheresse.

C.-pallens-MP.jpg

Pas vraiment recouverte de pruine mais d’un jaune moins éclatant que celui de Cantharellus cibarius

Parmi les russules « précoces » nous guettions les R. vesca avec, dans le panier, dans la poche de réactifs, un cristal de « fer » au cas où.

Russula-vesca2-MP.jpg

Le vieux rose ne ressortait pas franchement sur ces exemplaires desséchés de bord de chemin mais le « fer » gratté sur leurs stipes accréditait l’hypothèse de Russula vesca  . Un peu plus tard, dans un autre bois plus humide,

Russula-vesca3-MP.jpg

nous trouvions ces deux russules, plus fraîches donc plus vieux rose.

Russula-vesca1-MP.jpg

Testé au cristal de sulfate de fer, le stipe (à gauche) s’ombrait de saumon.

Leccinum-carpini-MP.jpg

Et des bolets? Pas de cèpes ce 2 juin sur les stations de Boletus aestivalis et de B. aereus mais deux bolets des charmes, sous charmes, répondant, aujourd’hui au doux nom de Leccinellum pseudoscabrum. 

Amanita-fulva-MP.jpg

Pour compléter ce petit inventaire sans Prévert, ci-dessus, Une Amanotopsis bien sûr sans anneau et au bord du chapeau strié: Amanita fulva ici victime du soleil lui ayant dérobé le velouté fauve de sa tête.

Polyporus-tuberaster2-MP.jpg

Enfin, une belle espèce que nous rencontrons souvent en début de saison, en ces lieux, sur bois mort.

Polyporus-tuberaster1-MP.jpg

D’admirer ses pores réguliers, Polyporus tuberaster ne nous lasse pas. Chapeau le polypore!

                                                                                                                    Michel Pujol

Précoce sur le B.R.F. nourricier: sur la piste des Agrocybes

Dans notre précédente chronique nous évoquions, à propos du Plutée couleur de cerf, le biotope particulièrement « productif » du Bois Raméal Fragmenté (B.R.F.). En bordure d’un parking du centre de Gradignan, en Gironde, nous avions vu justement depuis quelques jours, dans un massif abondamment garni de B.R.F, plusieurs troupes de champignons aux chapeaux brun-jaune tout craquelés. Ça ressemblait bien à des Agrocybes mais leur taille paraissait bien grande. La consultation de la littérature, des sites spécialisés d’Internet dont MycoDB et un peu de microscopie nous confortait quant au genre et précisait l’espèce qui porte bien son nom en ce 22 mars printanier: Agrocybe praecox  (Agrocybe précoce).

Agrocybe-praecox-macro1.jpg

Sous l’angle macro, lames échancrées beige et brunissant sur le tard, anneau membraneux fragile et (comme ci-dessus) déchiré restant accroché au chapeau, chair blanche à odeur de farine, saveur plutôt douce (pour le minuscule morceau de chapeau mâché et vite recraché), stipe régulier assez long et …

Agrocybe-praecox-macro2.jpg

… caractère souvent décrit pour cette espèce, de nombreux cordons mycéliens blancs qui restent bien accrochés à la base du stipe quand on le dégage du sol « jardinier » très meuble où il abondait, lié au B.R.F.

Agrocybe-praecox-micro-MP.jpg

Sous l’angle micro, nous avons notamment observé des cheilocystides et pleurocystides fusiformes ventrues et la mesure des spores ellipsoïdales lisses à paroi épaisse est en moyenne, pour notre récolte, de 9,4 x 5,9 µm.

Petite bibliographie: Bon (2004) p.262; Courtecuisse & Duhem (2011) n°1299; Eyssartier & Roux (2011) p.836; Breitenbach & Kränslin (1995) Tome 4 n° 368.

Michel Pujol 

« Cerfs » du Lac sur Bois … raméal fragmenté

En allant, ce 16 mars, au bord du Lac de Bordeaux sous la pinède nous souhaitions retrouver Sarcosphaera coronaria . Cette pézize, toxique certes mais joliment moirée de bleu violet, y avait été récoltée le 4 avril 2010 par notre ami Yves Mortureux. Nous l’avions revue notamment le 5 avril 2016 et le 19 avril de l’année dernière. A cette dernière date les exemplaires photographiés (voir lien précédent) n’étaient pas dans leur première jeunesse! Dès lors, réchauffement climatique aidant, pourquoi pas un 16 mars…

Las! pas de Pézize couronnée  au pied des nombreux pins plantés en ligne à Bordeaux Lac aux alentours de la Halte nautique. En revanche, un champignon qui traverse presque toutes les saisons: l’Amanite jonquille se dressait en peu d’exemplaires.

Amanite-jonquille.jpg

Subsistaient également dans la pinède des vestiges de vesses petits et gros modèles.

Vesse-petite.jpg

Vesse-grosse.jpg

Restait à examiner un massif paillé au B.R.F. (bois raméal fragmenté) où nous avions fait plusieurs fois quelques découvertes. Un biotope en quelque sorte serre à champignons lignivores. Quelques points jaunes s’apparentant à Gymnopilus penetrans ou G. picreus attiraient le regard et, bien plus volumineux, des troupes de Plutées s’épanouissaient au pied des arbustes de ce massif bien entretenu.

Pluteus-cervinus-centre.jpg

Au retour le microscope tranchait l’espèce. Pluteus cervinus sans aucun doute avec ses lamprocystides à paroi mince et surtout à crochets.

Pluteus-cervinus-pied.jpg

Cela avait été, il y a bien longtemps -merci Germaine Dubrana- notre première leçon de microscopie quand nous avions découvert, grossies mille fois, ces cystides du Plutée couleur de cerf. Cornues comme des bois naissant sur la tête du … cerf et ce 16 mars des Plutées couleur de cerf sur bois … raméal, ça ne vous … fragmente pas l’esprit?

Michel Pujol 

Mémoire de Truffes: 1_ M. comme Melanosporum et Monflanquin

S’il est une ODEUR de champignon qui reste en mémoire c’est bien celle de LA TRUFFE DU PERIGORD. Début 2008 nous étions à Monflanquin en Lot-et-Garonne chez Guy Joui et découvrions, sur ses terres, l’art du cavage en compagnie d’Yvette et Roland Dabos et de leurs amis de l’Association des producteurs de cèpes et champignons du Lot-et-Garonne alors présidée par Rose Pons.

Une relation de cette journée mise en ligne sur Aqui.fr le 30 mai 2008 est toujours consultable sur ce site. Retour sur cette très agréable expérience et quelques angles d’approche.

Le cavage

 On entend par cavage la récolte de ce champignon qui se développe et « mûrit » sous terre. Selon les espèces de truffes (Tuber melanosporum n’en étant qu’une parmi d’autres), les profondeurs où elles se trouvent varient. Les animaux au flair plus affûté que les humains sont mis à contribution. Par l’odeur alléchés chiens, cochons vont, à peu près, droit au but. Le jeu consiste, sans détériorer les truffières, à ne ramasser que des « fruits mûrs » que détecte aussi une mouche minuscule qui y pond ses œufs.

A la poursuite du diamant noir sous la castine de Monflanquin

Sous ce titre, en 2008, nous écrivions ces quelques lignes:

Tuber melanosporum, la truffe du Périgord, surnommée diamant noir, s’est raréfiée. Sa production annuelle en France serait passée en effet de 1000 tonnes à la fin du XIXème siècle à 50 tonnes aujourd’hui. Au marché de Lalbenque, dans le Lot, seulement 20 kilos de « mélano » ont été vendus le 10 mars (2008 NDLA) aux professionnels au prix de 400 à 650 euros le kilo. Pourtant, 300.000 arbres truffiers sont plantés chaque année et ils sont bien mieux mycorhizés aujourd’hui que les chênes verts et autres noisetiers d’antan. Pour autant, malgré ces efforts, des récoltes plus abondantes de truffe tardent à venir.

La symbiose du végétal et du champignon est vitale. Le champignon, qui n’a pas la fonction chlorophyllienne, reçoit de l’arbre le carbone et lui apporte eau et sels minéraux. Cette union pour le meilleur c’est la mycorhize. Elle s’opère au niveau de manchons entourant les radicelles, où s’unissent arbre et mycélium. Les truffes souterraines, porteuses des spores reproductrices, ne seront trouvées qu’au bout d’un certain temps selon l’essence de l’arbre truffier, la nature du sol, l’hygrométrie et bien d’autres paramètres connus en laboratoire mais difficiles à maîtriser et reproduire sur le terrain. Les zones de « brûlé » témoignent de la présence de mycélium et en observant les craquelures du sol, Helomyza tuberivora, petite mouche rousse qui pond ses œufs sur les truffes mûres et odorantes ou grâce au flair d’un animal, le cavage portera son fruit noir à la lumière.

Guy-Joui,-la-castine.jpgQuand Guy Joui créa sa truffière, en 1983 à Monflanquin, sur une terre argilo-calcaire où étaient cultivées jusqu’alors des céréales, les arbres qu’il planta n’étaient pas seulement « ensemencés » avec de la melanosporum. Il s’en rendit compte quelques années plus tard quand il récolta aussi Tuber rufum (la truffe nez de chien) et Tuber aestivum (la truffe d’été). Aujourd’hui son terrain d’expériences s’est considérablement agrandi avec des essences diverses bien « mélanosporées ». Sur quatre hectares et demi, l’ancien commissaire de police peaufine sa longue quête du diamant noir qu’il poursuit, qu’il séduit par mille attentions et déniche sous terre avec gourmandise et passion.

Castine et micro faune

« La première installation date de 83 puis il y eut celles de 90, 92, 95 et 98. Avant 1990 les ensemencements d’apports d’origine étaient de variétés indéterminées d’où les rufum et aestivum. Ensuite ce n’est que de la melanosporum qui est apparue, cela à quinze centimètres maximum du sol de mi-novembre à fin février » nous confiait Guy Joui.

culture-enherbée.jpg« La culture est enherbée et je rajoute une couche de castine qui favorise la micro faune et donne un système racinaire remontant sous la couche de granulat. Nous avons des chênes verts et pubescents et un arboretum de tilleuls, chênes kermes, cèdres, pins d’alep et noisetiers. Ces essences proviennent de tous les endroits de France et se sont bien adaptées sur ce terrain de calcaire blanc agenais du Crétacé avec une proportion de 16 % d’argile. » Guy Joui aime partager toutes ses données, les échanger avec ses amis producteurs de truffes en particulier ceux de l’Association des producteurs de cèpes et champignons sylvestres du Lot-et-Garonne. Cette saison (2007-2008 Ndlr), dit-il, il a connu un problème de pourrissement alors que l’année précédente était meilleure. Sur l’ensemble de ses récoltes il constate « une courbe croissante ».

Pilou pile dessus
La race de Pilou est certes indéterminée mais c’est avec détermination qu’il entre dans la truffière avec Lucien Perier, son maître et dresseur.Recherche-près-des-brûlés.jpg

 

 

On sent chez ce bâtard, au flair aiguisé par les cavages précédents une sympathique impatience, celle des chiens tirant sur leur laisse le jour de l’ouverture. Il va démontrer que sa truffe trouve la truffe. Du flair chez l’ancien commissaire devant des visiteurs très policés et attentifs autour des brûlés, un chien du feu de Dieu qui reçoit sa récompense à chaque découverte. Pilou tourne et s’arrête pile dessus, gratte délicatement la terre et Lucien finit de mettre au jour les diamants noirs sous la castine blanche.

Cavage-elle-est-là.jpgrécompense.jpg

Les spores au microscope pour ne pas se tromper

Melanosporum-micro-MP.jpg

Comment ne pas se tromper dans l’identification d’une truffe ? Melanosporum ou pas ? L’odeur bien sûr, la couleur aussi, la forme des verrues externes également, les veines noires à la coupe si l’on peut trancher dedans mais le diagnostic est quasi certain au microscope.

 Les truffes (genre Tuber) sont des ascomycètes. Les spores qui vont assurer la reproduction de l’espèce sont contenues dans des asques, des sacs à graines en quelque sorte. On compte en général quatre spores de quelques microns dans chaque asque. Avec un grossissement de quatre cents fois, dans un réactif adéquat et pourquoi pas tout simplement dans l’eau, on distingue au microscope leur forme et surtout leur ornementation. A mille fois, avec un objectif à immersion, le résultat est plus précis.
Les spores échinulées, comme portant des épines, de la truffe du Périgord (melanosporum) sont tout à fait différentes de celles réticulées, comme dans un filet, de la truffe d’été (aestivum). De même on ne pourra pas les confondre avec celles, comme poilues légèrement, de la truffe nez de chien (rufum). Le mycologue que j’essaie d’être a découvert là aussi un monde merveilleux. L’odorat, le goût, la vue, la truffe rassasie aussi l’esprit. Son habitat hypogée force à creuser le sujet. Le bonheur est dans le pré, courez-y vite entre chênes, noisetiers, pins, cèdres et tilleuls sous la castine, dans les brûlés.

                                                                                                Textes et photos Michel Pujol

Dernières cartouches et … voilà le Militaire!

Hier dimanche 17 février, quasiment à l’heure des vêpres, le soleil canéjanais éclairait les fougères de la pinède sous lesquelles subsistaient de très rares Chanterelles. La pousse observée le 5 février n’était pas tout à fait terminée mais nous assistions sans doute aux « dernières cartouches » tirées hors du sol.

Craterellus tubaeformis, Cordyceps militaris, Canéjan, Chanterelle en tube, Chenille processionnaire

D’ailleurs, un peu plus tard, juste avant la tombée de la nuit, nous poursuivions notre quête d’après vêpres à Gradignan où le 19 janvier et début février nous avions trouvé nombre d’autres Chanterelles, celles à pied jaune. Là, plus aucune Craterellus lutescens  sur la station: munitions épuisées au contraire des quelques Craterellus tubaeformis canéjanaises.

Défaite en rase campagne?

Nous avions observé dernièrement en bord des routes, en remontant vers la Bretagne, de nombreux « nids » blancs accrochés à l’extrémité de branches de pins. De ces masses nuageuses presque transparentes révélatrices de la présence de la Chenille processionnaire (Thaumetopoea pityocampa) et, sans doute réflexe de mycologue, nous pensions alors à un champignon parasite des larves et des nymphes et, dans notre région, très lié à la présence de l’urticante Processionnaire. Justement nous l’avions rencontré d’autres années … à Canéjan, sous les pins à un tir de caillou des stations à Chanterelles.

Craterellus tubaeformis, Cordyceps militaris, Canéjan, Chanterelle en tube, Chenille processionnaire

Restait à chercher à débusquer quelques bâtonnets d’un rouge orange du plus bel effet à l’entour. Un Cordyceps militaris apparaissait (photo ci-dessus à gauche), un peu fragmenté. En le dégageant du sol (à droite) la partie plausiblement anamorphe était restée enterrée et la nymphe basale était peu visible.

Craterellus tubaeformis, Cordyceps militaris, Canéjan, Chanterelle en tube, Chenille processionnaire

En revanche, sous feuillus mais très proche de pins nous trouvions un autre « Militaire » qui, un peu dégagé du sol (photo ci-dessus à gauche) laissait présager une masse basale (à droite)

Craterellus tubaeformis, Cordyceps militaris, Canéjan, Chanterelle en tube, Chenille processionnaire

là , la partie parasitée (ci-dessus) ne laissait aucun doute sur son origine. Une nymphe digérée.

Ce dimanche nous n’avons pas vu d’autres exemplaires qui montreraient, alignés en rang serré, en défilé militaire en quoi ce Cordyceps est « militaris« . Cartouches et militaires? nous ne chassons pas sinon les champignons. A leur poursuite, en s’arrêtant souvent.

M.P.

 

   

 

Encore des chanterelles un 5 février

Précédemment , le 19 janvier, nous trouvions notamment, près de Bordeaux, à Gradignan, des chanterelles à pied jaune (Craterellus lutescens) ainsi qu’un géastre (Geastrum triplex), des amanites jonquilles (Amanita junquillea) et des crépidotes (Crepidotus variabilis). Ce 5 février, toujours près de Bordeaux, à Canéjan qui jouxte Gradignan, sous les pins -dont on distingue les aiguilles sur notre image- et protégées par des fougères, subsistaient d’autres chanterelles. Cette fois une espèce moins fluette que les lutescens, la chanterelle à tube (Craterellus tubaeformis). Un « bouquet » important sur une seule station. Loin autour pas d’autre « nid » sinon quelques rescapées de l’hiver en pousses très clairsemées d’un à deux individus par station. Des champignons toute l’année? Poser la question n’est-ce pas y répondre.

M.P.

Canéjan, chanterelles à tube, craterelles tubiformis

Bordeaux must de la Melano? No&No

Porte close Cour Mably à Bordeaux. Nous prendrait-on pour des truffes? Hier samedi et aujourd’hui dimanche, de 10 à 17 heures, devait se tenir un marché de truffes dans ce lieu prestigieux géré par la Ville et ce n’était pas une première.Nous l’avions annoncé sur nos blogs. Quid des gilets jaunes? Avant-hier vendredi nous avions vérifié que le site municipal dédié annonçait que c’était toujours programmé. Curieusement, l’édition locale du Journal Sud Ouest datée de samedi n’en faisait pas mention et dans Sud Ouest Dimanche pas de compte-rendu… Manque de communication des organisateurs pourtant intéressés à recevoir le plus de public possible quand il s’agit de vendre un produit rare et plutôt cher?

Donc ce dimanche après-midi nous nous faisions un plaisir de retrouver ces lieux qui flairaient bon la Mélano (Tuber melanosporum Truffe du Périgord) et de revoir des trufficulteurs avec qui nous avions échangé les années passées. Nous n’étions pas le seul à butter sur la grande porte désespérément fermée. Certains y sonnaient sans effet. Pas d’affiche, aucune explication. Beaucoup de personnes consultaient leur smartphone sans y trouver de réponse.

L’office de Tourisme à quelques pas de là, près de l’Opéra savait peut-être quelque chose. Effectivement nous n’étions pas le premier à nous y présenter. Dès le samedi matin les visites de « visiteurs » s’y étaient succédé et l’Office de Tourisme, apparemment non prévenu par les organisateurs et la salle Mably, constatant que la manifestation avait été annulée de fait (peut-être en raison des rassemblements de gilets jaunes), avait supprimé, dans la foulée, l’annonce sur son site Internet.

Bordeaux-tourisme.jpg

A notre retour nous avons pu le vérifier (captures d’écran ci-dessus). Nous avons vu aussi (captures d’écran ci-dessous) que des sites dont celui du Département de la Gironde n’avaient pas eu l’info d’annulation et persistaient à convier à un rendez-vous virtuel.

encore-annoncés.jpg

Cela nous aura permis de rencontrer nombre de personnes, intéressées par les truffes et bien d’autres champignons, dont cet aimable couple de Bèglais.

porte-close.jpg

cherchant une explication

porte-close-retour.jpg

puis repartant.

Tous celles et ceux que nous avons croisés savent maintenant (coordonnées à l’appui) que les portes des blogs de l’Association « A la poursuite des champignons » leur sont ouvertes. Des blogs, sur le portail Sud Ouest ou sur WordPress, peut-être « truffés » de quelques bonnes informations mais aux lectrices et lecteurs d’en décider.

Michel Pujol 

Des champignons toute l’année…

Nous empruntons le titre « Des champignons toute l’année » à l’ami Paul Pirot* car ce 19 janvier 2019, parti voir, à pied à Gradignan (33), dans le bois d’à côté si quelques Craterellus lutescens poussaient encore nous avons rencontré notamment, outre les Chanterelles, trois autres espèces. Mais c’est bien sûr l’ami Paul: toute l’année on en trouve des champignons! nous disions-nous, le bonnet de laine vissé sur la tête.

Crepidotus variabilis.jpg

De petites taches blanches rondes de moins de deux centimètres de diamètre attiraient l’œil au pied d’ajoncs et sur leurs brindilles sèches. Des Crépidotes aux lames plus rosées sur le sec. L’examen des spores au microscope (cylindriques et verruqueuses) nous orienta vers Crepidotus variabilis (cf; Eyssartier&Roux p. 986). Ce Crépidote variable poussait en nombre, toujours sur ajonc, en différents endroits.

Amanita junquillea.jpg

Et puis, bien que ce ne soit pas encore le printemps, loin s’en faut, des … jonquilles. Vraiment l’espèce que nous rencontrons presque tout au long de l’année, à fleur de terre.

Craterellus-lutescens-MP.jpg

Notre but premier en ce 19 janvier était de retrouver quelques chanterelles et point de déception sur une station habituelle à deux pas de chez nous.

Craterellus-lutescens-récol.jpg

Un peu de patience et quelques coups de ciseaux plus tard la récolte plutôt proprette allait satisfaire le palais du soir avec un brin d’huile d’olive, un peu de sel, de poivre et d’ail non sans une réduction au micro-ondes avant passage à la poêle. Très sapides les lutescens.

Geastrum triplex.jpg

Enfin, sur le retour avant de quitter le bois, ce magnifique Géastre s’offrait trois fois à notre vue à lui tout seul. Triple et troisième espèce outre les Chanterelles. Cela dit, nous avons ignoré les croûtes et autres aphyllos qui auraient abondé la liste. Pirot est bien le meilleur notamment à un titre: « Des champignons toute l’année » deux fois bien sûr.

M.P.

 * Paul Pirot mycologue Belge que nous avions reçu en Gironde il y a une dizaine d’années et avec qui nous avions partagé amitié et mycologie est l’auteur du CD-rom intitulé « Des champignons toute l’année » édité en 1999. Vingt ans déjà et un précurseur des moyens « modernes » mis en œuvre pour le partage des connaissances mycologiques.

des-champignons-toute-l'ann.jpg

Marchés de la Truffe: Messieurs les Sarladais tirez les premiers

Si le Cèpe « est de Bordeaux », la Truffe noire « est du Périgord ». Aussi parait-il naturel, voire consubstantiel, qu’elle apparaisse, en Aquitaine, proposée à la vente, d’abord sur des étals de Dordogne ce week-end à Sarlat puis à Bordeaux deux semaines après.

Donc avis aux amateurs. Sarlat a du goût (cliquez sur le lien précédent) Les 19 et 20 janvier, dit l’annonce, laissez vous tenter par la Fête de la truffe pendant laquelle « la ville de Sarlat sera livrée le temps d’un week-end à la saveur raffinée du foie gras et aux arômes subtils de la truffe ». Et l’annonce de poursuivre « Une manifestation populaire où chacun pourra déguster ces produits nobles et rencontrer les grands noms de la cuisine française. »

Les 2 et 3 février Cour Mably à Bordeaux se déroulera un Grand marché de la truffe. Une manifestation qui devient traditionnelle dans la capitale régionale où l’on retrouve les producteurs de plusieurs départements dont des Périgourdins. La Truffe noire n’est-elle pas du Périgord?

M.P.   

Après les cèpes d’autres comestibles: cinquième volet CUEILLIS SUR L’ARBRE

« Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)« , publié sur le site du journal Sud Ouest dans le Cercle des idées la suscité l’année dernière un certain engouement. Nous avons repris cet article  en version plus longue sur le site « A la poursuite des champignons ».

D’autres comestibles? Après quelques conseils avant cueillettes ,  un focus sur les Coprins , un autre sur les Girolles , un quatrième consacré aux Chanterelles , voici un cinquième volet autour de quelques lignicoles.

Munis des quelques conseils de prudence évoqués lors du premier volet allons à leur rencontre.

Ils poussent sur les arbres, leurs souches ou ce qu’il en reste à terre. Voici quatre lignicoles, deux sauvages et deux autres cultivés. Un carré d’as comestibles : la « Souchette » du peuplier, le Polypore soufré, le Shiitaké et le Pleurote en forme d’huître.

Têtes tendres et pieds de bois

Autrefois Agrocybe, aujourd’hui Cyclocybe, notre Souchette de Nouvelle Aquitaine n’en garde pas moins la même tête (cybe du préfixe grec kubê = tête). Au diable l’étymologie mais gardons la tête tendre et rejetons le pied trop dur quand il s’agit de consommer ce champignon  très savoureux après cuisson quand il est jeune.

Cyclocybe-jeune-web.jpg

Nous le trouvons généralement de mars à novembre à terre sur du bois enterré (ci-dessus à gauche), au pied ou sur l’arbre (ci-dessus à droite) plutôt en symbiose avec les feuillus et en particulier avec le peuplier dont il apprécie les troncs coupés qu’il habite plusieurs années de suite.

Cyclocybe-évolution-web.jpg

Le reconnaître? Son allure et sa coloration varient au fil de son évolution (ci-dessus de gauche à droite). Très jeune, le chapeau est brun-violet puis s’éclaircit à maturité avec une marge claire et le centre du disque brun chocolat, brun chaud, ocracé sale. L’odeur de lait caillé, agréable laisse la place sur le tard (à droite) à une fragrance forte de « vieux tonneau ». Les lames serrées foncent peu à peu en parallèle à la couleur du dessus du chapeau. L’anneau membraneux et fugace est tout en haut du pied long qui devient très vite coriace. Il semble difficile de le confondre avec une autre espèce mais on veillera, par exemple, à ne pas avoir affaire à des Armillaires .

Objets de cultures

Deux autres lignicoles font l’objet, à l’instar du Champignon de Paris, de cultures. Il s’agit du Shii-take  connu depuis au moins deux millénaires en Chine et au Japon et du Pleurote en huître bien plus européen. Ces deux espèces sont proposées à la vente au détail sur les étals presque toute l’année et des kits de culture figurent dans les rayons de jardineries.

shii-take-web.jpg

En dehors de la facilité des kits tout prêts il nous a été (merci Yvette et Roland) possible d’ensemencer des bûches de chêne avec le mycélium de Lentinula edodes et d’obtenir ces champignons asiatiques auxquels on prête de très bonnes vertus. Marche à suivre? Cliquez sur ce lien . Tout le monde n’est pas égal face à la consommation des champignons. Certaines personne peuvent développer, après ingestion, des allergies et d’autres pas. Des cas de dermatite flagellaire sont survenus après consommation de Shii-take apparemment pas suffisamment cuits.

Deux-web.jpg

A l’état sauvage, présent dans nos régions, le Pleurote en huître est l’hôte de feuillus. Tout comme le Shii-take, selon la même procédure vue plus haut, il peut être ensemencé et, plus facilement sur des bûches de peuplier (ci-dessus à droite et ci-dessous en haut à droite). Dans la sciure étalée dans un cageot de bois blanc ça marche aussi (ci-dessous en bas).

Pleurote-web.jpg

A la découverte du « chicken of the woods »

Passons du latin à l’anglais sans pour autant faire du comestible-brexit et découvrons le Polypore soufré . Laetiporus sulphureus, en latin, pousse sur différentes essences de feuillus  et présente de larges éventails jaune orangé superposés comportant des bandes plus foncées en bord de chapeau. Un champignon difficile à confondre avec d’autres polypores.

Chicken-of-the-woods-web.jpg

A propos de sa  comestibilité  on lira, en suivant le lien précédent et en allant à la fin de l’article référencé,  que ce champignon peut provoquer des désordres gastro-intestinaux chez certaines personnes sensibles. Cela a été détecté récemment. Pour l’avoir consommé fréquemment nous pouvons témoigner que nous retrouvons à la dégustation un goût proche de l’escalope de poulet qui lui a valu, chez les habitants de l’est de l’Amérique du Nord, l’appellation de « Chicken of the woods ».

Presque comme des frites

Pour le cuisiner, en étant sûr de son identification, on ne gardera que les parties tendres de l’extrémité des chapeaux. En les pinçant entre le pouce et l’index on testera leur souplesse. Dur ou friable: à rejeter.

 A découper par exemple en lanières puis faire perdre un peu de son eau par un passage au micro-ondes. Essorer. Poêler dans de l’huile et assaisonner.

recette-chicken-web.jpg

Comme on l’a vu au cours de cette série proposée par le Cercle des idées de Sud Ouest, développée sur  Myco33 et sur le site A la poursuite des champignons, il n’y a pas que les Cèpes. Ceux que nous avons mangé lors de la pousse tardive de cet automne en Nouvelle Aquitaine étaient quand même très bons.

Michel Pujol

Petite bibliographie
Outre les liens dans le texte de cette chronique invitant notamment à visiter 
la base de données mycodb et le blog A la poursuite des champignons citons quelques ouvrages spécialisés utiles.
-Courtecuisse&Duhem Guide des champignons de France et d’Europe.
-Eyssartier&Roux Le guide des champignons France et Europe.
-Eyssartier&Roux L’indispensable guide du cueilleur de champignons.

 

 

Après les cèpes d’autres comestibles: quatrième volet LES CHANTERELLES

« Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)« , publié sur le site du journal Sud Ouest dans le Cercle des idées la suscité l’année dernière un certain engouement. Nous avons repris cet article  en version plus longue sur le site « A la poursuite des champignons ».

D’autres comestibles? Après quelques conseils avant cueillettes ,  un focus sur les Coprins , un autre sur les Girolles , voici un quatrième volet consacré aux Chanterelles.

Munis des quelques conseils de prudence évoqués lors du premier volet allons à leur rencontre.

 Nous appelons Chanterelles (genre Craterellus) d’autres champignons que les Girolles (genre Cantharellus). Une distinction qui a évolué dans le temps. Dans l’édition 2004 du Marcel Bon (Champignons de France et d’Europe occidentale), par exemple, la Chanterelle en tube (aujourd’hui Craterellus tubaeformis ) se nommait Cantharellus tubiformis. De quoi y perdre … son latin mais l’important n’est-il pas de savoir de quoi l’on parle ?

deux-chanterelles-web.jpg

Donc quid des Chanterelles ?

  Plusieurs espèces, toutes comestibles, à plis plus ou moins prononcés sous le chapeau. Les deux plus fréquemment récoltées en Nouvelle Aquitaine sont la Chanterelle jaune et la Chanterelle en tube (à gauche et à droite ci-dessus). Les deux apparaissent plutôt en fin d’année, en octobre, novembre, décembre et même en janvier si les gelées les ont épargnées.

La première, assez connue des cueilleurs, fréquente les pinèdes et s’épanouit en grand nombre sur la Côte océane. Sous le chapeau, en entonnoir brun jaune plus ou moins foncé, les plis ne sont pas très marqués voire presque … lisses, veinés. Le pied fragile et élancé est d’un jaune éclatant. La seconde, plus terne, est bien plus charnue. Sous le chapeau, toujours en entonnoir un peu plus aplati que la précédente, les plis fourchus sont bien plus affirmés. Son pied de plus en plus tubulaire en grandissant l’a fait nommer Chanterelle en tube. Elle se plait aussi sous les pins mais on la trouve également sous les feuillus, souvent dans des endroits moussus.

Cinereus-web.jpg

 Bien d’autres espèces sont gustativement intéressantes dans le genre Craterellus telle la Chanterelle cendrée (ci-dessus, trouvée en altitude). La plus connue des Craterellus et très recherchée parce qu’elle peut être conservée séchée et agrémenter les plats en sauce ressemble un peu à la photo ci-dessus mais est bien plus noire avec le dessous du chapeau lisse. Vous avez trouvé bien sûr. Il s’agit de la Trompette des morts (Craterellus cornucopioides).

même-biotope-web.jpg

Il parait difficile de confondre nos deux Chanterelles avec d’autres espèces. Le risque est de se précipiter sur ces petits champignons et, en même temps, d’en ramasser d’autres qui poussent entre et à côté. Ainsi des cortinaires sont parfois mélangés dans le panier et passent à travers les mailles d’un tri indispensable en toutes circonstances. La fausse Girolle, avec des lames et non des plis, peut être confondue avec C. lutescens qu’elle voisine -dans les mêmes biotopes- mais Hygrophoropsis aurantiaca  n’est généralement pas toxique. Signalons toutefois que des cas d’allergies ont été signalés avec la fausse Girolle.

Comparaison-web.jpg

Cueillir les Chanterelles, une à une, sur place avec des ciseaux c’est gagner du temps au nettoyage et aussi les identifier facilement. En grosse quantité ? Ne pas saccager les lieux de pousse. Par respect certes mais pensons aussi à se donner plus de chances d’en retrouver l’année suivante au même endroit. Et puis ces champignons, très riches en fibres, doivent être consommés avec modération. Pourquoi risquer avec de grosses quantités … une occlusion intestinale !

cueillette-web.jpg

Comment les préparer ? Sautées à la poêle, salées, poivrées, aillées. Facile et rapide. Pourquoi ne pas passer un peu plus de temps pour une recette aux petits oignons.

Chanterelles à la crème

Recette allant aussi bien avec les « pied jaune » que les « tube » qui nous avait été transmise, il y a quelques années, au pied du marbre de « Sud Ouest » par Christian Desbrosses, metteur en pages, fin chercheur et goûteur. Aucun reproche reçu de la part des amis avec qui nous  avons partagé, à notre table, ces « chanterelles à la crème ». Notre préférence va toutefois aux Craterellus lutescens à la texture plus souple et fondante mais avec les Craterellus tubaeformis (photos ci-dessous) c’est pas mal non plus.

cuisine-web.jpg

Ingrédients : outre les chanterelles, ail, échalote, oignons, lardons fumés, crème fraîche, vin blanc sec, cognac ou armagnac ou calvados. Il n’est pas nécessaire de saler et poivrer à cause des lardons fumés. Ne le faire qu’à la fin de la préparation si on trouve le plat peu relevé à son goût. 

Séparément :

  • – faire revenir les chanterelles à la poêle dans un peu d’huile d’arachide ou d’olive après les avoir nettoyées et fait rendre de leur eau (éventuellement au micro-ondes)
  • – dans une cocotte en fonte, faire roussir les lardons fumés puis ajouter ail, oignon et échalote coupés en petits morceaux. Laisser fondre doucement. Mouiller avec le vin blanc sec et laisser mijoter tranquillement.

Ensemble :

  • – dans la cocotte, ajouter les chanterelles à la sauce, mouiller avec un peu de vin blanc, mélanger et laisser mijoter.
  • – lier chanterelles et sauce avec de la crème fraîche. Laisser mijoter en tournant lentement à la spatule de bois.
  • enfin, jetez-y un filet d’armagnac ou de cognac ou de calvados : ça sent bon et c’est prêt à déguster.

Michel Pujol

Petite bibliographie

Outre les liens dans le texte de cette chronique invitant notamment à visiter la base de données mycodb et le blog A la poursuite des champignons citons quelques ouvrages spécialisés utiles.

-Courtecuisse&Duhem Guide des champignons de France et d’Europe p. 49, 87 et 88, n°110 à 113 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux Le guide des champignons France et Europe p. 592 à 597 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux L’indispensable guide du cueilleur de champignons p.32 à 37 (pour édition 2014).

 

  

Après les cèpes d’autres comestibles: troisième volet LES GIROLLES

« Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)« , publié sur le site du journal Sud Ouest dans le Cercle des idées la suscité l’année dernière un certain engouement. Nous avons repris cet article  en version plus longue sur notre site « A la poursuite des champignons ».

D’autres comestibles? Après quelques conseils avant cueillettes  et un focus sur les Coprins voici un troisième volet consacré aux Girolles.

 Plusieurs espèces, à plis sous le chapeau, de plusieurs nuances de … jaune, apparaissant tôt ou plus tard dans l’année et appartenant au genre Cantharellus sont appelées Girolles. Celles et ceux qui les consomment fréquemment les apprécient et estiment, peut-être, qu’il est difficile de se tromper pour les identifier. Il n’en demeure pas moins que tous les ans figurent sur la Mycoliste des cas d’intoxications avec le Clitocybe dit de l’olivier (Omphalotus olearius) ou le Faux clitocybe lumineux (Omphalotus illudens) « pris pour » des Girolles. En revanche la confusion avec La fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca), appelée aussi Fausse chanterelle, est sans conséquence car elle est comestible mais bien moins goûteuse que les « vraies » Girolles.

Girolles-caractères-web.jpg

Les reconnaître ? Les différentes espèces de Girolles (genre Cantharellus), toutes comestibles, apparaissant pour la plupart de juin à novembre, ont des plis et non des lames sous leurs chapeaux en creux à maturité (« turbiné »). On distingue bien ces plis en y passant le bout du doigt qui y glisse sans les casser. Les Chanterelles (genre Craterellus) qui sont aussi toutes comestibles (elles seront l’objet du prochain volet) ont aussi des plis. Une Girolle n’est pas une Chanterelle et vice-versa.

Troupe-web.jpg

Le terme Girolle recouvre plusieurs espèces qui poussent en troupes le plus souvent, sous feuillus, sous conifères, en bord de chemins, sur sols en majorité non ou peu calcaires. Nos plus belles rencontres de Girolles l’ont été en montagne sur les pentes moussues bien exposées à la lumière, humides mais bien irriguées. Si les biotopes ne sont pas trop dégradés par la pression de l’Homme, d’année en année, on retrouve ces champignons sur les mêmes stations.

Pallens-jeune-web.jpg

Cantharellus pallens, (la Girolle pruineuse) est souvent présentée sur les marchés comme étant Cantharellus cibarius (La Girolle) remarquent notamment Eyssartier&Roux. La première est plus pâle (jeune, pruine blanche sur le chapeau) que la seconde très jaune vif et aussi l’odeur « fruitée et agréable » est plus forte chez C. cibarius.

C.-cibarius web.jpg

Un peu comme l’artiste et le sosie de l’artiste mais chacune joue parfaitement sa partition pour le plus grand plaisir du goûteur. Dans les petits modèles on trouve Cantharellus friesii donc pas grand-chose à se mettre sous la dent mais une mignonette à couleur et odeur d’abricot.

améthyste-1-web.jpg

Parmi les autres espèces citons la Girolle améthyste (Cantharellus amethysteus) qui se reconnait grâce à la présence d’une coloration violacée sur son chapeau apportée par des « mèches » ou une ponctuation. Une loupe peut être utile pour ne pas les … louper.

violacée-web.jpg

Ne pas confondre

Omphalotus-illudens-web.jpg

Nous l’évoquions en début de cette chronique, des intoxications assez sévères (syndrome résinoïdien) se produisent en consommant, Omphalotus illudens et Omphalotus olearius, plus méridional, en croyant avoir affaire à des girolles. Ce sont alors, très rapidement après ingestion, douleurs violentes, nausées, vomissements, diarrhées. Le même syndrome que pour le groupe des bolets de B. satanas. Bien que poussant en touffes sur du bois, ayant des lames et non des plis, de dimensions plus importantes, le Faux clitocybe lumineux et le Clitocybe de l’olivier sont confondus avec des girolles !

Fausse-girolle-web.jpg

Elle porte des lames et non des plis. Elle a la taille et un peu la couleur, en plus orangé, des girolles. Elle ne pousse pas sur du bois mais à terre de septembre à décembre. On la trouve souvent sur des terrains remués à proximité de résineux et … de Chanterelles à pied jaune (Craterellus lutescens) ainsi que, parfois, quelques Bolets bai. La Fausse girolle était classée « comestible ». Quelques cas d’allergies avec cette espèce ont été signalés. Gustativement, Hygrophoropsis aurantiaca, la « fausse » est bien loin de valoir les « vraies » si nous faisons appel à de très lointains souvenirs personnels de dégustation.    

Au poil poêlée

Cuisine-web.jpg

Leur chair est ferme et beaucoup ont un faible pour les girolles. Un ostréiculteur de nos amis confiait très récemment qu’il les préférait aux Cèpes. Après les avoir fait doucement réduire et tendrement sauter à la poêle dans un peu d’huile d’olive, pourquoi ne pas y associer quelques œufs de poules qui, comme elles, aiment à chercher leur nourriture dans la nature. 

Du jaune sur du jaune, assaisonnées à votre goût … en puisant modérément dans le panier de la cueillette.

Panier-web.jpg

Michel Pujol

Petite bibliographie

Outre les liens dans le texte de cette chronique invitant notamment à visiter la base de données mycodb et le blog A la poursuite des champignons citons quelques ouvrages spécialisés utiles.

-Courtecuisse&Duhem Guide des champignons de France et d’Europe p.31, n°109, n° 1610 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux Le guide des champignons France et Europe p. 586 à 591 (pour édition 2011).

-Eyssartier&Roux L’indispensable guide du cueilleur de champignons p.40 à 47 (pour édition 2014).

 

  

 

Après les cèpes, quelques comestibles: deuxième volet Les Coprins d’abord

Après l’intérêt suscité chez les lectrices et lecteurs du Cercle des idées de Sud Ouest par Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver)  et sur notre site, nous vous invitons à poursuivre la découverte (ou peut-être une meilleure reconnaissance) d’autres espèces de ces champignons sauvages réputés comestibles.

Munis des quelques conseils de prudence évoqués lors du premier volet allons à la rencontre du Coprin chevelu (Coprinus comatus), une espèce goûteuse, comestible très jeune, qui ne laisse pas de poils sur la langue à la dégustation et méfions-nous notamment du Coprin noir d’encre toxique avec de l’alcool et admirons seulement la beauté du Coprin pie.

déliquescence.jpg

Le reconnaître ? Sur le montage photo ci-dessus le Coprin chevelu vieillit (de gauche à droite). Au début la silhouette est oblongue, les « mèches » du chapeau bien allongées et appliquées sur le revêtement externe. Le pied engoncé dans le chapeau paraît court à la base. Si vous tranchez alors le chapeau en deux vous verrez des lames blanches libres, serrées, dont la base commence à rosir. Puis ces lames vont noircir en même temps que les spores murissent, les « cheveux » blancs se détacher sur fond noir, le bord se retrousser, le pied s’agrandir par rapport à l’ensemble et le basidiophore finir en bouillie reproductrice. C’est la déliquescence. Sa fin ?

 Non : cela peut être sa possible renaissance dans le sol nourricier « d’inhumation ».  Les spores tombées à terre germent, donnent naissance à des mycéliums primaires qui, si de polarités différentes, s’accouplent en mycéliums secondaires lesquels se propagent en absorbant tous les nutriments à l’entour. Généralement d’avril à novembre, quand les conditions d’éclosion reproductrices sont favorables (masse mycélienne, hygrométrie, température etc.) une nouvelle génération de Coprins surgit, en bordure du mycélium enterré, alignés plus ou moins en arc de cercle.

C’est une espèce saprophyte qui se nourrit du substrat sur place. Il se plait dans les sols plutôt aérés et remués, riches en décompositions végétales, fumures. Aussi le trouve-t-on   dans les prés, en bord de routes, terrains vagues, friches, décharges, pelouses récentes. On se gardera de le cueillir, en vue d’une consommation, dans les endroits pollués en particulier au bord de routes fréquentées par les véhicules à moteur car ce Coprin, comme d’autres espèces, concentre notamment le plomb.

coprin-pavé-net.jpg

     Les êtres vivants (le règne des champignons en fait partie) sont surprenants et, pourrait-on dire, parfois facétieux. Celui-ci (ci-dessus) avait émergé il y a une dizaine d’années environ entre deux pavés autobloquants de notre propriété. Un « enfant unique » non issu d’une culture in vitro mais curiosité de Dame Nature. Dans ce cas on ne pouvait pas parler de sol engraissé sinon de sable sur un terrain plutôt argileux. Aucune autre « percée » identique ne s’est produite depuis.

Chevelu-résineux.jpg

 Les terrains sableux, la proximité de feuillus ou de résineux (ci-dessus Coprin chevelu et épicéas) ne le dérange pas.

Ne pas confondre

Coprin-pie.jpg

Après l’avoir décrit ainsi que ses lieux et périodes de pousse tentons d’évoquer les confusions possibles bien qu’en matière de champignons on reste confondu par de trop fréquentes confusions souvent, il est vrai, liées à des appellations vernaculaires (locales). Le Coprin pie, à rejeter, café au lait éméché de blanc jeune (ci-dessus à gauche) évoque le port du Coprin chevelu. Plus âgé (à droite) il s’en différencie franchement et, par ses couleurs blanc et noir bien contrastées, rappelle le plumage de l’oiseau voleur ou qui chante selon les poches de bonbons du même nom. On ne le sucera pas d’autant que l’odeur est désagréable.

Boire et déboires

noir-d'encre.jpg

  On entend souvent dire « pas d’alcool avec le coprin ». En fait nous n’avons jamais connu d’effet désagréable en arrosant en bouche avec modération nos coprins chevelus (accommodés comme on le verra plus bas) avec vins ou apéritifs divers. Ce n’est pas le cas avec son « cousin » le Coprin noir d’encre (Coprinopsis atramentaria) qui pousse le plus souvent en touffes dans pratiquement les mêmes biotopes (photos: ci-dessus Coprinus atramentarius var. squamosus et ci-dessous Coprinopsis atramentaria s.s.).  Il est plus ovoïde puis conico-convexe.

Coprin chevelu, Coprin noir d'encre, Coprin pie

Consommé accompagné d’alcool il est responsable de l’effet antabuse . Comme on le lira en suivant le lien précédent c’est particulièrement désagréable ce d’autant que cet effet perdure encore pendant 2 à 5 jours en ne buvant que de l’alcool sans le champignon encore à l’origine du syndrome coprinien avec ses effets cardio-vasculaires, malaise, céphalées, sueurs entre autres désagréments. Dévisagez bien les supposés chevelus avant dégustation !

Recette de coprins pour copains

Pour de vrais amis, vous avez quelques coprins (les vrais chevelus) encore jeunes, aux lames surtout et absolument encore blanches, ramassés le jour même et conservés non tassés au réfrigérateur.

Recette-chevelu.jpg

Brossez délicatement les têtes des chevelus. Pas de poux mais un peu de sable à écarter.

  • Coupez-les en deux dans le sens de la hauteur.
  • Jetez les pieds et ne gardez que les demi-chapeaux.
  • Un peu de fleur de sel et de beurre à votre goût dans le creux des demi-chapeaux.
  • Passez 10 à 15 secondes à four chaud, plus de temps selon quantité.
  • Au micro-ondes, c’est pas mal non plus.
  • Très surprenant à l’apéritif 

                                                                                                                                             MICHEL PUJOL                                                                                                                                                                  

Petite bibliographie :

A la poursuite des champignons

viagallica.com

Régis Courtecuisse & Bernard Duhem Guide des champignons de France et d’Europe (2011 p. 32 et 61, n° 758 à 781)

Guillaume Eyssartier & Pierre Roux Le guide des champignons France et Europe (2011 p. 40, 922, 932 et 936)

 

Prochain volet:  Les Girolles

Après les cèpes, quelques comestibles: premier volet « La modestie n’est pas une vertu, seulement de la prudence. »

Après l’intérêt suscité chez les lectrices et lecteurs du Cercle des idées de « Sud Ouest » par Tout ce qu’il faut savoir avant d’aller chercher des cèpes (et en trouver) , et sur notre site, en version plus longue, par La magie du cèpe , nous vous invitons à découvrir (ou mieux reconnaître) d’autres espèces de champignons sauvages réputées comestibles.

Nous empruntons à George Bernard Shaw (1856-1950) le titre de ce premier volet consacré à quelques informations avant cueillette. Nous pourrions y adjoindre cette citation de Josué Mwenibamba : « C’est avec prudence et modestie qu’on évite tous les pièges de la bouche. » Parce que la pratique de la mycologie conduit à remettre en cause les acquis d’hier et, surtout, parce que tel champignon consommé autrefois apparemment sans problème se révèle être aujourd’hui à l’origine d’intoxications sévères voire létales.

Bidaou-article

Ainsi en est-il, par exemple, du Bidaou (Tricholoma auratum) bien connu dans les pinèdes de notre littoral. Jusqu’en 2001, relève l’Anses , le Bidaou a été considéré comme « excellent comestible » puis est passé au statut de champignon toxique, dorénavant interdit à la vente, à l’importation, à l’exportation ou à la distribution à titre gratuit à l’état frais ou transformé, sous quelle que forme que ce soit. Cela en raison d’un épisode de surconsommation en 2001 ayant conduit à trois décès.

Amanita-phalloides-article

Reconnaître les espèces les plus dangereuses participe de la prudence élémentaire. En premier lieu l’Amanite phalloïde (Amanita phalloides) et ses « proches » verna-et-virosa-articleA. vireuse (A. virosa), A. printanière (A. verna), un groupe responsable de plus de 90% des intoxications mortelles. A titre indicatif, entre le 29 juin et le 18 octobre 2015 (cf. lien Anses cité plus haut) les Centres antipoison et de toxicovigilance ont enregistré 1039 cas d’intoxications humaines par les champignons dont un décès et 12 cas graves.

En collaborant à la Mycoliste nos collègues mycologues et nos amis des CAPTV observent en période de pousses des « pics » d’intoxications présumées ou avérées dues le plus souvent à des confusions entre espèces. Nous essaierons, au fil de ces chroniques, de décrire quelques espèces comestibles et leurs confusions possibles mais à toute récolte « à déguster » s’applique quelques règles de modestie et de prudence :

–       N’avoir aucun doute sur l’identification de chaque champignon ramassé (si besoin adressez-vous à un vrai spécialiste). Ne prélever en entier que les exemplaires sains et reconnaissables (mangeriez-vous de la viande pourrie avec des moisissures ?). Au moindre doute s’abstenir.

–       A de rares exceptions près, faire cuire suffisamment vos champignons (les morilles, l’Amanite rougissante, entre autres, sont toxiques crues). Récemment nous avons eu connaissance (Mycoliste) d’intoxications avec de vrais cèpes consommés crus.

–       A consommer avec modération (préconisation dans la note de l’Anses pour les champignons cultivés et sauvages d’une « quantité raisonnable, soit une quantité de 150 à 200 grammes de champignons frais par semaine et par personne ».)

L.procera-décharge-article

–       Ne pas les cueillir dans des endroits pollués (bords des routes, décharges etc.) Ils se nourrissent par absorption et concentrent, par exemple, métaux lourds et radioactivité. Ci-dessus, des Coulemelles en baguettes de tambour bien appétissantes croissaient dans une décharge.

Voilà pour quelques recommandations à garder en tête avant de se lancer, plutôt tête baissée, à ramasser en toute quiétude dans un endroit autorisé (le propriétaire du lieu est aussi propriétaire des champignons qui y poussent) et en quantité raisonnable (vérifier la réglementation locale) quelques comestibles.

Prochain volet _2 Les Coprins d’abord

MICHEL PUJOL

 

 

A soccer ball : Calvatia gigantea

Sur le site américain mushroomexpert.com on peut lire à propos de la Vesse de loup géante:  » Calvatia gigantea, sometimes called the « giant puffball, » is easily recognized by its size and shape. Typical specimens are about the size of a soccer ball…« 

C.gigantea-Y.-Mortureux.jpg

A soccer ball, un ballon de foot. Pourquoi aujourd’hui le jouer américain? Parce que nous avons retrouvé, grâce à notre ami Yves Mortureux familier des lieux, cet énorme champignon à la Plaine du Haillan (33) siège et lieu d’entrainement des Girondins de Bordeaux, un club incessamment sous peu racheté par des Américains à M6.

Certes « the soccer ball » ne poussait pas sur un des nombreux terrains de foot mais à proximité et l’ami Yves avait pris quand même la précaution de le recouvrir de feuillage pour le protéger du vent et … des shoots éventuels des émules, nombreux en cet endroit, des footballeurs professionnels.

C.gigantea-juin-2010.jpg

Déjà en 2009 puis en juin 2010 nous avions eu l’occasion de voir cette espèce apparaître au même endroit.

Un des participants à la première trouvaille avait conservé pendant trois mois chez lui un gros exemplaire lequel avait séché sans perdre de volume ayant la consistance de garniture de coussin de fauteuil.

C.gigantea.sèche.jpg

Nous avions, d’un coup de bâton, créé un nuage de spores retombant sur le lieu d’éclosion primitive.

C.gigantea.coupe.jpg

Frais, tranché en deux, la chair, homogène, est bien blanche. C’est alors, très jeune, tout blanc, qu’il est décrit comestible. Il est conseillé, pour le consommer, de le détailler en tranches. Nous avons enlevé largement l’exoperidium . Il faut dire que notre « soccer ball » faisait environ 26 cm de large, 24 cm de profondeur et 17 cm de haut.

Quelques tranches peuvent être poêlées, par exemple dans un peu d’huile d’olive, et relevées car la chair est un peu fade. Nous avons essayé cette recette puisée à bonne source et cela en très petite quantité pour simplement goûter. Sur la recette le goût était comparé à celui du veau. La consistance très molle, très purée légère, surprend le mycophage habitué à bien plus de fermeté chez d’autres espèces « traditionnelles ». Effectivement notre plat méritait d’être relevé. L’expérience en cuisine n’a pas été décevante loin de là. Elle aura été une découverte agréable.

MICHEL PUJOL

calvatia gigantea,langermannia gigantea,soccer ball,giant puffball,vesse de loup géante,tête de mort

Petite bibliographie 

Sur le Net mycodb , mycorance , mushroomexpert , mycocharentes

Le guide des champignons France et Europe Eyssartier & Roux p. 1046

Champignons de France et d’Europe occidentale Bon p.304

A la Une de Sud Ouest: trois lignicoles dans la série des comestibles

Pleurote-web.jpg

Chicken-of-the-woods-web.jpg

Après les Cèpes, les conseils pour la cueillette des champignons, les Coprins, les Girolles, les Chanterelles, le Cercle des idées, sur le site Internet du journal Sud Ouest, s’intéresse à trois champignons lignicoles: la « Souchette » du peuplier, le Pleurote en huître et le Polypore soufré. Quatrième volet mycologique de l’automne 2018 en Une. 

Lire l’article

Après Cèpes, Coprins, Girolles, les Chanterelles en Une du Cercle des idées du journal Sud Ouest

deux-chanterelles-web.jpg

Après les Cèpes, les conseils pour la cueillette des champignons, les Coprins et les Girolles, le Cercle des idées, sur le site Internet du journal Sud Ouest, s’intéresse aux Chanterelles. Troisième volet mycologique de l’automne 2018 en Une. 

Lire l’article

Après Cèpes, conseils, Coprins: les Girolles en Une du Cercle des idées du journal Sud Ouest

Girolles-Sud-Ouest.jpg

Après les Cèpes, les conseils pour la cueillette des champignons, les Coprins, le Cercle des idées, sur le site Internet du journal Sud Ouest, s’intéresse aux Girolles. Deuxième volet mycologique de l’automne 2018 en Une. 

Lire l’article

Après les Cèpes, d’autres comestibles tels certains Coprins

Une-Sud-Ouest

Dans « Le cercle des idées » du journal « Sud Ouest », après La magie du cèpe , débute une série sur d’autres comestibles. Premier volet sur les Coprins accompagné de quelques conseils avant cueillette. Volet à venir: les Girolles.

Lire l’article

Un lentin « de la sécheresse »

La période de sécheresse vécue ces derniers jours en région bordelaise, et cela jusqu’en octobre!, nous laisse sur notre faim. Nous avons bien vu très récemment  dans un bois breton du Finistère pléthore de Scleroderma citrinum et deux Amanita citrina. Rien d’autre. Nous revient en mémoire cette récolte (en 2016) sur « nos terres » quand la sécheresse sévissait: un lentin dont l’étude suit.

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

Ce Lentin que nous avons rencontré sur un tronc de résineux moussu à terre depuis bien longtemps était seulabre sur son arbre. Il ne justifiait pas ici son appellation de suffrutescens qui, si l’on en croit le Dictionnaire étymologique des noms scientifiques des champignons d’Yves Bresson édité en 1996 par l’Association Mycologique d’Aix en Provence, signifie: « produisant quelques rejetons, subcespiteux ». En consultant Mycodb on voit des images de cette espèce justifiant les rejetons et le caractère cespiteux. En revanche les épithètes squamosus (écailleux, squameux, rugueux) et lepideus (couvert d’écailles, de squames) lui collent ici à la peau de la tête au pied.

On remarquera dans notre illustration de tête plusieurs appellations binomales dont la première partie va de Panus à Neolentinus en passant par Lentinus. Pierre Roux dans Mille et un champignons (2006 pages 286 et 287) le place dans la tribu Lentineae Fayod (chair coriace présentant au microscope une structure dimitique; boucles+; avec ou sans cystides métuloïdes), dans le genre Lentinus Fr. (lames non fourchues; chair charnue et coriace), dans le sous-genre Panus (Fr.) Pegler (hyphes squelettiques ou squeletto-ligatives le plus souvent non rameuses, « hyphal pegs » absentes, cystides parfois présentes) et enfin dans la section Squamosi Fr. (arête dentelée, pas de gléocystides ou de cystides métuloïdes).

Dans la littérature (papier et numérique) il est décrit comme apparaissant « plus facilement les années de sécheresse ». Il est vrai que le 30 juillet 2016 sur le lieu de notre récolte on comptait les espèces présentes sur les trois doigts d’une même main. 

Les auteurs (voir bibliographie en pied d’article) soulignent aussi son odeur « aromatique », « un peu de cannelle ou parfois anisée », « de cannelle ou de dentifrice ». Sous notre exemplaire, donc on se gardera bien de généraliser, nous percevons une senteur légèrement d’alcool fruité puis une note de cannelle et à tout le moins d’épice à la dessication laquelle jaunit le sporophore.

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

Autre caractère outre les squames (sur notre planche ci-dessus chapeau haut droite, stipe pied centre), des lames denticulées (bas doite).

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

La sporée est blanche. Les spores cylindriques à cylindriques elliptiques apparaissent bien guttulées dans le lugol (notre photo) et seulement finement granuleuses dans le congo. Leurs dimensions moyennes pour notre récolte sont de 9,9×3,7µm. Breitenbach, par exemple, indique 7,5-12×3-4,5µm.

panus lepideus; lentinus suffruescens,gradignan,cema,michel pujol,neolentinus suffrutescens; lentin écailleux; lentinus squamosus;

Les lames sont nettement décurrentes.

Etude Michel Pujol

Bibliographie Courtecuisse&Duhem n° 140; Eyssartier&Roux p. 550; Bon p. 122; Breitenbach vol.3 n° 238; Roux p.292

Sur le Net: MycodbGroupe Mycologique VosgienChampYvesMycocharentes 

Poulet des bois, du soufre jusque dans l’assiette

Voitures à droite, cyclistes et promeneurs à gauche devaient se demander ce que pouvait bien faire ce photographe au pied d’un chêne majestueux bordant la route de Canéjan à Gradignan en Gironde. Il semblait s’intéresser à ces grosses taches jaunes à la base de l’arbre. Des champignons! Et si ça se mangeait …

soufré-1.jpg

C’est que ce n’était pas la première fois que nous trouvions Laetiporus sulphureus sur ce chêne. Le Polypore soufré, chicken of the woods  pour les anglo-américains y développe son mycélium et, peut-être, aurons-nous l’occasion de l’y récolter une prochaine fois. Ce vendredi 24 août, en passant en voiture, c’est notre épouse qui le vit et le reconnut.

soufré-2.jpg

Restait à aller sur place et examiner cette pousse, ce qui fut fait sans trop attendre et très … tendre était le bord des carpophores en console. Une pousse très récente. Nous avons souvent vérifié que quand une espèce apparaît il n’est pas rare de la retrouver en d’autres endroits. Ainsi en-a-t-il été pour ce polypore. En effet, le lendemain, sur une autre station connue (une souche tronçonnée à terre), toujours à Gradignan, nous retrouvions encore le Poulet des bois mais déjà très desséché et donc bien plus pâle, hors consommation.

Celui du bord de route, lui, se révélait très souple à ses extrémités prises entre le pouce et l’index. Après récolte (1), nous avons découpé la partie la plus tendre en lanières de l’épaisseur de frites (2) puis égoutté après un passage au micro-ondes (3). Enfin passage en poêle dans l’huile d’olive chaude pour finir de les cuire en les dorant doucement et assaisonnement sel, poivre et ail en poudre pour en exhausser la saveur (4). 

Polypore-soufré-cuisiné.jpg

A la dégustation (5), en quantité raisonnable, il évoque le goût du poulet. Bien entendu on aura bien identifié l’espèce avant la phase cuisine.

Il est intéressant de consulter la littérature à propos de la comestibilité de ce champignon. Pour des publications récentes (Guillaume Eyssartier & Pierre Roux « L’indispensable guide du cueilleur de champignons » Belin 2014 page 220 et Le guide des champignons France et Europe Belin 2011 page 1028) il bénéficie d’un logo comestible dans le second ouvrage et d’une fourchette sur une échelle de trois dans le premier. Chez André Marchand (Champignons du nord et du midi tome 3 n°277 diffusion Hachette 1975) on peut lire « Encore mous et gonflés de suc, les jeunes spécimens seraient comestibles! ». Didier Borgarino & Christian Hurtado (Le guide des champignons Edisud 2006 page 80) le donnent « Non comestible ». Sur Internet Mycodb l’estime « sans intérêt », chez champyves il est « comestible… », pour la societé d’histoire naturelle du Jura « ce champignon peut provoquer des désordres gastro-intestinaux chez certaines personnes sensibles ».

Nous ne serions donc pas des « personnes sensibles » pour avoir consommé à plusieurs reprises, en famille et entre amis, cette espèce dûment identifiée mais vous voilà prévenus.

M.P.

Drôles d’oiseaux: Caloboletus radicans au Teich

Le Bolet radicant, il n’y a pas si longtemps Boletus radicans et maintenant Caloboletus radicans apparaît fréquemment en ce mois d’août 2018 dans les pages Facebook dédiées à la mycologie. Le caractère thermophile de cette espèce s’y prête. En août 2013 nous l’avions « récolté » lors d’une balade dédiée … aux oiseaux. Retour sur images.                                  M.P.

boletus radicans,boletus calopus,ornithologie,le teich,calcicole,bleuissement,cema,anne-marie pujol

 La Réserve ornithologique du Teich, en Gironde, est un paradis animalier au bout des jumelles et des téléobjectifs. Les plumes naturalistes en ont décrit toutes les espèces de grande ou petite envergure. La fonge, discrète ici, n’est pas l’objet de tous les regards, tournés plutôt vers les hérons cendrés et autres échassiers. 

Quelques bolets au pied de chênes pédonculés avaient été poussés du bord du chemin par quelque pied pressé d’aller, de cabane en cabane (il y en avait vingt numérotées en 2013…) observer les volatiles du delta de la Leyre et du fond du Bassin.

boletus radicans,boletus calopus,ornithologie,le teich,calcicole,bleuissement,cema,anne-marie pujol

Autrefois du genre Boletus, radicans faisait partie de la section Calopodes tout comme Boletus Calopus en en partageant le chapeau plutôt pâle, les pores jaunes, le stipe réticulé et la saveur amère. Nous n’avions pas noté sur notre récolte d’amertume prononcée. La base est apointie d’où son nom de radicant. Les auteurs  évoquent notamment une odeur « désagréable ». Pour notre part nous avions perçu une odeur de chicorée et de sardine à l’huile.

boletus radicans,boletus calopus,ornithologie,le teich,calcicole,bleuissement,cema,anne-marie pujol

 Le bleuissement est très net à la coupe (ci-dessus) puis s’estompe progressivement (ci-dessous).

boletus radicans,boletus calopus,ornithologie,le teich,calcicole,bleuissement,cema,anne-marie pujol

Les tubes bleuissent également à la pression. La tendance des stations serait calcicole lié sans doute à sa thermophilie. Nous l’avons rencontré en effet à plusieurs reprises en période de chaleurs assez fortes.

Petite bibliographie

Internet mycodb mycocharentes

Littérature Courtecuisse n°1662, Bon page 36, Guide écologique Eyssartier&Coustillas&Lacombe page 96

Suivi de station: verdettes et soleil

Tous les ans quasiment nous récoltons cette espèce thermophile sur une même station. L’endroit, dans un parc, au pied de feuillus,  est assez aéré donc exposé directement au soleil. Ces derniers jours de très beau temps avec très peu de pluie ont favorisé sur cette station la pousse de Russula virescens . A l’entour très peu d’autres espèces osent pointer, en ce moment, le bout de leur chapeau.

R.virescens-22.7MP.jpg

Premier passage le dimanche 22 juillet

R.virescens-1.8MP.jpg

Autre visite, à tout hasard, aujourd’hui mercredi 1er août. 

Des toxiques à la peau dure

Il n’est pas rare que les Centres antipoison aient à connaître des cas de consommation de Sclérodermes, un genre dont le nom indique que « leur peau est dure ». L’exoperidium, tel un sac de cuir, en protège la gleba où murissent les spores qui s’envoleront dès l’ouverture naturelle ou fortuite de ces gastéromycètes.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

En effet, un jeu de gamin pas du tout vilain et même propagateur de l’espèce consiste à écraser fortement du talon ces boules bien mûres et créer l’envol du nuage de spores bien sombre. Les enfants connaissent ainsi souvent leur premier contact avec un champignon.

Jouer n’est pas manger car ces Sclérodermes sont toxiques. Nous avons lu et entendu dire qu’ils auraient servi, il y a sans doute longtemps, de substitut aux truffes pour orner indûment des pâtés.  

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Appelé souvent improprement « vesse de loup » (réservé plutôt aux genres Lycoperdon et Vascellum) Scleroderma citrinum ,le plus répandu, borde les chemins et ne déteste pas les endroits secs à proximité de feuillus et conifères.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Cette espèce de scléroderme se reconnaît facilement à sa couleur citrin.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Microscopiquement, la gleba déborde de spores globuleuses épineuses d’une dizaine de microns de diamètre. Leur densité se prête à l’envol des nuages enfantins. 

 Orné d’aréoles

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Autre Scléroderme, bien plus petit que le précédent et tout aussi toxique, S. areolatum, le Scléroderme aréolé. Nous l’avions rencontré (photo ci-dessus) sous couvert de feuillus tout près d’un chemin dans la ripisylve de l’Eau Bourde à Canéjan (33) ces sclérodermes étaient une des rares espèces présentes en ce jour de sécheresse récurrente.

Macroscopiquement ils se différencient notamment par leur taille (1 à 3 cm de diamètre pour notre récolte) du Scléroderme vulgaire (S. citrinum) plus massif et au péridium plus épais et craquelé une fois mature. 

Chez Scleroderma areolatum les rhizomorphes abondent. Sur notre photo, des grains de sable y sont attachés. Le caractère sans doute le plus discriminant de cette espèce est la ponctuation aréolée du revêtement Certains auteurs parlent de « peau de léopard ». D’autres évoquent une odeur faible de caoutchouc que nous avons ressentie sur notre récolte surtout dans la phase de primo-dessication.

scleroderma citrinum,scléroderme,vesse

Microscopiquement (montage ci-dessus) les spores (11,4 X 11µm en moyenne dans notre étude) sont globuleuses et nettement épineuses.

M.P.

Bibliographie: Eyssartier&Roux p. 1048; Courtecuisse&Duhem n° 1727; Bon p.302

Sur le Net (par exemple)Myco DB mycocharentes mushroomexpert fauneflore-massifcentral.fr

La planche à bolets

C’est moins dispendieux que la planche à billets mais il faut se rappeler que la comestibilité de certains bolets ne doit pas être prise pour argent comptant. L’overdose, le manque de fraîcheur, les lieux de récolte pollués et la fausse monnaie (confusions) invitent à ne pas jouer à pile ou face avec ces champignons à tubes. Voici quelques espèces récoltées un même jour dans les bois d’une commune de « Bordeaux Métropole ». Point de Cèpe de Bordeaux (plus automnal) en ce 19 août 2014. De ces quatre espèces Boletus aestivalis est le plus fréquentable dans l’assiette. Les autres, très amer (Bradicans ) ou présentant des risques de confusion (B. castaneus ou B. luridus) sont à écarter.

boletus aestivalis,boletus radicans,boletus luridus,gyroporus castaneus,yves mortureux,michel pujol,cema,blanquefort

boletus aestivalis,boletus radicans,boletus luridus,gyroporus castaneus,yves mortureux,michel pujol,cema,blanquefort

boletus aestivalis,boletus radicans,boletus luridus,gyroporus castaneus,yves mortureux,michel pujol,cema,blanquefort

Suillellus luridus est le nom actuel de l’ex Boletus luridus millésime 2014. De même le Bolet de Satan, ex Boletus satanas est aujourd’hui appelé Suillellus satanas . Pour être complet, dans la liste des espèces citées dans cette planche à bolets, ajoutons que l’appellation Caloboletus radicans a remplacé Boletus radicans .

M.P.

L’effet foot!

Nous avions vu ces champignons qui peuvent atteindre la taille d’un ballon de football à la proximité de la plaine du Haillan (33) où s’entraînent les Girondins de Bordeaux. Calvatia gigantea (syn. Langermannia gigantea), la vesse de loup géante nous a semblé tout a fait adaptée pour honorer la victoire des Bleus de ce jour.

N’ont-ils pas tout au long de leur affrontement, face aux vaillants Croates à Moscou, … appuyé sur le champignon dans un match GEANT!

Calvatia-giganteaMP.jpg

 

A la veille du défilé, des champignons « parachutistes »

Demain 14 juillet la France défile. Après-demain soir, la finale où la France n’a pas l’intention de … se défiler. Tout rond comme un ballon, en rangs serrés comme des militaires et autant de parachutes blancs déployés autour du collarium uniforme le Marasme petite roue nous a paru tout à fait d’actualité. Nos récoltes illustrées ici (11/7/2014 et 9/7/2012) démontrent, s’il en est besoin, que cette espèce est tout a fait de saison.

marasmius rotula,feuillus,gradignan,collarium,parachute,petite roue

Macroscopiquement ce petit Marasme se reconnait aisément à son chapeau en forme de parachute et au pseudo collarium où s’insère son pied sombre à la fois mince et robuste et bien incrusté sur brindilles et branches de feuillus à terre ou enterrées. Ci-dessus, trouvé en nombre dans un sous-bois de feuillus.

marasmius rotula,feuillus,gradignan,collarium,parachute,petite roue

Microscopiquement, ce basidiomycète rentre dans le rang de nombreuses espèces aux spores ellipsoïdes. Aligné sur bien d’autres pour un défilé parfait.

marasmius rotula,feuillus,gradignan,collarium,parachute,petite roue

  Le dessous du « parachute » vaut à Marasmius rotula (Scop. :Fr.) Fr. le nom de Marasme petite-roue tant ses lames régulières et épaisses en rayons non fourchus rappellent une roue d’un modèle très réduit. « Ce qui est petit est beau », vérité réductrice grandement répandue n’est-il pas?

Souhaitons un atterrissage bienheureux à nos vaillants représentants bleu-blanc-rouge dans ce pays blanc-bleu-rouge face aux damiers rouge-blanc. Le bonheur et pas … le marasme.

M.P.

Petite bibliographie: 

Mycodb

Le guide des champignons France et Europe Guillaume Eyssartier & Pierre Roux page 436 

Champignons de France et d’Europe occidentale Marcel Bon page 174

Guide des champignons de France et d’Europe Régis Courtecuisse & Bernard Duhem n° 498